PHILIPPE II Auguste

(1165 - 1223)

 

e ne fut qu'après vingt-sept années de mariage et trois femmes  que  Louis VII réussit à avoir un fils (avec Adèle de Champagne) Philippe Dieudonné (ce surnom fut aussi celui de Louis XIV qui tarda comme lui à combler par sa naissance les voeux de ses parents). Alors pourquoi  Auguste me direz-vous ? Aucun livre n'a pu éclairer ma lanterne. Est-ce parce qu'il vit le jour au mois d'août,  une appellation due à la coutume romaine, à une distinction naturelle, les historiens et chroniqueurs ne se sont toujours pas mis d'accord, mais est-ce vraiment important ?

omme son père Philippe règnera quarante trois ans, là s'arrête la comparaison avec son prédécesseur, ce ne fut pas seulement un des règnes les plus longs, ce fut  surtout un grand règne.

vec ce roi le domaine royal devient considérable , l'autorité monarchique est véritablement instaurée , les arts et les lettres se développent et surtout la Dynastie Capétienne finit pas avoir raison de ces incontournables et envahissants Plantagenêt.

on content de tripler l'étendue de son royaume en trente ans, le roi Philippe Auguste décapitera la féodalité, c'est une monarchie définitivement instaurée qui voit le jour. A dater de ce règne les rois n'ont plus besoin de leur vivant de faire sacrer et couronner leurs héritiers. Louis VIII successeur de Philippe ne participera nullement au gouvernement avant le décès de son père. La dynastie héréditaire tant souhaitée par tous les Capétiens depuis Hugues Capet était acquise.

hilippe Auguste, enfant du miracle que l'on n'attendait plus, bénéficiera  dès sa naissance de l'amour et la dévotion de ses sujets. Il n'a que quinze ans à la mort de son père, mais sa maturité n'est plus à prouver, d'ailleurs n'est-il pas roi de fait depuis un an ? Philippe aura l'intelligence, lui, de comprendre l'importance des mariages qui agrandissent les royaumes, en épousant Isabelle de Hainaut nièce du Comte de Flandre il accroît considérablement le domaine royal, sa jeune épousée lui apporte en dot l'Amiénois, le Vermandois, et plus tard l'Artois. de plus Isabelle de Hainaut descend de Charles de Lorraine (souvenez-vous l'adversaire malheureux de Hugues Capet dans la course au trône). Ce qui fait qu'à l'avenir la grande Dynastie Capétienne se dotait d'un ancêtre illustre: l'empereur Charlemagne lui-même.

our ce qui est de la personnalité et du caractère du roi, les textes nous dépeignent un homme fougueux, gros buveur et gros mangeur, grand chasseur devant l'éternel  (ces trois derniers traits  se retrouveront souvent jusqu' au dernier des Bourbon), par contre, le roi qui est particulièrement sportif ne supporte pas les tournois (je ne l'en blâmerai pas). Je dois préciser également qu'il parait très beau sur les rares gravures le représentant, voilà pour le physique. Le moral n'est pas négligeable non plus, c'est un homme d'esprit à l'intelligence vive et sans cesse en éveil, doué d'une grande compréhension des évènements, il est d'autre part, doté d'une volonté de fer, sa nature ne connaît pas le découragement. Le sang d'Hugues Capet coule dans ses veines et se signale par sa façon de manipuler ses contemporains, soit en comblant de largesses ses fidèles, soit en utilisant l'habitude subtile de diviser pour mieux régner quant il s'agit de ses ennemis. Chose nouvelle chez ce Capétien direct, le clergé ne lui impose aucune décision et n'a aucun impact sur ses actions. Comme son grand-père Louis VI, il n'hésite pas à payer de sa personne dans ses campagnes, faisant fi de la gloire, c'est un chevalier patient qui sait attendre pour arriver à ses fins.

