LOUIS IX dit Saint-Louis

(1214 - 1270)

 

ovembre 1226, le roi de France, Louis VIII vient de s'éteindre.  De son épouse Blanche de Castille le roi avait eu huit fils, l'aîné Philippe étant mort, c'est le deuxième Louis l'héritier légitime de la couronne. Les frères du futur souverain se voient attribués par testament des apanages royaux. Le troisième Robert reçu l'Artois, Alphonse le cinquième le Poitou et l'Auvergne, le huitième Charles l'Anjou et le Maine, les quatrième, sixième et septième princes étant décédés prématurément.

e futur Louis IX est alors âgé de 12 ans. La mère du petit roi va donc exercer la régence. Pour la première fois, les rênes du pouvoir capétien sont entre les mains d'une femme. 

e n'est pas une tâche facile qui attend cette reine de 38 ans, elle est guettée de toutes parts, vous rendez-vous compte ? une femme, pour beaucoup à la cour elle reste l'étrangère, et les barons commencent à bouger et voudraient bien reprendre leurs anciennes prérogatives. Réussissant à s'imposer et à garder le pouvoir intact pour son fils, Blanche de Castille alliaient à la fois énergie et intrépidité, elle savait également être impérieuse. Elle joignait à cela une diplomatie et une ruse toutes féminines qui lui permettront d'intimider, écraser et même séduire ses adversaires. La régence de cette femme hors du commun n'altérera en rien, bien au contraire, le pouvoir de la Dynastie. Blanche sera Régente pendant 8 ans, mais le roi Louis IX associera sa mère au pouvoir jusqu'à la mort de celle-ci en 1252.

a première décision de la "reine par intérim" est de faire sacré son fils, dans le grand chantier qu'était alors la cathédrale de Reims, 3 semaines après la mort du roi. La plupart des Grands seigneurs du royaume assistait à l'évènement.

eu après, en 1227, la régente conclut un marché avec le Comte de Toulouse, en mariant sa fille au frère de Louis IX, Alphonse de Poitiers, recevant en dot la partie orientale du Languedoc, l'accord stipulait qu'en cas de mariage stérile, ce qui fut le cas, la totalité du Languedoc reviendrait à la couronne de France. Grâce à Blanche de Castille la dynastie Capétienne est installée sur la méditerranée.

'été de cette même année risque d'être celui d'un crime de lèse majesté, quelques seigneurs renégats décident de porter la main sur le roi en l'enlevant, mais la reine décidément fine politique ameute le peuple de Paris qui tout heureux de se montrer brave sauve son petit prince. A compter de ce jour Louis IX gardera à vie gratitude et émotion envers le peuple parisien.

lanche dut ensuite mater une révolte de seigneurs menée par Thibault IV de Champagne, un piètre politique, dont l'inconséquence égalait l'agitation puérile. La régente ne pouvait ignorer que le chef de cette rébellion était amoureux d'elle, elle en jouera, en tout bien tout honneur, et avec sa diplomatie et son charme naturel arrivera à le circonvenir. La tâche sera moins aisée concernant le Comte de la Marche Hugues de Lusignan et Pierre de Dreux veuf de la Comtesse de Bretagne Alix.

es deux seigneurs poussent la trahison et le reniement jusqu'à s'allier au roi d'Angleterre Henri III, qui tout heureux pense reprendre les possessions perdues par son père Jean sans terre et débarque à Saint Malo le 3 mai 1230. Une fois de plus dans la rivalité avec les Plantagenêt la reine règle son compte au monarque anglais qui dut réembarquer précipitamment pour les côtes brumeuses de la perfide Albion, tandis que ses complices se trouvaient devant l'obligation de traiter avec la régente et de se soumettre à son autorité.

ette année 1227 particulièrement riche en rebondissements voit les Albigeois, encore eux, relever la tête, après négociation menée par le désormais fidèle Thibault de Champagne un accord est signé et ratifié par le Traité de Paris en 1229. Les fiefs de Beaucaire et de Carcassonne sont ramenés dans le giron de la couronne. Suivra le concile de Toulouse qui condamnera définitivement le catharisme. Cette lutte contre "l'hérésie" ne peut que satisfaire la reine dont la piété religieuse  fut   démontrée tout au long de sa vie. C'est certainement d'elle que Louis IX tiendra toujours l'association du pouvoir royal et des commandements de Dieu.

lanche de Castille rend le pouvoir à son fils en 1234, année de son mariage avec Marguerite de Provence, le roi est âgé de 20 ans, en bonne épouse féconde et chrétienne la nouvelle reine lui donnera  onze  petits capétiens.

