ovembre 1226, le roi de France, Louis VIII
vient de s'éteindre. De son épouse Blanche de Castille
le roi avait eu huit fils, l'aîné Philippe étant mort,
c'est le deuxième Louis l'héritier légitime de la couronne. Les frères du futur souverain se voient attribués par
testament des apanages royaux. Le troisième Robert reçu
l'Artois, Alphonse le cinquième le Poitou et l'Auvergne, le
huitième Charles l'Anjou et le Maine, les quatrième, sixième
et septième princes étant décédés prématurément.
e futur Louis IX est alors âgé de 12 ans.
La mère du petit roi va donc exercer la régence. Pour la
première fois, les rênes du pouvoir capétien sont entre les
mains d'une femme.
e n'est pas une tâche facile qui attend
cette reine de 38 ans, elle est guettée de toutes parts, vous
rendez-vous compte ? une femme, pour beaucoup à la cour elle
reste l'étrangère, et les barons commencent à bouger et
voudraient bien reprendre leurs anciennes prérogatives.
Réussissant à s'imposer et à garder le pouvoir intact pour son
fils, Blanche de Castille alliaient à la fois énergie et
intrépidité, elle savait également être impérieuse. Elle
joignait à cela une diplomatie et une ruse toutes féminines
qui lui permettront d'intimider, écraser et même séduire ses
adversaires. La régence de cette femme hors du commun
n'altérera en rien, bien au contraire, le pouvoir de la Dynastie. Blanche sera Régente pendant 8 ans, mais le roi Louis IX
associera sa mère au pouvoir jusqu'à la mort de celle-ci en
1252.
a première décision de la "reine par
intérim" est de faire sacré son fils, dans le grand chantier
qu'était alors la cathédrale de Reims, 3 semaines après la
mort du roi. La plupart des Grands seigneurs du royaume
assistait à l'évènement.
eu après, en 1227, la régente conclut un
marché avec le Comte de Toulouse, en mariant sa fille au frère
de Louis IX, Alphonse de Poitiers, recevant en dot la partie
orientale du Languedoc, l'accord stipulait qu'en cas de
mariage stérile, ce qui fut le cas, la totalité du Languedoc reviendrait à la
couronne de France. Grâce à Blanche de Castille la dynastie
Capétienne est installée sur la méditerranée.
'été de cette même année risque d'être
celui d'un crime de lèse majesté, quelques seigneurs renégats
décident de porter la main sur le roi en l'enlevant, mais la
reine décidément fine politique ameute le peuple de Paris qui
tout heureux de se montrer brave sauve son petit prince. A
compter de ce jour Louis IX gardera à vie gratitude et
émotion envers le peuple parisien.
lanche dut ensuite mater une révolte de
seigneurs menée par Thibault IV de Champagne, un piètre
politique, dont l'inconséquence égalait l'agitation puérile.
La régente ne pouvait ignorer que le chef de cette rébellion
était
amoureux d'elle, elle en jouera, en tout bien tout honneur, et
avec sa diplomatie et son charme naturel arrivera à le
circonvenir. La tâche sera moins aisée concernant le Comte de
la Marche Hugues de Lusignan et Pierre de Dreux veuf de la
Comtesse de Bretagne Alix.
es deux seigneurs poussent la trahison et
le reniement jusqu'à s'allier au roi d'Angleterre Henri III,
qui tout heureux pense reprendre les possessions perdues par
son père Jean sans terre et débarque à Saint Malo le 3 mai
1230. Une fois de plus dans la rivalité avec les Plantagenêt
la reine règle son compte au monarque anglais qui dut
réembarquer précipitamment pour les côtes brumeuses de la
perfide Albion, tandis que ses complices se trouvaient devant
l'obligation de traiter avec la régente et de se soumettre à son
autorité.
ette année 1227 particulièrement riche en
rebondissements voit les Albigeois, encore eux, relever la tête, après
négociation menée par le désormais fidèle Thibault de
Champagne un accord est signé et ratifié par le Traité de
Paris en 1229. Les fiefs de Beaucaire et de Carcassonne sont
ramenés dans le giron de la couronne. Suivra le concile de
Toulouse qui condamnera définitivement le catharisme. Cette
lutte contre "l'hérésie" ne peut que satisfaire la reine dont
la piété religieuse fut démontrée tout au
long de sa vie. C'est certainement d'elle que Louis IX tiendra
toujours l'association du pouvoir royal et des commandements
de Dieu.
lanche de Castille rend le pouvoir à son
fils en 1234, année de son mariage avec Marguerite de
Provence, le roi est âgé de 20 ans, en bonne épouse féconde et
chrétienne la nouvelle reine lui donnera onze
petits capétiens.

