e ne fut qu'après vingt-sept années de
mariage et trois femmes que Louis VII réussit à
avoir un fils (avec Adèle de Champagne) Philippe Dieudonné (ce
surnom fut aussi celui de Louis XIV qui tarda comme lui à
combler par sa naissance les voeux de ses parents). Alors
pourquoi Auguste me direz-vous ? Aucun livre n'a pu
éclairer ma lanterne. Est-ce parce qu'il vit le jour au mois
d'août, une appellation due à la coutume romaine, à une
distinction naturelle, les historiens et chroniqueurs ne se
sont toujours pas mis d'accord, mais est-ce vraiment important
?
omme son père Philippe règnera quarante
trois ans, là s'arrête la comparaison avec son prédécesseur,
ce ne fut pas seulement un des règnes les plus longs, ce fut
surtout un grand règne.
vec ce roi le domaine royal devient
considérable , l'autorité monarchique est véritablement
instaurée , les arts et les lettres se développent et surtout
la Dynastie Capétienne finit pas avoir raison de ces
incontournables et envahissants Plantagenêt.
on content de tripler l'étendue de son
royaume en trente ans, le roi Philippe Auguste décapitera la
féodalité, c'est une monarchie définitivement instaurée qui
voit le jour. A dater de ce règne les rois n'ont plus besoin
de leur vivant de faire sacrer et couronner leurs héritiers.
Louis VIII successeur de Philippe ne participera nullement au
gouvernement avant le décès de son père. La dynastie
héréditaire tant souhaitée par tous les Capétiens depuis
Hugues Capet était acquise.
hilippe Auguste, enfant du miracle que
l'on n'attendait plus, bénéficiera dès sa naissance de
l'amour et la dévotion de ses sujets. Il n'a que quinze
ans à la mort de son père, mais sa maturité n'est plus à
prouver, d'ailleurs n'est-il pas roi de fait depuis un an ?
Philippe aura l'intelligence, lui, de comprendre l'importance
des mariages qui agrandissent les royaumes, en épousant
Isabelle de Hainaut nièce du Comte de Flandre il accroît
considérablement le domaine royal, sa jeune épousée lui
apporte en dot l'Amiénois, le Vermandois, et plus tard
l'Artois. de plus Isabelle de Hainaut descend de Charles de
Lorraine (souvenez-vous l'adversaire malheureux de Hugues Capet
dans la course au trône). Ce qui fait qu'à l'avenir la grande
Dynastie Capétienne se dotait d'un ancêtre illustre:
l'empereur Charlemagne lui-même.
our ce qui est de la personnalité et du
caractère du roi, les textes nous dépeignent un homme
fougueux, gros buveur et gros mangeur, grand chasseur devant
l'éternel (ces trois derniers traits se
retrouveront souvent jusqu' au dernier des Bourbon), par contre, le
roi qui est particulièrement sportif ne supporte pas les
tournois (je ne l'en blâmerai pas). Je dois préciser également
qu'il parait très beau sur les rares gravures le représentant, voilà pour le physique.
Le
moral n'est pas négligeable non plus, c'est un homme d'esprit
à l'intelligence vive et sans cesse en éveil, doué d'une
grande compréhension des évènements, il est d'autre part, doté
d'une volonté de fer, sa nature ne connaît pas le
découragement. Le sang d'Hugues Capet coule dans ses veines et
se signale par sa façon de manipuler ses contemporains, soit en
comblant de largesses ses fidèles, soit en utilisant
l'habitude subtile de diviser pour mieux régner quant il
s'agit de ses ennemis. Chose nouvelle chez ce Capétien direct,
le clergé ne lui impose aucune décision et n'a aucun impact
sur ses actions. Comme son grand-père Louis VI, il n'hésite
pas à payer de sa personne dans ses campagnes, faisant fi de
la gloire, c'est un chevalier patient qui sait attendre pour
arriver à ses fins.
es qualités lui serviront dans sa lutte
contre le roi d'Angleterre, qui vieillit et fatigué à force
d'ambition et de guerres stériles, ne pèse plus bien lourd
face à ce jeune roi en pleine force de l'âge. Philippe Auguste
se servira bien évidemment de la progéniture rebelle et agitée
de ce vieil adversaire du royaume. D'abord en soutenant
Geoffroi, Duc de Bretagne dans sa deuxième révolte contre ce
père honnis. Puis ce fut le tour de Richard Coeur de Lion,
l'intraitable prince, de servir d'arme contre Henri II. Le
dernier enfin, peut-être pas le meilleur, Jean sans terre, le
préféré pourtant de son géniteur, trahira également sa cause.
