etit fils de Saint Louis, la référence
familiale, Philippe IV le Bel, fils de Philippe III et de sa
première femme Isabelle d'Aragon, aura l'énorme tâche de
rétablir le prestige Capétien en Occident. Prestige tombé en
quenouille sous le précédent règne, grâce à la faiblesse de
son père et l'incompétence notoire de son oncle. Le nouveau
roi prend le pouvoir à 17 ans s'entourant d'une kyrielle de
conseillers et de légistes dont l'importance bien que donnée
par le souverain sera toujours endiguée et gouvernée par cet
homme dur et impitoyable dans ses jugements. Digne
représentant d'une monarchie absolue, à la conscience
élastique quand il s'agit de se salir les mains si la raison d'état
l'exige. Le roi se savait beau, impressionnant,
plein de grâces, toujours vêtu de façon élégante. Il était surtout impénétrable, l'immobilité de son visage
faisait penser à une statue ce qui déstabilisait ses
interlocuteurs. Philippe le Bel fut une énigme pour ses
contemporains et le reste encore aujourd'hui, dans l'Histoire
de France de Lavisse éditée en 1900, il est écrit: "Personne
ne saura jamais qui était Philippe le Bel, il ne sera jamais
possible de départager ceux qui pensent qu'il était un grand
homme de ceux qui pensent qu'il était une façade laissant agir
les autres à sa place". Cependant tout en lui forçait le respect, la crainte et
l'admiration. Le Bel ne sera pas son seul surnom, pour tous en
France, et en Navarre, il est le "Roi de fer".
oilà le ton est donné, ce n'est pas un
roitelet qui en ce jour de l'an de grâce 1285 prend le
pouvoir. Exception qui confirme la règle: le seul sentiment
tendre de ce roi sera pour sa femme Jeanne de Champagne qu'il
épousa en 1284, toute sa vie Philippe IV aimera la reine
sincèrement, aussi bien au cours de leur union de vingt et un
ans, que pendant son veuvage qui durera neuf ans. Il poussera
la fidélité jusqu'à étendre à toutes les femmes les vertus de
la sienne (les évènements au sein de sa famille vont
cruellement le décevoir).
ntouré d'hommes intelligents et habiles
tels Guillaume de Nogaret et Enguerrand de Marigny, Philippe
IV réorganise la gestion de l'état sur le modèle de l'empire
romain, qui place le monarque "par-dessus tout" mais
nécessitent de nouveaux moyens, voir de nouvelles ressources.
ne administration nouvelle voit le jour
ancêtre de la nôtre mais sûrement plus efficace, aucune erreur
n'étant admise. Sous ce règne en pleine "restructuration" on
vit apparaître le Grand Conseil chargé des affaires
politiques, la Chambre des Comptes pour la finance, la justice
étant bien sûr réservée au Parlement déjà existant.
Philippe le Bel prend l'initiative de créé des assemblées
formées du clergé, de la noblesse, et des bourgeois parisiens.
Ce qui n'est pas sans rappeler les futurs états généraux. Mais
sentant peut-être l'importance qu'ils prendraient dans les
derniers jours de la monarchie, et désirant limité leur
pouvoir ces assemblées rarement convoquées étaient
automatiquement dissoutes dès que l'on avait obtenu ce que
l'on exigeait d'elles.
t maintenant au tour de la monnaie, sur le
conseil avisé d'Enguerrand de Marigny, Philippe crée de
nouvelles taxes, tout d'abord une taxe frontalière pour les
marchandises dédiées à l'étranger. L'église se voit "soulagée"
de 10% des revenus de ses terres (les décimes). Sur toutes les
ventes effectuées par des sujets jusqu'alors exempts de tout
impôt fut prélevé un denier par livre (maltôte). Cela ne se fit
pas sans grincements de dents mais leur bruit ne parvint pas
aux oreilles du roi. Et maintenant nous arrivons à la grande
manipulation, pour ne pas dire magouille, à plusieurs reprises
le roi change le poids ou la proportion de métal précieux des
pièces sans en modifier la valeur, jusqu'en 1295 ou une
ordonnance royale change le cours du tournoi (pièce créée sous
Saint Louis) qui passe de un sou à trois sous. Il ne faut pas
voir dans ces "malversations" un amour immodéré de l'argent,
mais simplement une grande ambition politique pour la France,
ce qui n'empêchera pas l'opinion publique, toujours médisante,
d'attribuer à Philippe le Bel la réputation de faux monnayeur.
