ous sommes le 1er avril 1328, jour de
l'avènement de Philippe
de Valois, cousin germain de Charles IV le Bel dernier
capétien direct. Il est couronné Roi le 29 mai suivant, après avoir été nommé
Régent par le feu roi. En effet, la Reine Jeanne étant
enceinte à la mort de son époux, il fallut attendre la
naissance d'une fille prénommée Blanche pour appliquer une
fois de plus la fameuse loi salique. Au passage, je souligne
que cette enfant porte le même prénom que la première épouse
du roi défunt, la frivole fille de Mahaut d'Artois, toujours
présente dans le coeur du souverain. Amour quand tu nous
tiens....
hilippe VI est le premier des Valois
directs à monter sur le trône de France. Il est
véritablement le "Roi salique", également surnommé
le "bien fortuné", l' accession au trône étant inespérée
pour celui à qui la loi
opportunément dépoussiérée par ses cousins de la branche
aînée profite pleinement. Dans la logique des choses, il
aurait du être le fidèle sujet de la Reine Jeanne, fille de
Louis X et Marguerite de Bourgogne, nièce du Duc de
Bourgogne. Philippe VI, d'ailleurs abandonnera la Navarre à
cette petite princesse dont il a sciemment spolié les droits
à la couronne. (en échange tout de même de la renonciation
de Jeanne à la Champagne). Avec l'avènement de ce souverain le Valois,
l'Anjou et le Maine rejoignent l'apanage royale.
hilippe VI est reconnu Roi par ses pairs
du côté français, par contre de l'autre côté de la Manche
c'est une autre histoire. Edouard III, fils d'Isabelle, se
sent profondément lésé. Cette querelle dynastique, une de
plus, aura des conséquences dramatiques pour le royaume,
puisqu'elle provoquera la guerre de 116 ans.
n attendant voyons qui est Philippe VI,
tout d'abord le fils de Marguerite de Sicile et du bouillant
et oh combien brouillon Charles de Valois (frère de Philippe
le Bel). Le nouveau souverain est amoureux du faste et
imprégné des récits des grandes aventures chevaleresques.
e gros souci du nouveau Roi restent
les ambitions d' Edouard III d'Angleterre, qui accepte de
mauvais gré de lui rendre l'hommage lige pour la Guyenne,
mais songe à faire valoir ses droits à la couronne de
France. La querelle opposant Français et Anglais commence
par un imbroglio juridique avec de part et d'autre des
arguments que chacun considère comme la vérité.
ôté français: Tout le monde est à peu
près d'accord pour refuser le trône aux femmes c'est le "Fragilitas
sexus". Les femmes ont un caractère instable (ah oui ?),
sont incapables de faire la guerre (çà m'étonnerait), à
porter l'oriflamme ou les lys (Cela s'avèrera faux avec
Jeanne d'Arc) et enfin elles sont incapables de guérir les
écrouelles (si tant est que les hommes eux, le puissent).
Mais surtout dans un monde appartenant aux hommes, où la
femme est quantité négligeable, tout juste bonne à servir de
réceptacle recueillant la semence de procréation. Il n'est
pas question que ceux-ci renoncent à leur pouvoir et leurs
prérogatives. Le magnifique exemple de Blanche de Castille a
été purement et simplement occulté.... Et puis surtout
puisque la loi salique a été adoptée, écartant les femmes de
la succession, il est juridiquement établi, qu'elles ne
peuvent transmettre ce qu'elles ne possèdent pas !!!!
ôté anglais: C'est la proximité qui
prime la femme faisant "le pont et la planche", c'est à dire
peut transmettre la royauté même si elle ne l'exerce pas.
Pour les Anglais Edouard III, fils d'une princesse
capétienne, doit être le roi de France. Encore aujourd'hui à
la cour d'Angleterre, même si une femme peut être appelée à
monter sur le trône c'est tout de même le règne de la
primo-géniture mâle....
t voilà, chacun campant sur ses
positions la situation ne peut et ne va pas avancée. Les
barons français sont tout à fait hostiles à un souverain
anglais. De plus, celui qui leur est proposé n'est pas un
candidat bien reluisant. Edouard III jouvenceau de 17 ans,
complètement sous la coupe de sa mère Isabelle, la louve de
France, accusée du meurtre de son époux et s'affichant telle
une ribaude au bras de son amant Roger Mortimer.
e 6 juin 1329, Edouard va donc rendre
hommage à Philippe VI, mettant genou à terre dans le choeur
de la cathédrale d'Amiens. Mais après une semaine de
réjouissances, le souverain anglais (en digne enfant de la
perfide Albion) clamera à qui veut l'entendre que l'hommage
vaut pour le duché de Guyenne, bien sûr, mais qu'étant
mineur son engagement reste sans valeur. Ces querelles et
arguties vont se poursuivre pendant 8 ans. Jusqu'à ce jour
de Toussaint 1337, où l'évêque de Lincoln apportera un
message d'Edouard III adressé à "Philippe de Valois qui se dit
roi de France", la formule est un camouflet pour le
souverain français qui détestant tout particulièrement les
gifles qu'il ne pouvait pas rendre, fait rompre
officiellement l'hommage d'Amiens et prépare la déclaration
d'une guerre qui durera 116 ans.