es qualités lui serviront dans sa lutte contre le roi d'Angleterre, qui vieillit et fatigué à force d'ambition et de guerres stériles, ne pèse plus bien lourd face à ce jeune roi en pleine force de l'âge. Philippe Auguste se servira bien évidemment de la progéniture rebelle et agitée de ce vieil adversaire du royaume. D'abord en soutenant Geoffroi, Duc de Bretagne dans sa deuxième révolte contre ce père honnis. Puis ce fut le tour de Richard Coeur de Lion, l'intraitable prince, de servir d'arme contre Henri II. Le dernier enfin, peut-être pas le meilleur, Jean sans terre, le préféré pourtant de son géniteur, trahira également sa cause.  Ce dernier coup abattra Henri II Plantagenêt qui vieilli prématurément usé par ce qui, croyait-il faisait sa force, rendra son âme à Dieu en 1189 (six cents ans exactement avant d'être vengé par le peuple français), je ne sais s'il mourut en odeur de sainteté puisque ses dernières paroles furent pour maudire, dans l'ordre: ses fils, sa femme, le roi de France et le jour de sa naissance. Avec un pareil passeport les portes du paradis n'ont du s'ouvrir qu'au prix de longues négociations. Le souverain anglais laissait en héritage à Richard et ses frères Henri et Geoffroy des domaines immenses,  l'Histoire raconte que seul Jean le bien nommé sans terre naît trop tard paraît-il, ne fit pas parti de la distribution. Le vieux roi dans une sagesse tardive avait peut-être senti que ce dernier rejeton n'était pas digne de régner sur un fief (l'avenir lui donnera raison).  Fidèles aux principes de cette famille qui sont fougue, violence et impatience il ne fallu pas plus de vingt-cinq ans aux princes d'Angleterre pour tout perdre, avec l'aide de leur "soutien" de toujours Philippe Auguste, qui vraiment tenait  pas mal du fondateur de la Dynastie.

n attendant de se débarrasser de ces envahissants Plantagenêt, Philippe Auguste doit régler une affaire qui se déroule bien loin de son domaine. Le 2 octobre 1187, Saladin (un nom qui fleure bon les contes des mille et une nuits), le maître musulman de l'Egypte,  conquiert Jérusalem après avoir capturer le "roi" de cette cité Guy de Lusignan. Bien sûr à l'appel du pape et des chrétiens de terre sainte les trois plus importants souverains d'occident prennent la croix après d'interminables préparatifs. Ce fut au cours de cette expédition que l'entente entre Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion se rompit officiellement, mais la rupture était inévitable entre ces deux êtres si différents, qui pourtant vont se porter au secours de Guy de Lusignan et remporter la seule victoire de cette croisade au siège pénible et long de Saint-Jean d'Acre. La troisième croisade bien que moins décevante que les deux premières finit tout de même par stagner. Philippe Auguste se languit de son royaume, peut-être pense-t-il également, Richard étant en orient, qu'il pourrait mettre à profit son absence pour récupérer une partie de ses fiefs, toujours est-il qu'il  ne tarde pas à rentrer. Richard resté seul après la mort de l'empereur Frédéric Barberousse (noyé dans une rivière), finit par céder devant Saladin après une campagne de quatorze mois qui valut au descendant des Plantagenêt une réputation de bravoure certes, mais également de cruauté.

es croisades n'ont jamais réussies à l'occident, pourtant à la mort de Saladin en 1193, le pape Innocent III se dit qu'il serait bon de profiter des guerres fratricides que se livrent ses héritiers pour tenter de reprendre les lieux saints et qui sait gagner de nouvelles âmes à la cause de la chrétienté. Mais il a beau promettre la rémission des péchés aux futurs croisés l'enthousiasme s'est considérablement refroidi. Seuls les nobliaux et le peuple dûment galvanisés par le clergé paraissent décidés à prendre la croix. Pourtant la quatrième croisade eut lieu. Parmi les villes excitant la convoitise par toujours religieuse d'ailleurs, Constantinople recueille tous les suffrages, le cité sera conquise une première fois le 17 Juillet 1203. Il s'ensuivit une révolte générale de la population Byzantine et le 13 avril 1204, la reconquête de Constantinople tourna en véritable carnage et pillage de la part des croisés. Le clergé lui-même s'empara des trésors des églises, entre autre des débris de la vraie croix et un morceau de fer de la sainte lance, furent expédiés à la vitesse grand V en occident. Les combattants du "Christ" se retirèrent non sans avoir nommé le nouvel empereur Baudouin de Flandre le 9 Mai 1204. Le pape Innocent III fut très déçu des résultats médiocres de cette quatrième croisade, puisqu'elle n'aboutit à rien si ce n'est à la création d'un empire latin d'orient extrêmement précaire dont l'éloignement, imaginez un peu le voyage à l'époque, nécessitait constamment le déplacement des princes occidentaux pour le maintien de l'ordre. Seuls les Vénitiens tirèrent leur épine (financière) du jeu en passant maîtres du commerce avec l'orient.

