21 janvier 2007,
hier nous nous sommes rendu au château de Compiègne pour
l'exposition "Louis XVI et Marie-Antoinette". Compiègne haut
lieu de la Culture est beau et je ne saurai trop vous
conseiller de lui rendre visite. Mais en ce dimanche
ensoleillé, 214ème anniversaire de la mort du Roi martyr,
c'est à Pierrefonds que nous attendent toute la beauté et la
magie de l'Histoire....
ierrefonds c'est la Picardie mais c'est aussi le Valois "le
coeur de la France" apanage de la Branche cadette d'Orléans
jusqu'à la révolution de 1789, à l'exception de Senlis de
tout temps "Ville Royale". Je vais vous conter la belle
histoire de ce fief médiéval érigé au XIIème, abattu sur
l'ordre de Richelieu et magnifiquement reconstruit au XIXème
par ce génie que fut Viollet-le-Duc.
e
toute sa hauteur Pierrefonds veille sur sa ravissante ville
, cette oeuvre grandiose allie l'aspect d'une forteresse
militaire (sa première vocation) à la douceur et le bon goût
du style Renaissance.
n
1382, lorsque Louis Duc d'Orléans, frère du Roi Charles VI,
fait construire la forteresse de Pierrefonds, il profite de
la position stratégique jointe aux plaisirs de la chasse
réputés dans cette région verdoyante et giboyeuse à souhait.
la mort de
Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne, son fils Jean sans peur lui succède. Jean
est l'ennemi déclaré de son cousin Louis d'Orléans. Entre les deux hommes la
haine est si impressionnante qu'elle aboutira à l'assassinat du Duc
d'Orléans par les sbires à la solde de Jean sans peur, rue Vieille-du-Temple à
Paris, mercredi 23 novembre 1407 dans la nuit. Ce crime immonde ne fut pas un
fait divers anodin, la bru de la victime étant la fille du comte d'Armagnac, une
effroyable guerre civile éclata pour la plus grande désolation de la France
entre "Armagnacs" et "Bourguignons".
'ironie de
l'Histoire n'étant plus à prouver, la fin du seigneur de Pierrefonds marqua
également l'achèvement des travaux de la forteresse. Les maîtres d'oeuvre,
rendons leur hommage, se nommaient: Jehan le Noir, Arnould Lully et Donat de
Poinzon.
près
l'assassinat du Duc d'Orléans, ses partisans étant poursuivis sur ordre du Duc
de Bourgogne, le Roi Charles VI, anciennement "le bien-aimé" devenu "le fou"
envoya le comte de Saint-Pol prendre possession du château au nom du souverain.
Pour le rendre à Charles, fils de Louis en 1413. Le comte de Saint-Pol,
rancunier, se vengea en allumant un incendie avant de quitter la place. Charles,
courageux entreprit alors la restauration de son cher château. Malheureusement,
au moment d'emménager il fut blesser et fait prisonnier le 25 octobre 1415
à Azincourt. Ce seigneur devait connaître une captivité de 25 années dans le
brouillard de Londres. Charles mourut en 1465 dans son cher Pierrefonds pour
lequel, semble-t-il, il avait composer ce rondeau lors de sa captivité:
"Le temps a laissé son
manteau / De vent, de froidure et de pluie / Et s'est vêtu de broderie / De
soleil luisant, clair et beau"
e texte ne
fait pas partie des chefs d'oeuvre de la poésie française mais il a le mérite de
nous fait ressentir toute la nostalgie et la peine de l'exilé.
e fils de
Charles, Louis, futur Louis XII prit alors possession de son héritage et fit
effectuer de nouvelles réparations.
u XVIème
siècle, Henri IV s'octroya la propriété du château de Pierrefonds, et le confia
à Antoine d'Estrée, père d'une certaine Gabrielle.... A la mort du roi,
d'Estrées, sans doute dépité de ne pas avoir pu être le beau-père du souverain,
rallia les partisans du prince de Condé. Le roi Louis XIII, fit assiéger la
forteresse par le gouverneur de Compiègne et le 1er avril 1616 un violent
bombardement fit s'écrouler une grande partie de l'édifice. En 1617, Richelieu
qui ne pouvait supporté les vestiges féodaux et ne songeait qu'à la puissance
royale, fit démanteler ce qui restait des tours de Pierrefonds et brûler
l'intérieur du château.
oila,
Pierrefonds est en ruines, elles sont grandioses, et semblent convenir aux
oiseaux et à la végétation qui en prennent possession.

n 1788,
Louis XVI visita Pierrefonds en simple touriste. Le mot n'est pas innocent, des
eaux sulfureuses ayant été découvertes au début du XIXème siècle, la ville de
Pierrefonds put ainsi agréablement mêler tourisme et thermalisme.
'est à
Compiègne que Napoléon III eut une des rares bonnes idées de son règne
(soufflée tout de même par Mérimée). Le souverain demanda à Viollet-le-Duc de
restaurer le château de Pierrefonds en 1873. Ce grand architecte étant
malheureusement mortel (il quitta ce monde le 17 septembre 1879), à partir de
1880, ce fut son gendre Oradou qui prit la suite et termina les travaux en 1885.
ujourd'hui
Pierrefonds, est un des fleurons du patrimoine national est bienheureusement
protégé, pour le plus grand plaisir des 250 000 visiteurs émerveillés qui le
découvrent chaque année.

lors
suivez-moi, pénétrons ensemble dans ce palais de rêve qui représente tellement
l'idée que l'on se fait d'un château de conte de fée.

