PHILIPPE VI

Le Roi salique

(1293 - 1350)

 

ous sommes le 1er avril 1328, jour de l'avènement de Philippe de Valois, cousin germain de Charles IV le Bel dernier capétien direct. Il est couronné Roi le 29 mai suivant, après avoir été nommé Régent par le feu roi. En effet, la Reine Jeanne étant  enceinte à la mort de son époux, il fallut attendre la naissance d'une fille prénommée Blanche pour appliquer une fois de plus la fameuse loi salique. Au passage, je souligne que cette enfant porte le même prénom que la première épouse du roi défunt, la frivole fille de Mahaut d'Artois, toujours présente dans le coeur du souverain. Amour quand tu nous tiens....

hilippe VI est le premier des Valois directs à monter sur le trône de France. Il est véritablement le "Roi salique", également surnommé le "bien fortuné", l' accession au trône étant inespérée pour celui à qui la loi opportunément dépoussiérée par ses cousins de la branche aînée profite pleinement. Dans la logique des choses, il aurait du être le fidèle sujet de la Reine Jeanne, fille de Louis X et Marguerite de Bourgogne, nièce du Duc de Bourgogne. Philippe VI, d'ailleurs abandonnera la Navarre à cette petite princesse dont il a sciemment spolié les droits à la couronne. (en échange tout de même de la renonciation de Jeanne à la Champagne). Avec l'avènement de ce souverain le Valois, l'Anjou et le Maine rejoignent l'apanage royale.

hilippe VI est reconnu Roi par ses pairs du côté français, par contre de l'autre côté de la Manche c'est une autre histoire. Edouard III, fils d'Isabelle, se sent profondément lésé. Cette querelle dynastique, une de plus, aura des conséquences dramatiques pour le royaume, puisqu'elle provoquera la guerre de 116 ans.

n attendant voyons qui est Philippe VI, tout d'abord le fils de Marguerite de Sicile et du bouillant et oh combien brouillon Charles de Valois (frère de Philippe le Bel). Le nouveau souverain est amoureux du faste et imprégné des récits des grandes aventures chevaleresques.

e gros souci du nouveau Roi restent les ambitions d' Edouard III d'Angleterre, qui accepte de mauvais gré de lui rendre l'hommage lige pour la Guyenne, mais songe à faire valoir ses droits à la couronne de France. La querelle opposant Français et Anglais commence par un imbroglio juridique avec de part et d'autre des arguments que chacun considère comme la vérité.

ôté français: Tout le monde est à peu près d'accord pour refuser le trône aux femmes c'est le "Fragilitas sexus". Les femmes ont un caractère instable (ah oui ?), sont incapables de faire la guerre (çà m'étonnerait), à porter l'oriflamme ou les lys (Cela s'avèrera faux avec Jeanne d'Arc) et enfin elles sont incapables de guérir les écrouelles (si tant est que les hommes eux, le puissent). Mais surtout dans un monde appartenant aux hommes, où la femme est quantité négligeable, tout juste bonne à servir de réceptacle recueillant la semence de procréation. Il n'est pas question que ceux-ci renoncent à leur pouvoir et leurs prérogatives. Le magnifique exemple de Blanche de Castille a été purement et simplement occulté.... Et puis surtout puisque la loi salique a été adoptée, écartant les femmes de la succession, il est juridiquement établi, qu'elles ne peuvent transmettre ce qu'elles ne possèdent pas !!!!

ôté anglais: C'est la proximité qui prime la femme faisant "le pont et la planche", c'est à dire peut transmettre la royauté même si elle ne l'exerce pas. Pour les Anglais Edouard III, fils d'une princesse capétienne, doit être le roi de France. Encore aujourd'hui à la cour d'Angleterre, même si une femme peut être appelée à monter sur le trône c'est tout de même le règne de la primo-géniture mâle....

t voilà, chacun campant sur ses positions la situation ne peut et ne va pas avancée. Les barons français sont tout à fait hostiles à un souverain anglais. De plus, celui qui leur est proposé n'est pas un candidat bien reluisant. Edouard III jouvenceau de 17 ans, complètement sous la coupe de sa mère Isabelle, la louve de France, accusée du meurtre de son époux et s'affichant telle une ribaude au bras de son amant  Roger Mortimer.

e 6 juin 1329, Edouard va donc rendre hommage à Philippe VI, mettant genou à terre dans le choeur de la cathédrale d'Amiens. Mais après une semaine de réjouissances, le souverain anglais (en digne enfant de la perfide Albion) clamera à qui veut l'entendre que l'hommage vaut pour le duché de Guyenne, bien sûr, mais qu'étant mineur son engagement reste sans valeur. Ces querelles et arguties vont se poursuivre pendant 8 ans. Jusqu'à ce jour de Toussaint 1337, où l'évêque de Lincoln apportera un message d'Edouard III adressé à "Philippe de Valois qui se dit roi de France", la formule est un camouflet pour le souverain français qui détestant tout particulièrement les gifles qu'il ne pouvait pas rendre, fait rompre officiellement l'hommage d'Amiens et prépare la déclaration d'une guerre qui durera 116 ans.