ouis IX fort de l'excellente éducation
donnée par sa mère sera toute sa vie un chrétien fervent, un
homme bon et loyal, un souverain juste et de grande énergie,
mais également un père et un époux attentionné. Le roi bien
que conscient de la dignité de sa position à toujours dédaigné
les brillantes toilettes et c'est modestement vêtu qu'il
aimait à se mêler à son peuple bien aimé et bien aimant. Sa
charité était inépuisable, n'hésitant jamais à payer de sa
personne et soigner lui-même les malades fussent-ils lépreux.
Son règne verra la fondation de nombreux hospices, dont le
célèbre hôpital des quinze vingt à Paris, dédié aux
aveugles.
es vertus de ce roi lui permirent de
régner sans violence en appliquant toujours les préceptes de
la morale chrétienne enseignés par sa mère. La justice à
l'intérieur comme à l'extérieur de son royaume était une
seconde nature chez lui. Dans un ouvrage rédigé à l'usage de
son fils, le futur Philippe III, ne lit-on pas ces lignes
admirables: "S'il arrive que quelqu'un soit en conflit avec
toi, soutiens sa cause devant ton Conseil, afin de ne point
paraître aimer trop ta propre cause, jusqu'à ce que tu
connaisses la vérité".
e roi préférant l'arbitrage à la lutte
armée contre les princes chrétiens régla bien des conflits, le
pape qui l'aimait certainement beaucoup le surnomma "l'Ange de
la Paix".
l ne faudrait pas vous imaginer le futur
Saint Louis sans énergie et se complaisant dans des textes
sacrés, le souverain jaloux de son autorité savait au plus
haut point se faire respecter et ne permettait nullement que
l'on empiète sur son pouvoir et son domaine. Il avait en
mémoire une phrase de son grand-père Philippe Auguste, qu'il
avait eut le bonheur de connaître: "Nul ne peut bien gouverner
sa terre s'il ne sait aussi hardiment et aussi durement
refuser qu'il sait donner". A bon entendeur salut, chrétien
certes mais pas stupide, croyant mais non naïf. C'est sans
doute cette bonté naturelle qui ne valait rien à une
quelconque obséquiosité, alliée à une autorité juste mais
néanmoins absolue, qui donna à ce roi le pouvoir qu'il eut sur
les êtres d'obtenir plus par la parole que par l'épée.
ouis IX fut un souverain bien obéi, dans
tout le domaine baillis et sénéchaux furent soumis à
l'inspection d'enquêteurs royaux qui se rendaient par ordre du
roi dans les régions régler les abus et injustices commis
envers le peuple. De même les maires des différentes communes
seront directement contrôlés par le pouvoir royal dans
l'administration de leurs finances. Et puis surtout, cet
excellent roi aimait à rendre personnellement la justice,
recevant souvent les plaideurs dans sa chambre. L'été, le roi
écologiste avant l'heure préférait la nature, lequel d'entre
nous ne se souvient-il pas de ces gravures représentant Louis IX assis sous un chêne à Vincennes rendant la justice.
Ce
contact direct entre le plus haut personnage du royaume et
tous ceux qui désiraient exprimer leurs doléances est une
première dans l'Histoire de France. Ainsi les plus humbles et
les plus démunis parmi les sujets français étaient vraiment
sûrs d'être entendus et de voir respecter leurs droits et
revendications.
l'extérieur le désir de réunification des
rois chrétiens paraît moins pacifique, Louis IX désire avant
tout armer à nouveau l'occident contre l'islam, avec au
programme la reconquête de Jérusalem. C'est dans ce sens qu'il
mit fin en 1259 à l'éternelle lutte contre les Plantagenêt par
le traité de Paris. L'accord entre les souverains se solde par
un marché territorial. Henri III et ses successeurs
abandonnent tous droits sur la Normandie, le Maine, l'Anjou,
la Touraine et le Poitou en échange de droits en Limousin,
Périgord et Quercy. La paix ainsi instaurée devait durer
trente ans.