'administration est sur des rails, le
trésor bien nourri, Philippe IV tourne les yeux vers l'église,
toujours dans l'idée de grandeur de la France et
d'infaillibilité du roi le conflit qui va opposer la papauté
au royaume de France est une première dans l'histoire des
capétiens. Déjà en 1296, le souverain pontife en prenant la défense du
clergé français qui s'estimait trop taxé avait pris
l'initiative d'une polémique qui en 1297 avait tournée à
l'avantage du souverain. Le pape Boniface VIII de vieille famille de
barons, avait ce que l'on pourrait appeler du tempérament,
passionné, d'une irritabilité accrue par de violentes douleurs
dues à son état de santé fragile. Convaincu de la supériorité
de la papauté sur les souverains chrétiens, le pape avait eu
cette diatribe terrible et significative: "Il y a deux glaives le
spirituel et le temporel, le glaive spirituel est dans la main
du pape, le temporel dans la main des rois, mais les rois ne
peuvent l'utiliser qu'au service de l'église et selon la
volonté du pape et si le glaive temporel dévie de sa route,
c'est au glaive spirituel de le juger". On peut aisément
imaginer l'impact de cette profession de foi sur un
souverain de la trempe de Philippe le Bel, le pape ne se
prenait-il pas pour le roi des rois, autrement dit pour Dieu ?
Il était grand temps de faire comprendre à ce souverain
pontife démagogue et à travers lui à toute la chrétienté qui
était le seul maître à bord du vaisseau "royaume de France".
es hostilités débutent en 1301, avec
l'arrestation par le roi de l'évêque de Pamiers. Boniface VIII
monte sur ses grands chevaux, invectivant Philippe le Bel dans
un réquisitoire impitoyable et convoquant les évêques à Rome
pour selon sa propre formule "préparer la réformation du
royaume et la punition du roi de France". La réaction du
souverain français sera violente et décisive pour l'avenir de
la papauté.
es trois assemblées vont être convoquées
pour la première fois, il leur est tout simplement demandé
d'approuver la politique royale, ce fut chose faite. Boniface
publie alors sa fameuse bulle "Unam Sanctam" qui expose la
théorie des deux glaives mais surtout menace le roi de France
d'excommunication. Ce que voyant Philippe IV accuse le pape
d'usurpation de sa fonction et de pratique de la simonie (trafic
de biens et charges ecclésiastiques) et réclame sa déposition
par un concile. Le pape délie alors les français du serment de
fidélité fait au roi. Maintenant la querelle ne peut trouver
aboutissement que par la victoire d'une des deux parties, aucune
réconciliation ne semble possible, c'est le point de
non-retour l'enjeu est trop important.
écision est donc prise de faire arrêter le
pape. Guillaume de Nogaret chargé des hautes et basses oeuvres
du royaume se rend donc en Italie, rejoint par les Colonna
grande famille italienne ennemie de Boniface VIII. Nogaret se
rend avec son armée à Agnani résidence d'été du Pape qui
abandonné lâchement par ses fidèles est arrêté et injurié par
les assaillants. La légende raconte même que Boniface fut
giflé par Guillaume de Nogaret qui ce jour là ne put obéir au
roi son maître, la population d'Agnani se soulevant en faveur
du souverain pontife, les envahisseurs n'eurent que le temps de s'enfuir à
toutes jambes. Toutefois Boniface VIII, âgé de prés de 70 ans,
ne put jamais se remettre de cette humiliation. Il mourut le 11
septembre 1302, soit quatre jours après l'attaque des
français, ayant perdu la tête.
es successeurs de Boniface VIII sans doute
refroidis par la détermination du roi renoncèrent prudemment à
continuer la lutte. Benoît XI aux abords plus politiques que
religieux leva sans problèmes les poursuites menées par son
prédécesseur contre le souverain, mais demanda tout de même la
flétrissure, morale bien sûr, de Nogaret. Quant à Clément V,
ancien archevêque de Bordeaux qui devait sa nomination en
grande partie à Philippe le Bel, il annula purement et
simplement toutes les décisions des deux précédents, y compris
celle concernant Guillaume de Nogaret au cours d'une
absolution en 1311. Dès 1309, le nouveau pape craignant pour
sa sécurité délaissa l'Italie pour Avignon. Le palais des
papes français devint désormais la résidence du saint père et
ce, jusqu'en 1377.
hilippe IV avait gagné, l'indépendance
absolue des princes chrétiens vis-à-vis de la papauté était
instaurée, cette situation aboutit à la complète liberté des
royaumes.