Statue de Saint-Louis

ouis IX fort de l'excellente éducation donnée par sa mère sera toute sa vie un chrétien fervent, un homme bon et loyal, un souverain juste et de grande énergie, mais également un père et un époux attentionné. Le roi bien que conscient de la dignité de sa position à toujours dédaigné les brillantes toilettes et c'est modestement vêtu qu'il aimait à se mêler à son peuple bien aimé et bien aimant. Sa charité était inépuisable, n'hésitant jamais à payer de sa personne et soigner lui-même les malades fussent-ils lépreux. Son règne verra la fondation de nombreux hospices, dont le célèbre hôpital des quinze vingt à Paris, dédié aux aveugles.

es vertus de ce roi lui permirent de régner sans violence en appliquant toujours les préceptes de la morale chrétienne enseignés par sa mère. La justice à l'intérieur comme à l'extérieur de son royaume était une seconde nature chez lui. Dans un ouvrage rédigé à l'usage de son fils, le futur Philippe III, ne lit-on pas ces lignes admirables: "S'il arrive que quelqu'un soit en conflit avec toi, soutiens sa cause devant ton Conseil, afin de ne point paraître aimer trop ta propre cause, jusqu'à ce que tu connaisses la vérité".

e roi préférant l'arbitrage à la lutte armée contre les princes chrétiens régla bien des conflits, le pape qui l'aimait certainement beaucoup le surnomma "l'Ange de la Paix".

l ne faudrait pas vous imaginer le futur Saint Louis sans énergie et se complaisant dans des textes sacrés, le souverain jaloux de son autorité savait au plus haut point se faire respecter et ne permettait nullement que l'on empiète sur son pouvoir et son domaine. Il avait en mémoire une phrase de son grand-père Philippe Auguste, qu'il avait eut le bonheur de connaître: "Nul ne peut bien gouverner sa terre s'il ne sait aussi hardiment et aussi durement refuser qu'il sait donner". A bon entendeur salut, chrétien certes mais pas stupide, croyant mais non naïf. C'est sans doute cette bonté naturelle qui ne valait rien à une quelconque obséquiosité, alliée à une autorité juste mais néanmoins absolue, qui donna à ce roi le pouvoir qu'il eut sur les êtres d'obtenir plus par la parole que par l'épée.

ouis IX fut un souverain bien obéi, dans tout le domaine baillis et sénéchaux furent soumis à l'inspection d'enquêteurs royaux qui se rendaient par ordre du roi dans les régions régler les abus et injustices commis envers le peuple. De même les maires des différentes communes seront directement contrôlés par le pouvoir royal dans l'administration de leurs finances. Et puis surtout, cet excellent roi aimait à rendre personnellement la justice, recevant souvent les plaideurs dans sa chambre. L'été, le roi écologiste avant l'heure préférait la nature, lequel d'entre nous ne se souvient-il pas de ces gravures représentant Louis IX assis sous un chêne à Vincennes rendant la justice. Ce contact direct entre le plus haut personnage du royaume et tous ceux qui désiraient exprimer leurs doléances est une première dans l'Histoire de France. Ainsi les plus humbles et les plus démunis parmi les sujets français étaient vraiment sûrs d'être entendus et de voir respecter leurs droits et revendications.

l'extérieur le désir de réunification des rois chrétiens paraît moins pacifique, Louis IX désire avant tout armer à nouveau l'occident contre l'islam, avec au programme la reconquête de Jérusalem. C'est dans ce sens qu'il mit fin en 1259 à l'éternelle lutte contre les Plantagenêt par le traité de Paris. L'accord entre les souverains se solde par un marché territorial. Henri III et ses successeurs abandonnent tous droits sur la Normandie, le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou en échange de droits en Limousin, Périgord et Quercy. La paix ainsi instaurée devait durer trente ans.