assons
le pont-levis, après le porche vous avez traversé les siècles. La forteresse
médiévale fait place à une cour d'honneur à l'architecture Renaissance. Le
personnel du château vous remet un plan intelligent qui vous permet, oh joie, de
faire une visite libre des lieux, quel bonheur....Investissons le donjon, seule
tour carrée de l'édifice. Dès le premier étage le salon de réception vous ouvre
les bras, ici aucune surcharge de mobilier, mais quel décor. Le plafond aux
peintures somptueuses et
les lambris sculptés en bois de Hongrie comblent vos regards, et les décors
peints en forme de lignes végétales sont précurseurs du style 1900. Puis c'est la
salle des plâtres de travail de Viollet-le-Duc, ici point de décors somptueux,
mais une émotion qui vous étreint lorsque vous regardez les modèles qu'il a
utilisé pour exécuter les magnifiques statues de Pierrefonds. Une autre salle de
labeur vous attend, le cabinet de travail de l'empereur (n°1). Un simple bureau
et une banquette, son secrétaire néogothique, ainsi qu'un cabinet d'aisance.
Cette pièce vous surprend par son côté intimiste, à part l'aigle impériale rien
ne rappelle les idées de grandeur de Napoléon. La chambre de l'empereur dans la
tour Jules César est tout aussi simple mais plus sombre que le bureau. Une frise
peinte retraçant les scènes de la vie d'un chevalier du XIVème siècle (se lisant
de droite à gauche) représente la seule décoration de cette pièce.
L'emplacement du lit de l'empereur est signalé au sol par du parquet posé en
forme de quadrilatère.

ne
galerie ouverte au-dessus du pont-levis vous mène aux pièces d'apparat, la salle
des blasons vous accueille et ouvre elle-même sur un endroit de toute beauté: la
salle des Preux, elle est immense et son plafond en forme de coque de
bateau renversée vous donne le vertige ce décor somptueux vous laisse sans
voix. C'est la salle des plaisirs et des réceptions, notamment celles fastueuses
du second empire où se déroulèrent des réunions intimes réunissant plus de 300
invités....Cette salle est gigantesque, mais si bien proportionnée que
vous vous sentez chez vous et c'est à regret que vous admirez la monumentale
cheminée à double foyer en imaginant les magnifiques flambées de l'époque.
Seules deux banquettes circulaires dessinées par Viollet-le-Duc, décidemment
irremplaçable, constituent le mobilier, mais ce n'est pas grave tant la magie du
décor emplit cette pièce.

t
d'un seul coup la création médiévale reprend ses droits dans la tour Alexandre.
Ici plus de fêtes, vous êtes dans la forteresse, le chemin de ronde couvert
d'une toiture l'abritant des projectiles permet la surveillance par les arbalétriers qui tirent tous azimuts et les
mâchicoulis permettant les tirs verticaux. Par les salles de casernement
confortables ma foi, vous pénétrez aux cuisines évidemment spacieuses. Mais
retournons dans la cour pour emprunter l'escalier à double révolution, tient
Chambord et Blois reviennent à notre mémoire. Vous pénétrez alors dans la salle
des gardes et des mercenaires où sont entreposés quelques vestiges de l'ancien
château découverts lors de la restauration de 1858. Notamment une statue de la
Vierge de l'Annonciation et trois statues de Preux: Artus, Charlemagne et Duguesclin.

ais
l'endroit qui vous saisit le plus est la galerie des gisants et orants, dans la
cave du château. Au sein d'une lumière spectrale, ce ne sont que poèmes chuchotés,
murmures et hologrammes réalisés à l'aide de faisceaux lumineux. Là dans une
ambiance indescriptible sont exposés les géants de plâtre commandés par
Louis-Philippe pour le musée national du château de Versailles. Ce sont pour la
plupart les copies des gisants et orants de la Basilique Saint-Denis. Parmi ces
sculptures magnifiques figurent également ceux qui ont fait Pierrefonds: Louis
et Charles d'Orléans ou Valentine Visconti Duchesse de Milan. Vous avez du mal à
quitter l'endroit qui bien qu'impressionnant à souhait ne vous fait pas peur,
comme à Saint-Denis vous vous sentez proches et protégés par ceux qui ont fait
la France.

evenus
à la lumière du soleil laissez vous guider vers la chapelle ravissante,
véritable chef d'oeuvre de Viollet-le-Duc. au-dessus de l'abside une tribune
voûtée donne à la chapelle un impressionnant élancement semblant toucher le
ciel. Les statues de Louis d'Orléans et de Valentine Visconti, sa femme semblent
vous accueillir, au trumeau (pilier divisant verticalement en deux le portail)
un Saint-Jacques le Majeur singulier semble apprécier votre surprise, il a les
traits de Viollet-le-Duc ( le génie avait également de l'humour). Cette chapelle
est un bijou et bien que de largeur réduite, elle est impressionnante mais vous
vous sentez bien. Il est clair que Viollet-le-Duc a laisser aller son esprit
créatif en toute liberté, car il s'agit bien de création et non de restauration
des ruines de l'ancien lieu saint.

l
faut quitter maintenant cet endroit enchanteur, sans oublier de saluer Louis
d'Orléans chevauchant éternellement dans la cour. Mais le plus longtemps
possible nous nous retournons pour apercevoir le château, et le retrouver
ensuite au loin dominant de son ombre magique sa ville bien-aimée.

ierrefonds est
un des plus beau monument de notre patrimoine et déjà je sais qu'il me sera
impossible de ne pas revenir, je ne suis pas la seule a être ensorcelée, des
quatre personnes que nous sommes, aucune ne regrette d'être venu à la rencontre
de ce géant protecteur comme un château fort, mais également d'une élégance
rare.
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