e roi se lança alors dans une politique
d'agrandissement de son royaume et d'assujétissement de ce qui
restait de la grande féodalité. Le comté de Champagne étant
domaine royal depuis son mariage, Philippe acheta le comté de
Chartres, la puissante et remuante maison de Blois-Champagne
disparue de ce fait. La Marche et l'Angoumois rejoignirent
bientôt les possessions du roi de France. A l'est ayant reçu
l'hommage du Comte de Bar ancien vassal de l'empereur, la plus
grande partie des terres devint française. Les bourgeois de
Lyon suivirent bientôt impressionnés par la personnalité et le
pouvoir du roi, Lyon fut donc partiellement annexée. Il n'en
fut pas de même de la Guyenne qui malgré l'invasion des
troupes royales en 1294 resta fief du nouveau roi d'Angleterre
Edouard 1er. Le roi et ses troupes, dont l'appétit était
féroce, s'attaqua à la Flandre. C'était sans compter avec le
peuple flamand, les cavaliers du roi subirent la grande
humiliation d'être lamentablement vaincus par les fantassins
de Flandre à Courtrai en 1302. Deux ans plus tard grâce à la
victoire de Mons-en-pévèle et au traité d'Athis sur Orge signé
avec le comte de Flandre en 1305, l'humiliation fut
partiellement lavée, le roi de France enlevant les villes de
langue française à savoir: Lille, Douai, Béthune et leurs
arrondissements. Le souverain français peut maintenant se
reposer sur ses lauriers, que nenni comme diraient ses
contemporains, il existe au royaume de France une puissance
insupportable pour ce monarque adepte du pouvoir absolu, un
état dans l'état, un ordre respecté autant que le roi lui-même
et bien trop riche pour ne pas braver l'autorité de Philippe
IV. Et surtout les dettes du royaume contractées auprès de
cet ordre empêchaient de dormir le roi, qui n'avait pas du
tout l'intention de rembourser et craignait son emprise.
et ordre fondé au XIIème
siècle après la première
croisade est celui des Templiers bien sûr. Son
anéantissement sera décidé par le roi au sein de son conseil
et le procès qui s'ensuivra sera rondement mené par l'âme
damnée de Philippe le Bel, le toujours très dévoué Guillaume
de Nogaret. Pendant 7 ans à force de tortures abominables, de
fausses dénonciations, de preuves fabriquées de toutes pièces,
et surtout avec la complicité du pape, l'ordre des Templiers
sera détruit et ses biens confisqués au profit de la
couronne. Ce procès le plus important qui soit dans l'histoire
de la dynastie, s'il enrichit le trésor n'ajoutera rien à la
gloire de Philippe IV et de ses dévoués sous-fifres.
u
matin du Vendredi 13 octobre 1307 coup de tonnerre au royaume
de France: tout ce qui compte de Templiers sur le territoire
français est arrêté, à commencer par le grand maître Jacques
de Molay. Dans un manifeste d'une infinie violence Guillaume
de Nogaret les accuse d'hérésie, ce qui n'était pas bien vu
par le bon peuple, l'église, elle, savait à quoi s'en tenir
sur cette accusation, mais l'autorité menaçante de Philippe le
Bel fera qu'elle fermera lâchement les yeux. Outre l'hérésie,
des crimes monstrueux pour l'époque leur seront reprochés,
parmi ceux-ci des pratiques sexuelles contre nature et bien
évidemment la sodomie. J'ai employé le mot procès, ce fut une
farce dramatique et immonde, mais il est bien connu que les
meilleures "magouilles" et crimes politiques se font toujours
avec l'assentiment innocent du peuple à qui l'on jette
un os à ronger. En accusant les Templiers des pires crimes
abhorrés à l'époque et en remettant ces mêmes Templiers à
l'inquisition (l'évêque de Sens fera brûler 54 de ces
malheureux), Philippe en vrai protecteur de la foi
s'innocente de tout acte de jugement. Pourtant un petit grain
de sable va, un temps, bloqué les rouages bien huilés de cette
machination. Le Grand Maître Jacques de Molay et le
commandeur de Normandie Geoffroy de Charnay se rétractent
invoquant la nullité de leurs aveux sous la torture. Il faut
prendre une décision, ce sera fait, l'inquisition ne peut
statuer sur ces deux condamnés à perpétuité qui ont
l'insolence de se rebeller contre l'injustice qui leur est
faite. Elle les remet à l'autorité royale, fou de colère et
déçut de ces évènements, Philippe devenant d'un seul coup
partie prenante dans ce procès, les condamne au bûcher. Ils
seront brûlés vifs le 18 mars 1314 dans l'île aux juifs (Ile de la Cité).
