PHILIPPE V le Long

(1294 - 1322)

 

 

hilippe de Poitiers, deuxième fils de Philippe le Bel, est déjà Régent depuis le mois de juillet 1316. A la mort de Jean 1er, cet ambitieux prince se pense légitimement  Roi de France. C'est oublier un peu vite qu'une petite fille de cinq ans et demi, déjà Reine de Navarre depuis le décès de son père le roi Louis, demeure la seule héritière. Il s'agit de Jeanne fille de Marguerite de Bourgogne, l'inconduite de sa mère a fait douter de sa légitimité mais les tests ADN n'étant pas encore au point, les droits à la couronne de cette enfant sont parfaitement légitimes. Elle est également nièce du puissant Duc de Bourgogne, bien décidé à faire respecter ses droits, se voyant sûrement déjà tuteur de la Reine de France et gardant en travers de la gorge la disparition de sa soeur.

hilippe avec la complicité de son oncle Valois va se faire sacrer à Reims le 9 janvier 1317. Charles, frère de Philippe, qui déteste le nouveau roi promet son appui contre un agrandissement de son apanage, Philippe V refusant de céder au chantage, Charles n'assistera pas au couronnement. Plusieurs barons et seigneurs refusant de cautionner, cette cérémonie à la va-vite, le Régent devenu Philippe V le Long, Roi de France, va convoquer une assemblée de prélats, nobles, bourgeois et docteurs de l'université. Dévoués à ce roi adulte et soutenu par le seigneur le plus puissant du royaume, ces distingués personnages déclarent d'une seule voix le 2 février 1317 que "femme ne peut succéder au royaume de France". Mais cela ne suffit pas, Philippe V n'est pas tranquille, cette inquiétude laisse apparaître un énorme doute du souverain quant à la bâtardise de Jeanne de Navarre. Le nouveau roi et ses complices ont laissés les ragots se transformer en certitude, mais on ne sait jamais, la puissante Bourgogne ne se laissera pas évincée, il faut une loi une vraie, pour donner raison à la nouvelle royauté fragile, et ils vont la trouver.

e derrière les fagots, comme disait les anciens. Car elle existe cette loi qui arrangerait tant les affaires de l'usurpateur, c'est même un recueil de lois remontant à Clovis, c'est une des plus vieilles lois franques. La loi salique (*). Venant des Francs saliens, elle contient une règle qui exclue les femmes de la succession à la terre. Bien sûr elle est invoquée indûment et n'a rien à voir avec la légitimité des rois, mais l'occasion est trop belle, le vieux texte dépoussiéré, remit au goût du jour, devient une preuve écrite depuis fort longtemps, personne ne peut accuser Philippe le Long de l'avoir inventée, il l'a simplement détournée de son sens premier, appliquant une règle rurale à la succession royale. Tout se met en place très vite. Les femmes sont désormais à jamais écartées du pouvoir et de sa transmission. Bien sûr cette loi inique et trafiquée est le fait de Philippe V, mais si Marguerite s'était tenue tranquille....

(*) ertains historiens affirment que la loi Salique complète ne fut exhumée qu'en 1358. Pour ce qui nous intéresse, à savoir l'interdiction aux femmes de régner et de transmettre le pouvoir nous pouvons dire que son application touchant uniquement  la royauté commença sous Philippe V.

hilippe le Long règnera 5 ans, après avoir rêvé l'homogénéisation des monnaies, poids et mesures, projet demeuré sans suite, le roi réorganise le Parlement de Paris et nomme des réformateurs généraux chargés de châtier les officiers royaux véreux. Le souverain prend l'habitude de réunir les fameuses assemblées ancêtres de nos états généraux, ces mesures lui rende une popularité disparue sous le règne précédent. Ajoutez à cela que Philippe a réglé avant même son avènement le problème de l'élection papale en enfermant et en affamant les cardinaux réticents et incapables de se mettre d'accord depuis deux ans et demi. Le résultat dépassa toutes les espérances, le nouveau souverain pontife est français et sera un bon pape au service de la France,  résidant à Avignon sous le nom de Jean XXII. Philippe fait preuve d'une autorité et d'un esprit de décision qui n'est pas sans rappeler feu son père, balayant ainsi le peu de lustre du règne de Louis X.

l reste à régler la grogne féodale dont  le chef se trouve être Eudes IV de Bourgogne, oncle de Jeanne, fille de Marguerite. Les différentes opérations militaires pour mater la rébellion de la Flandre, la Picardie et l'Artois n'ayant rien donné Philippe mariera sa fille très jeune au très vieux Duc Eudes IV. La paix semble régner au royaume de France mais il y a toujours un grain de sable qui vient dérégler les plus belles machineries....

n procès retentissant va éclabousser un temps les marches du trône. Mahaut d'Artois belle-mère du roi est accusée publiquement et convaincue d'avoir fait empoisonner le roi Louis et son fils Jean. Charles de France et le neveu de la véhémente Comtesse, Robert d'Artois sont bien sûr à l'origine de la rumeur. Philippe prend l'affaire au sérieux et instruit personnellement les débats. A la fin de l'automne 1317, Mahaut d'Artois est finalement relaxée. La chose étant jugée et l'innocence de la Comtesse prouvée, je ne saurai trop conseiller à ses détracteurs qui continuent de la nommer "Mahaut l'empoisonneuse" de faire preuve de prudence dans leurs paroles....

n 1320 Philippe doit encore faire face à deux révoltes, celle des pastoureaux et bergers, menés par des moines fanatiques qui rêvent d'exterminer les juifs et celle des lépreux qui eux veulent tout simplement détruire le monde chrétien, ils seront traités sur un plan d'égalité en étant tous méthodiquement massacrés.

anvier 1321, le roi Philippe le Long est gravement malade, malgré les soins des médecins et les prières des moines de Saint-Denis qui se valent en efficacité, le souverain rend l'âme dans la nuit du 2 au 3 janvier. Ironie du sort, mais l'Histoire est pleine de ce genre de surprises, ce roi qui avait tout fait pour écarter les femmes de la couronne afin de régner meurt sans héritier mâle, c'est l'arroseur arrosé, encore une leçon que seule la vie sait vous donner, c'est donc le pâle frère du roi, Charles, qui sans problème ceint la couronne et monte sur ce trône tant convoité.

 

Dominique NEMETH - PASQUET 2005