Ce dernier coup abattra Henri II Plantagenêt qui vieilli
prématurément usé par ce qui, croyait-il faisait sa force,
rendra son âme à Dieu en 1189 (six cents ans exactement avant
d'être vengé par le peuple français), je ne sais s'il mourut
en odeur de sainteté puisque ses dernières paroles furent pour
maudire, dans l'ordre: ses fils, sa femme, le roi de France et
le jour de sa naissance. Avec un pareil passeport les portes
du paradis n'ont du s'ouvrir qu'au prix de longues
négociations. Le souverain anglais laissait en héritage à
Richard et ses frères Henri et Geoffroy des domaines immenses, l'Histoire
raconte que seul Jean le bien nommé sans terre naît trop tard
paraît-il, ne fit pas
parti de la distribution. Le vieux roi dans une sagesse
tardive avait peut-être senti que ce dernier rejeton n'était
pas digne de régner sur un fief (l'avenir lui donnera raison).
Fidèles aux principes de cette famille qui sont fougue, violence et impatience il ne fallu pas plus de
vingt-cinq ans aux princes d'Angleterre pour tout perdre, avec l'aide de leur
"soutien"
de toujours Philippe Auguste, qui vraiment tenait pas mal
du fondateur de la Dynastie.
n attendant de se débarrasser de ces
envahissants Plantagenêt, Philippe
Auguste doit régler une affaire qui se déroule bien loin de son domaine.
Le
2 octobre 1187, Saladin (un nom qui fleure bon les contes des
mille et une nuits), le maître musulman de l'Egypte, conquiert
Jérusalem après avoir capturer le "roi" de cette cité Guy de
Lusignan. Bien sûr à l'appel du pape et des chrétiens de terre
sainte les trois plus importants souverains d'occident
prennent la croix après d'interminables préparatifs. Ce fut au
cours de cette expédition que l'entente entre Philippe Auguste
et Richard Coeur de Lion se rompit officiellement, mais la
rupture était inévitable entre ces deux êtres si différents,
qui pourtant vont se porter au secours de Guy de Lusignan et
remporter la seule victoire de cette croisade au siège pénible
et long de Saint-Jean d'Acre. La troisième croisade bien que
moins décevante que les deux premières finit tout de même par
stagner. Philippe Auguste se languit de son royaume, peut-être
pense-t-il également, Richard étant en orient, qu'il pourrait
mettre à profit son absence pour récupérer une partie de ses
fiefs, toujours est-il qu'il ne
tarde pas à rentrer. Richard resté seul après la mort de
l'empereur Frédéric Barberousse (noyé dans une rivière), finit par céder devant
Saladin après une campagne de quatorze mois qui valut au
descendant des Plantagenêt une réputation de bravoure certes,
mais également de cruauté.
es croisades n'ont jamais réussies à
l'occident, pourtant à la mort de Saladin en 1193, le pape
Innocent III se dit qu'il serait bon de profiter des guerres
fratricides que se livrent ses héritiers pour tenter de
reprendre les lieux saints et qui sait gagner de nouvelles
âmes à la cause de la chrétienté. Mais il a beau promettre la
rémission des péchés aux futurs croisés l'enthousiasme s'est
considérablement refroidi. Seuls les nobliaux et le peuple
dûment galvanisés par le clergé paraissent décidés à prendre
la croix. Pourtant la quatrième croisade eut lieu. Parmi les
villes excitant la convoitise par toujours religieuse
d'ailleurs, Constantinople recueille tous les suffrages, le
cité sera conquise une première fois le 17 Juillet 1203. Il
s'ensuivit une révolte générale de la population Byzantine et
le 13 avril 1204, la reconquête de Constantinople tourna en
véritable carnage et pillage de la part des croisés. Le clergé
lui-même s'empara des trésors des églises, entre autre des
débris de la vraie croix et un morceau de fer de la sainte
lance, furent expédiés à la vitesse grand V en occident. Les
combattants du "Christ" se retirèrent non sans avoir nommé
le nouvel empereur Baudouin de Flandre le 9 Mai 1204. Le pape
Innocent III fut très déçu des résultats médiocres de cette
quatrième croisade, puisqu'elle n'aboutit à rien si ce n'est à
la création d'un empire latin d'orient extrêmement précaire
dont l'éloignement, imaginez un peu le voyage à l'époque,
nécessitait constamment le déplacement des princes occidentaux
pour le maintien de l'ordre. Seuls les Vénitiens tirèrent leur épine (financière) du jeu en
passant maîtres du commerce avec l'orient.