'est à ce moment de son règne que Louis IX va commettre sa première faute politique. Ayant fait le voeux de se croiser s'il guérissait d'une maladie qu'il avait contractée, le souverain ne vit plus que pour une nouvelle croisade, contre l'avis de Blanche de Castille pour une fois opposée à son cher fils, ni les résultats catastrophiques des précédentes expéditions, ni même le manque d'enthousiasme de son entourage et du peuple n'arrêteront le souverain qui laisse, et c'est bien dommage, le chrétien prendre le pas sur le roi.

u milieu de l'année 1248 les préparatifs sont terminés, faisant fi du manque d'ardeur des futurs participants Louis IX les force à prendre la croix. Tout est calme au royaume de France, Blanche de Castille reprend la régence, rien n'empêche plus Louis de prendre le large avec dans ses bagages Marguerite sa femme, Ses frères Robert et Charles et un bon nombre de Chevaliers faisant contre mauvaise fortune bon coeur, ne pensant pas un instant qu'ils puissent désobéir au monarque. De santé chancelante mais ne vivant plus que pour sa foi, le futur canonisé embarque à Aigues-Mortes le 28 août 1248 et vogue la galère à destination de l'Egypte. La facile victoire de Damiette en juin 1249 sembla faire pencher la balance du côté des croisés, c'était sans compter avec les crues du Nil qui leur barrent la route du Caire. En février 1250 à la bataille de la Mansourah, le roi voit avec tristesse et chagrin son frère préféré Robert d'Artois se faire tué à la tête de nombreux chevaliers qui ne furent pas épargnés par l'ennemi. La retraite s'imposait, elle eut lieu dans des conditions effroyables, une bonne partie de la troupe étant décimée par une terrible épidémie, le roi lui-même malade et très affaibli fut fait prisonnier par les Mamelouks qui venaient de renverser le sultan d'Egypte.

ne fois de plus le comportement du roi fit merveille, ses ennemis eux-mêmes ne pouvaient que l'admirer, cependant leur admiration ne leur fit pas perdre du vue la possibilité de négociations avantageuses contre la liberté du souverain, et après maints palabres ils relâchèrent leur illustre prisonnier contre la restitution de Damiette et une rançon de 400 000 livres, tout de même. Bien qu'aucun accord écrit ne soit venu entériné les conditions de sa libération Louis IX , en digne chevalier, ne se déroba pas et respecta l'accord pris avec l'ennemi. Libre le roi et son armée quittent l'Egypte pour la Palestine et Saint Jean d'Acre, malgré les lettres de sa mère, et contre l'avis du pape lui-même qui lui conseille de rentrer en France, Louis avec un aveugle acharnement qui ne lui ressemble pas, s'entête et va rester encore quatre ans en Terre Sainte. Sur place la bonté de l'homme reprend le dessus Louis rachète les prisonniers et soigne personnellement les malades.

endant ce temps en France de bizarres évènements menaçaient la sérénité du royaume, venus de Flandre et de Picardie des bergers appelés "pastoureaux" se soulevèrent pour sauver le roi soit disant trahi par sa chevalerie, ce que voyant tout ce qui comptait de brigands, assassins et bandits de tous poils se joignirent à eux formant bientôt une armée de 100 000 âmes. La horde meurtrière déferlant sur Paris, Orléans et Bourges des scènes de sanglants massacres eurent bientôt lieu. La régente un temps étonnée par ce mouvement, se reprit bien vite et ordonna une répression aussi foudroyante que nécessaire contre les marauds qui marchaient  au "combat" avec l'évidente et désagréable intention de régler leurs comptes aux nobles, prêtres et juifs du royaume. Heureusement repoussés par les troupes royales vers le midi de la France les bandits furent anéantis.