tout seigneur, tout honneur, Philippe se souvenant des hésitations du comte de Flandre (fidèle du roi d'angleterre), au moment de son couronnement engage aussitôt une campagne en ce pays, remportant rapidement le siège de Cassel. A nouveau Edouard III doit rendre hommage au souverain français en mars 1331. Il va sans dire que le jeune prince n'agit pas avec une grande spontanéité, toujours décidé à régner sur la France, nous pouvons facilement imaginer son état d'esprit et son manque de ferveur face à cette contrainte....

hilippe VI, que sa facile victoire de Flandre et l'hommage du souverain exigé par lettre patente ont revigoré reprend donc le cours de son règne. Ce roi grand amateur de récits chevaleresque mène une vie fastueuse au point de transformer le prospère pays de France, en une nation exsangue et au bord de la misère. Afin de pallier le manque de finances, et selon une coutume bien établie, c'est sous son règne qu'apparaîtra un nouvel impôt, pris sur le sel (la gabelle). C'est bien connut quand le roi danse et dépense, la population règle l'addition.

es soucis pécuniaires ne suffisant pas, le seigneur le plus remuant du royaume et ancien ami de Philippe, j'ai nommé Robert d'Artois, le sanguin baron rouge, décide d'intenter un nouveau procès afin de récupérer son comté de Bourgogne. Robert prêt à tout et ne reculant devant rien utilisera de fausses preuves pour obtenir ce qu'il pensait être son dû. Cette fois s'en est trop, et Philippe VI bien que beau-frère du coupable (Robert avait épousé la soeur du roi), le déclara ennemi de la France et lui confisque sa précieuse terre d'Artois. Aussitôt le bouillant Robert, qui agissait toujours avant de réfléchir, passe franchement à l'ennemi en rejoignant le roi Edouard III, dont il se fera l'ami tout en lui insufflant si besoin était sa haine de la France. Au printemps 1337, Robert d'Artois prenant la tête d'escarmouches ayant lieu en Bretagne, fut mortellement blessé. Le plus célèbre trublion de la cour de France, Le baron au sang chaud mourut sans jamais avoir récupéré ce comté qui fut son seul véritable amour et qui après l'avoir poussé à la trahison suprême envers son seigneur légitime, le condamnait à reposé en terre étrangère, lui si attaché à la sienne. C'est à la cathédrale Saint-Paul de Londres qu'il repose désormais, enfin calme, mais je gage que son fantôme passe souvent la Manche pour venir respirer les blés de l'Artois et la bonne et grasse terre de Bourgogne.

hilippe VI désormais soucieux de remporter des succès militaires fit armer sa marine et prépara un débarquement. La flotte française fut entièrement détruite en 1340 lors de la bataille de l'Ecluse, sur les côtes belges. Les combats se déroulèrent donc sur terre. Edouard III débarqua en Normandie après qu'une diversion eut envoyé le souverain français se perdre en Guyenne. Ce qui permit à l'ennemi d'avancer sans problème jusqu'aux portes de la Capitale, pendant que Philippe se retranchait à Crécy en Picardie. La chevalerie française ne doutant pas de son invincibilité s'engagea dans une bataille qui tourna au désastre pour elle. C'est le comte de Hainaut qui sauvera la vie du roi en l'entraînant hors du champ de bataille. En 1347, Edouard III met le siège devant Calais où les bourgeois se rendirent à ce dernier en lui remettant les clés de la ville (image fort connue de nos manuels d'histoire). Rasséréné et se sentant enfin vengé de l'affront de l'hommage qu'il avait été contraint de rendre, Edouard retourna triomphant en Angleterre.

es malheurs se présentant souvent pas deux, un autre drame s'abattit en 1348 sur le royaume de France. La peste noire décima plusieurs millions de français. Entre un tiers et la moitié de la population selon les chroniqueurs.... La reine Jeanne de Bourgogne, dite Jeanne la boîteuse ou la mal reine, soeur de la légère et infidèle Marguerite, fit partie des victimes et décéda le 12 septembre 1348. Après un deuil raisonnable, Philippe VI reprendra sa vie de fêtes et convolera en secondes noces le 11 janvier 1350 avec Blanche d'Evreux, qui était promise à son fils, le futur Jean II. Décidément, ce roi avec son amour du faste, sa piètre valeur en tant que stratège militaire, cette façon de voler la fiancée de son propre fils et son mépris du peuple de France ne me plaît pas. A priori, s'il a lu bon nombre d'écrits sur la chevalerie et ses coutumes ancestrales, il n'a rien retenu. Et si sous son règne la France s'agrandit de la Champagne, la Brie, le Dauphiné et la ville de Montpellier pour la plupart achetées et non conquises. Ses défaites et la mauvaise gestion des finances ruineront le pays. Bien sûr, la peste noire en dépeuplant considérablement le royaume n'arrangera rien.... De ce règne médiocre et lamentable resteront l'alourdissement de la fiscalité (pour la guerre) et l'accroissement du rôle du Parlement.

hilippe VI meurt dans la nuit du 22 au 23 août 1350, à l'Abbaye de Coulombs à Nogent-le-Roi. Certains chroniqueurs le font mourir de la peste. Pour moi son décès intervenant 7 mois après son mariage, je me dis que l'ardeur et la jeunesse de son épouse ont peut-être eu raison des forces de cet homme de 57 ans. Bien fait, il n'avait qu'à la laisser à son fils aîné, Jean II le Bon, qui lui succède sur ce trône de France tant convoité....

 

 

Dominique NEMETH - PASQUET 2006