e retour de villégiature, Philippe Auguste
profite de l'emprisonnement du turbulent Richard Coeur de
Lion: "Le roi d'Angleterre de retour de terre sainte voulut
traverser l'Autriche et l'Allemagne, c'était sans compter avec
Léopold d'Autriche. Le souverain anglais l'avait humilié
au siège de Saint-Jean d'Acre, aussi le remit-il à l'Empereur Henri VI,
qui ne le portait pas non plus dans son coeur. Celui-ci retint le Plantagenêt captif durant quatorze mois, l'Angleterre ne
récupérera son roi qu'au prix d'une énorme rançon. Evidemment
en stratège consommé Philippe Auguste profite de l'absence de
son meilleur ennemi pour semer la zizanie en son royaume. Il
pousse même le jeune frère de Richard, Jean dit sans terre, à
usurper la couronne d'Angleterre. Il était même prêt, aux dire
des chroniqueurs, à verser une rançon plus importante à
l'empereur afin que celui-ci garde son célèbre prisonnier. Mais le Saint père intervint en faveur de la libération, Henri VI dû donc se soumettre,
toutefois il mit en garde le roi de France
par cette phrase: "Prenez garde, le diable est lâché".
e retour de Richard Coeur de Lion signifia
la reprise des hostilités contre Philippe Auguste qui essuya
une défaite retentissante le 3 Juillet 1194 près de Vendôme. L'anglais lui avait même volé ses archives, une partie de son
trésor et le sceau royal, voilà pourquoi dans l'avenir ces
précieux titres de possession furent conservés à Paris tout
d'abord au Temple, puis à la Sainte Chapelle. Seule la mort
rendit raison au roi de France, celle de Richard fut à l'image
de sa vie violente et rapide. Au cours d'une expédition
punitive contre un vassal du Limousin qui l'avait spolié en
conservant pour lui la totalité d'un trésor trouvé dans un
château. Un arbalétrier bon viseur blessa mortellement le roi
au cours du siège de la forteresse du seigneur indélicat.
Celui qui de son vivant était devenu un héros pour beaucoup de
ses sujets rendit son âme à Dieu le 26 mars 1195, laissant le
trône d'Angleterre au dernier fils du roi Henri II Jean sans
terre. Le changement était grand, le successeur du bouillant
et souvent chevaleresque Richard est un prince irresponsable,
lâche, déloyal, pas très équilibré mais qui fait au moins
l'unanimité chez ses sujets et vassaux, ils le détestent tous.
'est par le crime que le nouvel opposant à
Philippe Auguste va montrer ses capacités dans l'abject et le
sordide. Tout d'abord il fit enlever Isabelle d'Angoulême,
fiancée du Comte de la Marche Hugues de Lusignan, et l'épousa
de force le 30 août 1200, ajoutant le viol au rapt. Convoqué
par son suzerain Philippe Auguste, le coupable dédaigna de se
déplacer ce qui permis au Capétien de confisquer ses fiefs
français. Jean sans terre ne s'arrêta pas en si bon chemin,
ayant fait prisonnier son propre neveu Arthur de Bretagne ami
et protégé du roi de France, il le fit disparaître dans de
mystérieuses conditions qui ressemblent comme des soeurs
jumelles à un assassinat. Philippe Auguste convoqua le
meurtrier devant sa justice, comme la première fois Jean ne
bougea pas (prudence est mère de sûreté) il fût donc déchut de
tous ses biens français. Philippe Auguste reprit les armes
contre le vil souverain d'Angleterre, il fut bien sûr aidé
dans sa lutte par la détestation générale déclenchée par Jean
sans terre. L'Anjou, le Maine et la Touraine retourne au sein
de la couronne française dès 1203. L'année suivante après le
siège gigantesque de "l'imprenable" forteresse de Château
Gaillard (*) érigée par Richard Coeur de Lion, Rouen fut prise
ouvrant la conquête de la Normandie (enfin) aux troupes
françaises, le Poitou et la Saintonge suivirent. En
quatre ans les possessions des Plantagenêt furent englouties
par Philippe Auguste, à l'exception du Poitou du sud, la
Guyenne et la Gascogne, qui restaient propriété de Jean sans
terre toujours aussi détesté. Après excommunication en 1213
par Innocent III Jean sans terre devint le vassal de la
papauté afin de sauver ce qui lui restait de royaume. Par
vengeance et haine du souverain français, cet être malfaisant
mit au point une coalition réunissant les comtes de Flandre et
de Boulogne, et surtout l'empereur Otton IV de Brunswick. La
Flandre pillée et le Comté de Boulogne saisis par Philippe, les
quatre comparses voulurent frapper un grand coup en attaquant
en même temps au nord (l'empereur et les deux comtes) et au
sud (jean sans terre et ses vassaux aquitains). Philippe
Auguste désirant se charger de l'empereur, envoya son fils,
futur louis VIII lutter contre le roi d'Angleterre. Le Dauphin
battit jean sans terre près d'Angers. Philippe Auguste
remporta la victoire contre l'empereur au cours de la fameuse
bataille de Bouvines, qui faillit coûter la vie au roi
Capétien, mais qui déclencha une belle liesse populaire. Les
sujets de ce roi victorieux fiers de se sentir proches de lui,
firent naître l'unité et le patriotisme qui
conduisent aux plus belles victoires.