e 27 novembre 1252, la date est d'importance, Blanche de Castille  rend son âme à ce Dieu qu'elle a si bien servi, celle qui fit un roi de toute sa force de mère et de reine n'est plus. En la personne de la reine mère c'est bien à un chef d'état que la France entière s'apprête à rendre hommage une dernière fois. Les moyens de communication laissant à désirer Louis apprendra le décès de sa chère maman au début de l'année 1253, son chagrin fut immense, pendant quelques jours aucun son ne sortit de la bouche du roi. Sans doute revoyait-il celle qui avait tant fait pour lui et pour le royaume, et peut-être lui revenait-il en mémoire l'opposition de la reine envers cette croisade. Que ne l'avait-il écoutée, il aurait pu s'il avait été près d'elle recueillir le dernier soupir de cette femme exemplaire qui l'avait porté à bout de bras pour le hisser sur un trône sauvegardé pour lui. Le temps de faire les bagages et le roi, la reine et les survivants de la débâcle parvinrent au royaume de France au cours de l'été 1254.

our la première fois Louis IX règne seul, sans le secours précieux de la régente. Mais malgré les nombreuses tâches à accomplir le souverain demeure obsédé, le mot n'est pas trop fort, par la guerre sainte, pourtant personne autour de lui ne semble ressentir cette attirance pour la conversion de l'islam, même le pape Clément IV auquel le roi fait part de son projet lui déconseille fortement une nouvelle expédition. Nul n'ose dire la vérité au souverain, qui  saisissait très mal les affaires orientales et ne comprenait rien à la politique musulmane. Même son frère Charles d'Anjou qui eut un temps des velléités de ceindre la couronne d'empereur de Constantinople, mais dont l'échec de la précédente croisade à considérablement douché les prétentions de conquête, lui signifie son refus de participer à la prochaine. Cependant,  un certain dominicain André de Longjumeau arrive à convaincre le roi que le sultan de Tunis désire se convertir et qu'il faut passer par cette ville pour conquérir Jérusalem. Louis IX décide tout de même de repartir en croisade, de nombreux seigneurs fidèles compagnons refusent de se croiser, ceux qui le font ne pensent pas à Dieu, mais désirent éviter la colère royale.

ous une chaleur estivale les nouvelles armées du Christ s'embarquent à Aigues-Mortes le 1er Juillet 1270. Un mois plus tard ce sont des zombies qui agonisent sur les ruines de l'ancienne Carthage, le soleil de plomb grille les corps amaigris et déshydratés par le manque total d'eau potable. Pilonnés par les machines de guerre des sarrasins beaucoup plus perfectionnées que prévu, la chevalerie française meurt lamentablement de la peste et de la dysenterie. L'odeur est épouvantable, Jean Tristan fils de Louis IX meurt à 20 ans, cet âge béni qui permet toutes les espérances, l'âge auquel son père à reçu le pouvoir des mains de la régente, quelle dérision. Louis IX qui selon son habitude soigne les malades est atteint à son tour, il meurt le 25 août 1270 sans jamais avoir vu la ville sainte de Jérusalem, ni son frère Charles d'Anjou qui débarque enfin (mieux vaut tard que jamais) pour battre ces sarrasins qui n'avaient que le tort de ne pas être chrétiens. Le corps du défunt roi fut ramené en France par son fils aîné Philippe III au cours d'une traversée désastreuse  qui verra la mort du Roi de Navarre Thibault V de Champagne et celle de la nouvelle reine Isabelle d'Aragon.

aint Louis a été l'un des plus grands souverains de la Dynastie capétienne, convaincu de la prééminence absolue de l'autorité royale, réputé de son vivant pour sa sainteté. Le roi fut Canonisé en 1297, soit seulement vingt-sept ans après sa mort, certains historiens pensent que l'insistance de Philippe le Bel auprès du pape Boniface VIII  n'est pas étrangère au cours délai pris par l'église. Pour ma part les actions du roi valent tous les procès en canonisation, mais il est vrai qu'un saint dans une famille royale est un ornement précieux et un argument de légitimité indiscutable.

 

 

Dominique NEMETH - PASQUET 2005