tout seigneur, tout honneur, Philippe
se souvenant des hésitations du comte de Flandre (fidèle du
roi d'angleterre), au moment de son couronnement engage
aussitôt une campagne en ce pays, remportant rapidement le
siège de Cassel. A nouveau Edouard III doit rendre hommage
au souverain français en mars 1331. Il va sans dire que le
jeune prince n'agit pas avec une grande spontanéité,
toujours décidé à régner sur la France, nous pouvons
facilement imaginer son état d'esprit et son manque de
ferveur face à cette contrainte....
hilippe VI, que sa facile victoire de
Flandre et l'hommage du souverain exigé par lettre patente
ont revigoré reprend donc le cours de son règne. Ce roi
grand amateur de récits chevaleresque mène une vie fastueuse
au point de transformer le prospère pays de France, en une
nation exsangue et au bord de la misère. Afin de pallier le
manque de finances, et selon une coutume bien établie, c'est
sous son règne qu'apparaîtra un nouvel impôt, pris sur le
sel (la gabelle). C'est bien connut quand le roi danse et
dépense, la population règle l'addition.
es soucis pécuniaires ne suffisant pas,
le seigneur le plus remuant du royaume et ancien ami de
Philippe, j'ai nommé Robert d'Artois, le sanguin baron
rouge, décide d'intenter un nouveau procès afin de récupérer
son comté de Bourgogne. Robert prêt à tout et ne reculant
devant rien utilisera de fausses preuves pour obtenir ce
qu'il pensait être son dû. Cette fois s'en est trop, et
Philippe VI bien que beau-frère du coupable (Robert avait
épousé la soeur du roi), le déclara ennemi de la France et
lui confisque sa précieuse terre d'Artois. Aussitôt le
bouillant Robert, qui agissait toujours avant de réfléchir,
passe franchement à l'ennemi en rejoignant le roi Edouard
III, dont il se fera l'ami tout en lui insufflant si besoin
était sa haine de la France. Au printemps 1337, Robert
d'Artois prenant la tête d'escarmouches ayant lieu en
Bretagne, fut mortellement blessé. Le plus célèbre trublion
de la cour de France, Le baron au sang chaud mourut sans
jamais avoir récupéré ce comté qui fut son seul véritable
amour et qui après l'avoir poussé à la trahison suprême
envers son seigneur légitime, le condamnait à reposé en
terre étrangère, lui si attaché à la sienne. C'est à la
cathédrale Saint-Paul de Londres qu'il repose désormais,
enfin calme, mais je gage que son fantôme passe souvent la
Manche pour venir respirer les blés de l'Artois et la bonne
et grasse terre de Bourgogne.
hilippe VI désormais soucieux de
remporter des succès militaires fit armer sa marine et
prépara un débarquement. La flotte française fut
entièrement détruite en 1340 lors de la bataille de l'Ecluse,
sur les côtes belges. Les combats se déroulèrent donc sur
terre. Edouard III débarqua en Normandie après qu'une
diversion eut envoyé le souverain français se perdre en
Guyenne. Ce qui permit à l'ennemi d'avancer sans problème
jusqu'aux portes de la Capitale, pendant que Philippe se
retranchait à Crécy en Picardie. La chevalerie française ne
doutant pas de son invincibilité s'engagea dans une bataille
qui tourna au désastre pour elle. C'est le comte de Hainaut
qui sauvera la vie du roi en l'entraînant hors du champ de
bataille. En 1347, Edouard III met le siège devant Calais où
les bourgeois se rendirent à ce dernier en lui remettant les
clés de la ville (image fort connue de nos manuels
d'histoire). Rasséréné et se sentant enfin vengé de
l'affront de l'hommage qu'il avait été contraint de rendre, Edouard retourna triomphant en Angleterre.
es malheurs se présentant souvent pas
deux, un autre drame s'abattit en 1348 sur le royaume de
France. La peste noire décima plusieurs millions de
français. Entre un tiers et la moitié de la population selon
les chroniqueurs.... La reine Jeanne de Bourgogne, dite
Jeanne la boîteuse ou la mal reine, soeur de la légère et
infidèle Marguerite, fit partie
des victimes et décéda le 12 septembre 1348. Après un deuil raisonnable, Philippe VI
reprendra sa vie de fêtes et convolera en secondes noces
le 11 janvier 1350 avec Blanche d'Evreux, qui était promise à son fils, le
futur Jean II. Décidément, ce roi avec son amour du faste,
sa piètre valeur en tant que stratège militaire, cette façon
de voler la fiancée de son propre fils et son mépris du
peuple de France ne me plaît pas. A priori, s'il a lu bon
nombre d'écrits sur la chevalerie et ses coutumes
ancestrales, il n'a rien retenu. Et si sous son règne la
France s'agrandit de la Champagne, la Brie, le Dauphiné et
la ville de Montpellier pour la plupart achetées et non
conquises. Ses défaites et la mauvaise gestion
des finances ruineront le pays. Bien sûr, la peste noire en
dépeuplant considérablement le royaume
n'arrangera rien.... De ce règne médiocre et lamentable
resteront l'alourdissement de la fiscalité (pour la guerre)
et l'accroissement du rôle du Parlement.
hilippe VI meurt dans la nuit du 22 au
23 août 1350, à l'Abbaye de Coulombs à Nogent-le-Roi.
Certains chroniqueurs le font mourir de la peste. Pour moi
son décès intervenant 7 mois après son mariage, je me dis
que l'ardeur et la jeunesse de son épouse ont peut-être eu
raison des forces de cet homme de 57 ans. Bien fait, il
n'avait qu'à la laisser à son fils aîné, Jean II le Bon, qui
lui succède sur ce trône de France tant convoité....