'est là, sur le lieu de son supplice que
le Grand Maître des Templiers Jacques de Molay lance sa
fameuse malédiction contre ses trois bourreaux: le pape Clément,
le chevalier Guillaume de
Nogaret et enfin le roi Philippe les citant à comparaître au
tribunal de Dieu avant un an et les maudissant eux et leur
descendance jusqu'à la treizième génération. D'après un historien dont
j'ai oublié le nom la malédiction commencée avec les derniers
capétiens directs devait finir avec Louis XVI ....Voilà,
de cet ordre majestueux, il ne reste plus que des ossements
mélangés au bûches calcinées, une fumée tirant les larmes et
une odeur horrible sur les vêtements. Cette odeur ne quittera
plus jamais les narines des trois personnages maudits par leur
victime.
ous sommes au printemps 1314, les flammes du
bûcher sont à peine éteintes, la cour de France va être témoin d'un
drame conjugale qui aura de désastreuses conséquences sur
l'avenir de la dynastie. La fille de Philippe le Bel, Isabelle
d'Angleterre, reine et épouse délaissée par un mari pratiquant
le vice italien, va dénoncer ses belles-soeurs les accusant de
trouver dans l'adultère des plaisirs qu'elle-même voudrait
bien connaître. La reine d'Angleterre aura du mal à convaincre
le roi son père, Philippe pensait toutes les femmes parées des
vertu de la sienne tendrement aimée. Quand le souverain aura
les preuves en main, la foudre retentira sur la cour de
France.
ais qui sont-elles ces princesses légères
qui vont changer le cours de l'Histoire. Au premier rang nous
avons Marguerite de Bourgogne fille du Duc Robert II, reine de Navarre et
surtout future reine de France par son mariage avec Louis
héritier du trône. Viennent ensuite Jeanne et Blanche de
Bourgogne, filles de la Comtesse Mahaut d'Artois, et cousines de
la première, mariées respectivement à Philippe et Charles
également fils de Philippe le Bel. Deux de ces princesses
seront déclarées adultères Marguerite et Blanche, pour Jeanne
le doute subsistera, mais accusée de complicité et de
complaisance coupable elle sera également châtiée. Les trois
princesses tondues suivant le sort réservé aux femmes
fautives, Marguerite et Blanche seront condamnées à croupir à
vie dans la forteresse de Château-Gaillard (merci Richard),
Jeanne sera enfermée au château de Dourdan pour une durée
indéterminée, elle finira par rentrer en grâce et sera Reine
de France au côté du futur Philippe V. Les princesses doivent
tout d'abord et avant de partir pour leurs charmantes
résidences, assister au supplice de leurs jeunes amants les
frères Philippe et Gaultier d'Aunay écuyers de Philippe de
Poitiers et de Charles de Valois, fils et frère du roi. La
journée sera rude et particulièrement intéressante pour le
peuple de Paris qui avant la télévision considérait les
exécutions publiques comme des spectacles de choix. Les jeunes
coupables de crime de lèse majesté seront torturés, châtrés
(punis par là ou ils avaient péchés), écorchés vifs et enfin
décapités et pendus par les pieds à un gibet.
a cruauté de la punition appliquée aux
coupables choqua l'opinion publique de l'époque et peut
paraître disproportionnée, mais il ne faut pas perdre de vue
que le respect de la personne souveraine dépend souvent de la
conduite de ses proches. En devenant princesses de sang royal
les trois jeunes femmes se devaient de montrer l'exemple et
savaient pertinemment que leurs unions n'avaient rien de
mariages d'amour. En acceptant les avantages d'une telle
position, elles en acceptaient les contraintes nécessaires
pour la sauvegarde de la dynastie. A une époque où un enfant
sur quatre mourrait en naissant et où une femme sur trois
décédait en couches, où la malnutrition et la maladie décimaient
le peuple entre deux guerres, le moins que l'on pouvait exigée
de ces nanties, choyées et admirées de tous, était le respect
de la parole donnée et de la majesté royale. De plus, la
conduite de la future reine va pesée très lourd sur sa
descendance, nous verrons dans les prochains chapitres qu'elle
interdira à jamais à toute femme de régner sur le royaume de
France. Quant aux frères d'Aunay ils savaient ce qu'ils
risquaient en trompant leurs princes, leur jeunesse qui est
une excuse de nos jours, ne fut pas un argument pour l'époque.
atigué, las d'un pouvoir qu'il avait voulu
absolu, Philippe IV le Bel mourut le 29 Novembre 1314. Depuis
moins d'un an, il
avait été précédé dans l'au-delà par le pape Clément et Guillaume de Nogaret ..... Le peuple
impressionné songea que la malédiction commençait. Une
anecdote traversant les siècles veut que les yeux du roi ne
purent être fermés et qu'il fallut un bandeau pour voiler son
regard. Philippe IV le Bel entrait les yeux grands ouverts
dans l'éternité.