e retour de villégiature, Philippe Auguste profite de l'emprisonnement du turbulent Richard Coeur de Lion: "Le roi d'Angleterre de retour de terre sainte voulut traverser l'Autriche et l'Allemagne, c'était sans compter avec Léopold d'Autriche.  Le souverain anglais l'avait humilié au siège de Saint-Jean d'Acre, aussi le remit-il à l'Empereur Henri VI,  qui ne le portait pas non plus dans son coeur. Celui-ci retint le Plantagenêt captif durant quatorze mois, l'Angleterre ne récupérera son roi qu'au prix d'une énorme rançon. Evidemment en stratège consommé Philippe Auguste profite de l'absence de son meilleur ennemi pour semer la zizanie en son royaume. Il pousse même le jeune frère de Richard, Jean dit sans terre, à usurper la couronne d'Angleterre. Il était même prêt, aux dire des chroniqueurs, à verser une rançon plus importante à l'empereur afin que celui-ci garde son célèbre prisonnier. Mais le Saint père intervint en faveur de la libération, Henri VI dû donc se soumettre, toutefois il mit en garde le roi de France par cette phrase: "Prenez garde, le diable est lâché".

e retour de Richard Coeur de Lion signifia la reprise des hostilités contre Philippe Auguste qui essuya une défaite retentissante le 3 Juillet 1194 près de Vendôme. L'anglais lui avait même volé ses archives, une partie de son trésor et le sceau royal, voilà pourquoi dans l'avenir ces précieux titres de possession furent conservés à Paris tout d'abord au Temple, puis à la Sainte Chapelle. Seule la mort rendit raison au roi de France, celle de Richard fut à l'image de sa vie violente et rapide. Au cours d'une expédition punitive contre un vassal du Limousin qui l'avait spolié en conservant pour lui la totalité d'un trésor trouvé dans un château. Un arbalétrier bon viseur blessa mortellement le roi au cours du siège de la forteresse du seigneur indélicat. Celui qui de son vivant était devenu un héros pour beaucoup de ses sujets rendit son âme à Dieu le 26 mars 1195, laissant le trône d'Angleterre au dernier fils du roi Henri II Jean sans terre. Le changement était grand, le successeur du bouillant et souvent chevaleresque Richard est un prince irresponsable, lâche, déloyal, pas très équilibré mais qui fait au moins l'unanimité chez ses sujets et vassaux, ils le détestent tous.

'est par le crime que le nouvel opposant à Philippe Auguste va montrer ses capacités dans l'abject et le sordide. Tout d'abord il fit enlever Isabelle d'Angoulême, fiancée du Comte de la Marche Hugues de Lusignan, et l'épousa de force le 30 août 1200, ajoutant le viol au rapt. Convoqué par son suzerain Philippe Auguste, le coupable dédaigna de se déplacer ce qui permis au Capétien de confisquer ses fiefs français. Jean sans terre ne s'arrêta pas en si bon chemin, ayant fait prisonnier son propre neveu Arthur de Bretagne ami et protégé du roi de France, il le fit disparaître dans de mystérieuses conditions qui ressemblent comme des soeurs jumelles à un assassinat. Philippe Auguste convoqua le meurtrier devant sa justice, comme la première fois Jean ne bougea pas (prudence est mère de sûreté) il fût donc déchut de tous ses biens français. Philippe Auguste reprit les armes contre le vil souverain d'Angleterre, il fut bien sûr aidé dans sa lutte par la détestation générale déclenchée par Jean sans terre. L'Anjou, le Maine et la Touraine retourne au sein de la couronne française dès 1203. L'année suivante après le siège gigantesque de "l'imprenable" forteresse de Château Gaillard (*) érigée par Richard Coeur de Lion, Rouen fut prise ouvrant la conquête de la Normandie (enfin) aux troupes françaises, le Poitou et la Saintonge suivirent. En quatre ans les possessions des Plantagenêt furent englouties par Philippe Auguste, à l'exception du Poitou du sud, la Guyenne et la Gascogne, qui restaient propriété de Jean sans terre toujours aussi détesté. Après excommunication en 1213 par Innocent III Jean sans terre devint le vassal de la papauté afin de sauver ce qui lui restait de royaume. Par vengeance et haine du souverain français, cet être malfaisant mit au point une coalition réunissant les comtes de Flandre et de Boulogne, et surtout l'empereur Otton IV de Brunswick. La Flandre pillée et le Comté de Boulogne saisis par Philippe, les quatre comparses voulurent frapper un grand coup en attaquant en même temps au nord (l'empereur et les deux comtes) et au sud (jean sans terre et ses vassaux aquitains). Philippe Auguste désirant se charger de l'empereur, envoya son fils, futur louis VIII lutter contre le roi d'Angleterre. Le Dauphin battit jean sans terre près d'Angers. Philippe Auguste remporta la victoire contre l'empereur au cours de la fameuse bataille de Bouvines, qui faillit coûter la vie au roi Capétien, mais qui déclencha une belle liesse populaire. Les sujets de ce roi victorieux fiers de se sentir proches de lui, firent naître l'unité et le patriotisme  qui conduisent aux  plus belles victoires.