e royaume de France considérablement
agrandi, Philippe Auguste peut peaufiner l'organisation de son
gouvernement et la gestion intelligente du pays. Il sera le
premier souverain à ouvrir son conseil à des laïques de
modeste naissance qui lui paraissent plus dévoués et plus
fiables dans leur raisonnement que beaucoup de grands
seigneurs. L'entretien des forteresses, la gestion pointue des
finances royales, la garantie d'une monarchie et d'une
autorité royale forte et définitivement reconnues, sont les
présents inestimables que ce roi fit à son pays et à ses
sujets.
nfin ce fut sous son règne que Paris
devint la résidence privilégiée du pouvoir royal. Il ne faut
pas oublier que les halles, les rues pavées et surtout le
Louvre datent de Philippe Auguste. C'est un Paris embellit et agrandit
qui devient Capitale de la France. Quant au roi, il a élu
domicile au palais de la Cité. En septembre 1222, Philippe
inquiet pour sa santé chancelante rédige son testament
laissant une fortune considérable à ses héritiers, sa famille
et l'église. C'est à Mantes qu'il s'éteindra le 14 juillet
1223 (tiens cette date n'est donc pas seulement celle de la
prise de la Bastille ?) à l'âge de 58 ans, en ressentant, je
le souhaite de tout mon coeur la satisfaction du devoir
accompli et du travail bien fait.
(*)
a forteresse de Château-Gaillard fût
construite sur les ordres de Richard Coeur de Lion en un temps
record pour l'époque, il a suffit de deux ans (1196 à 1198).
La forteresse devant protéger Rouen et barrer la route
de la Normandie à Philippe Auguste, ceci expliquera sans doute
l'urgence des travaux. Cet imposant château féodal avait la
réputation d'être imprenable.... Mais à coeur vaillant rien
d'impossible dit-on, Philippe Auguste se fit un plaisir de la
conquérir en 1204, si l'imprenabilité de Château-Gaillard
était erronée le fait qu'elle ouvre la route de la Normandie
fut lui largement prouvé par l'annexion de cette
province.
u printemps 1314, la reine Isabelle
d'Angleterre délaissée par son royal époux, qui n'avait rien
d'un hétéro., dénonce lamentablement ses belles soeurs
Marguerite de Bourgogne, future reine de France et sa cousine
Blanche femme du troisième héritier au trône, à leur beau-père
Philippe le Bel en les accusant d'adultère. Les princesses
âgées respectivement de 24 et 18 ans sont condamnées à aller
croupir à vie à Château-Gaillard. Si l'Histoire ferme les yeux
et même se montre fier d'un roi galant, la compréhension ne
s'étend pas à leurs épouses, il est vrai que seule la reine
peut engendrer un héritier royal (papa peut-être ....). Des
deux princesses Marguerite mourra dans sa geôle, Blanche
restera seule des années avant de mourir à l'Abbaye de Maubuisson. je me ferai un plaisir de
revenir plus longuement sur ces évènements dans le chapitre
sur Philippe le Bel.
émantelée en 1603 par Henri IV (tient à
propos de galanterie ....) la forteresse de Château-Gaillard
n'est plus qu'une ruine aujourd'hui, protégée par les
monuments historiques certes, mais une ruine tout de même, le
peu qu'il reste permet tout de même de constater la bâtisse
imposante et impressionnante qu'elle fut. La vue imprenable et
circulaire sur la vallée de la Seine apporte la preuve du lieu
stratégique qu'elle représentait.
