hilippe de Poitiers, deuxième fils de
Philippe le Bel, est déjà Régent depuis le mois de juillet
1316. A la mort de Jean 1er, cet ambitieux prince se pense
légitimement Roi de France. C'est oublier un peu vite
qu'une petite fille de cinq ans et demi, déjà Reine de Navarre
depuis le décès de son père le roi Louis, demeure la seule
héritière. Il s'agit de Jeanne fille de Marguerite de
Bourgogne, l'inconduite de sa mère a fait douter de sa
légitimité mais les tests ADN n'étant pas encore au point, les
droits à la couronne de cette enfant sont parfaitement
légitimes. Elle est également nièce du puissant Duc de
Bourgogne, bien décidé à faire respecter ses droits, se voyant
sûrement déjà tuteur de la Reine de France et gardant en
travers de la gorge la disparition de sa soeur.
hilippe avec la complicité de son oncle
Valois va se faire sacrer à Reims le 9
janvier 1317. Charles, frère de Philippe, qui déteste le
nouveau roi promet son appui contre un agrandissement de son
apanage, Philippe V refusant de céder au chantage, Charles
n'assistera pas au couronnement. Plusieurs barons et seigneurs refusant de
cautionner, cette cérémonie à la va-vite, le Régent devenu
Philippe V le Long, Roi de France, va convoquer une assemblée
de prélats, nobles, bourgeois et docteurs de l'université.
Dévoués à ce roi adulte et soutenu par le seigneur le plus
puissant du royaume, ces distingués personnages déclarent
d'une seule voix le 2 février 1317 que "femme ne peut succéder
au royaume de France". Mais cela ne suffit pas, Philippe V
n'est pas tranquille, cette inquiétude laisse apparaître un
énorme doute du souverain quant à la bâtardise de Jeanne de Navarre.
Le nouveau roi
et ses complices ont laissés les ragots se transformer en
certitude, mais on ne sait jamais, la puissante Bourgogne ne
se laissera pas évincée, il faut une loi une vraie, pour
donner raison à la nouvelle royauté fragile, et ils vont la
trouver.
e derrière les fagots, comme disait les
anciens. Car elle existe cette loi qui arrangerait tant les
affaires de l'usurpateur, c'est même un recueil de lois
remontant à Clovis, c'est une des plus vieilles lois franques.
La loi salique (*). Venant des Francs saliens, elle contient une
règle qui exclue les femmes de la succession à la terre. Bien
sûr elle est invoquée indûment et n'a rien à voir avec la
légitimité des rois, mais l'occasion est trop belle, le vieux
texte dépoussiéré, remit au goût du jour, devient une preuve
écrite depuis fort longtemps, personne ne peut accuser
Philippe le Long de l'avoir inventée, il l'a simplement
détournée de son sens premier, appliquant une règle rurale à
la succession royale. Tout se met en place très vite. Les
femmes sont désormais à jamais écartées du pouvoir et de sa
transmission. Bien sûr cette loi inique et trafiquée est le
fait de Philippe V, mais si Marguerite s'était tenue
tranquille....
(*)
ertains historiens affirment que la
loi Salique complète ne fut exhumée qu'en 1358. Pour ce qui
nous intéresse, à savoir l'interdiction aux femmes de régner
et de transmettre le pouvoir nous pouvons dire que son
application touchant uniquement la royauté commença sous
Philippe V.
hilippe le Long règnera 5 ans, après avoir
rêvé l'homogénéisation des monnaies, poids et mesures, projet
demeuré sans suite, le roi réorganise le Parlement de Paris et
nomme des réformateurs généraux chargés de châtier les
officiers royaux véreux. Le souverain prend l'habitude de
réunir les fameuses assemblées ancêtres de nos états généraux,
ces mesures lui rende une popularité disparue sous le règne
précédent. Ajoutez à cela que Philippe a réglé avant même son
avènement le problème de l'élection papale en enfermant et en
affamant les cardinaux réticents et incapables de se mettre
d'accord depuis deux ans et demi. Le résultat dépassa toutes
les espérances, le nouveau souverain pontife est français et
sera un bon pape au service de la France, résidant à
Avignon sous le nom de Jean XXII. Philippe fait preuve d'une
autorité et d'un esprit de décision qui n'est pas sans
rappeler feu son père, balayant ainsi le peu de lustre du
règne de Louis X.
l reste à régler la grogne féodale dont
le chef se trouve être Eudes IV de Bourgogne, oncle de Jeanne,
fille de Marguerite. Les différentes opérations militaires
pour mater la rébellion de la Flandre, la Picardie et l'Artois
n'ayant rien donné Philippe mariera sa fille très jeune au
très vieux Duc Eudes IV. La paix semble régner au royaume de
France mais il y a toujours un grain de sable qui vient
dérégler les plus belles machineries....
n procès retentissant va éclabousser un
temps les marches du trône. Mahaut d'Artois belle-mère du roi
est accusée publiquement et convaincue d'avoir fait
empoisonner le roi Louis et son fils Jean. Charles de France
et le neveu de la véhémente Comtesse, Robert d'Artois sont bien
sûr à l'origine de la rumeur. Philippe prend l'affaire au
sérieux et instruit personnellement les débats. A la fin de
l'automne 1317, Mahaut d'Artois est finalement relaxée. La
chose étant jugée et l'innocence de la Comtesse prouvée, je ne
saurai trop conseiller à ses détracteurs qui continuent de la
nommer "Mahaut l'empoisonneuse" de faire preuve de prudence
dans leurs paroles....
n 1320 Philippe doit encore faire face à
deux révoltes, celle des pastoureaux et bergers, menés par des
moines fanatiques qui rêvent d'exterminer les juifs et celle
des lépreux qui eux veulent tout simplement détruire le monde
chrétien, ils seront traités sur un plan d'égalité en étant
tous méthodiquement massacrés.
anvier 1321, le roi Philippe le Long est
gravement malade, malgré les soins des médecins et les prières
des moines de Saint-Denis qui se valent en efficacité, le
souverain rend l'âme dans la nuit du 2 au 3 janvier. Ironie du
sort, mais l'Histoire est pleine de ce genre de surprises, ce
roi qui avait tout fait pour écarter les femmes de la couronne
afin de régner meurt sans héritier mâle, c'est l'arroseur
arrosé, encore une leçon que seule la vie sait vous donner,
c'est donc le pâle frère du roi, Charles, qui sans problème
ceint la couronne et monte sur ce trône tant convoité.