e royaume de France considérablement agrandi, Philippe Auguste peut peaufiner l'organisation de son gouvernement et la gestion intelligente du pays. Il sera le premier souverain à ouvrir son conseil à des laïques de modeste naissance qui lui paraissent plus dévoués et plus fiables dans leur raisonnement que beaucoup de grands seigneurs. L'entretien des forteresses, la gestion pointue des finances royales, la garantie d'une monarchie et d'une autorité royale forte et définitivement reconnues, sont les présents inestimables que ce roi fit à son pays et à ses sujets.

nfin ce fut sous son règne que Paris devint la résidence privilégiée du pouvoir royal. Il ne faut pas oublier que les halles, les rues pavées et surtout le Louvre datent de Philippe Auguste. C'est un Paris embellit et agrandit qui devient Capitale de la France. Quant au roi, il a élu domicile au palais de la Cité. En septembre 1222, Philippe inquiet pour sa santé chancelante rédige son testament laissant une fortune considérable à ses héritiers, sa famille et l'église. C'est à Mantes qu'il s'éteindra le 14 juillet 1223 (tiens cette date n'est donc pas seulement celle de la prise de la Bastille ?) à l'âge de 58 ans, en ressentant, je le souhaite de tout mon coeur la satisfaction du devoir accompli et du travail bien fait.

(*) a forteresse de Château-Gaillard fût construite sur les ordres de Richard Coeur de Lion en un temps record pour l'époque, il a suffit de deux ans (1196 à 1198). La forteresse  devant protéger Rouen et barrer la route de la Normandie à Philippe Auguste, ceci expliquera sans doute l'urgence des travaux. Cet imposant château féodal avait la réputation d'être imprenable.... Mais à coeur vaillant rien d'impossible dit-on, Philippe Auguste se fit un plaisir de la conquérir en 1204, si l'imprenabilité de Château-Gaillard était erronée le fait qu'elle ouvre la route de la Normandie fut lui largement prouvé par  l'annexion de cette province.

u printemps 1314, la reine Isabelle d'Angleterre délaissée par son royal époux, qui n'avait rien d'un hétéro., dénonce lamentablement ses belles soeurs Marguerite de Bourgogne, future reine de France et sa cousine Blanche femme du troisième héritier au trône, à leur beau-père Philippe le Bel en les accusant d'adultère. Les princesses âgées respectivement de 24 et 18 ans sont condamnées à aller croupir à vie à Château-Gaillard. Si l'Histoire ferme les yeux et même se montre fier d'un roi galant, la compréhension ne s'étend pas à leurs épouses, il est vrai que seule la reine peut engendrer un héritier royal (papa peut-être ....). Des deux princesses Marguerite mourra dans sa geôle, Blanche restera seule des années avant de mourir à l'Abbaye de Maubuisson. je me ferai un plaisir de revenir plus longuement sur ces évènements dans le chapitre sur Philippe le Bel.

émantelée en 1603 par Henri IV (tient à propos de galanterie ....) la forteresse de Château-Gaillard n'est plus qu'une ruine aujourd'hui, protégée par les monuments historiques certes, mais une ruine tout de même, le peu qu'il reste permet tout de même de constater la bâtisse imposante et impressionnante qu'elle fut. La vue imprenable et circulaire sur la vallée de la Seine apporte la preuve du lieu stratégique qu'elle représentait.

 

Dominique NEMETH - PASQUET 2005