'est à ce moment de son règne que Louis IX
va commettre sa première faute politique. Ayant fait le voeux
de se croiser s'il guérissait d'une maladie qu'il avait
contractée, le souverain ne vit plus que pour une nouvelle
croisade, contre l'avis de Blanche de Castille pour une fois
opposée à son cher fils, ni les résultats catastrophiques des
précédentes expéditions, ni même le manque d'enthousiasme de
son entourage et du peuple n'arrêteront le souverain qui
laisse, et c'est bien dommage, le chrétien prendre le pas sur
le roi.
u milieu de l'année 1248 les préparatifs
sont terminés, faisant fi du manque d'ardeur des futurs
participants Louis IX les force à prendre la croix. Tout est
calme au royaume de France, Blanche de Castille reprend la
régence, rien n'empêche plus Louis de prendre le large avec
dans ses bagages Marguerite sa femme, Ses frères Robert et
Charles et un bon nombre de Chevaliers faisant contre mauvaise
fortune bon coeur, ne pensant pas un instant qu'ils puissent
désobéir au monarque. De santé chancelante mais ne vivant plus
que pour sa foi, le futur canonisé embarque à Aigues-Mortes le
28 août 1248 et vogue la galère à destination de l'Egypte. La
facile victoire de Damiette en juin 1249 sembla faire pencher
la balance du côté des croisés, c'était sans compter avec les
crues du Nil qui leur barrent la route du Caire. En février
1250 à la bataille de la Mansourah, le roi voit avec tristesse
et chagrin son frère préféré Robert d'Artois se faire tué à la
tête de nombreux chevaliers qui ne furent pas épargnés par
l'ennemi. La retraite s'imposait, elle eut lieu dans des
conditions effroyables, une bonne partie de la troupe étant
décimée par une terrible épidémie, le roi lui-même malade et
très affaibli fut fait prisonnier par les Mamelouks qui
venaient de renverser le sultan d'Egypte.
ne fois de plus le comportement du roi fit
merveille, ses ennemis eux-mêmes ne pouvaient que l'admirer,
cependant leur admiration ne leur fit pas perdre du vue la
possibilité de négociations avantageuses contre la liberté du
souverain, et après maints palabres ils relâchèrent leur
illustre prisonnier contre la restitution de Damiette et une
rançon de 400 000 livres, tout de même. Bien qu'aucun accord
écrit ne soit venu entériné les conditions de sa libération
Louis IX , en digne chevalier, ne se déroba pas et respecta
l'accord pris avec l'ennemi. Libre le roi et son armée
quittent l'Egypte pour la Palestine et Saint Jean d'Acre,
malgré les lettres de sa mère, et contre l'avis du pape
lui-même qui lui conseille de rentrer en France, Louis avec un
aveugle acharnement qui ne lui ressemble pas, s'entête et va
rester encore quatre ans en Terre Sainte. Sur place la bonté
de l'homme reprend le dessus Louis rachète les prisonniers et
soigne personnellement les malades.
endant ce temps en France de bizarres
évènements menaçaient la sérénité du royaume, venus de Flandre
et de Picardie des bergers appelés "pastoureaux" se
soulevèrent pour sauver le roi soit disant trahi par sa
chevalerie, ce que voyant tout ce qui comptait de brigands,
assassins et bandits de tous poils se joignirent à eux formant
bientôt une armée de 100 000 âmes. La horde meurtrière
déferlant sur Paris, Orléans et Bourges des scènes de
sanglants massacres eurent bientôt lieu. La régente un temps
étonnée par ce mouvement, se reprit bien vite et ordonna une
répression aussi foudroyante que nécessaire contre les marauds
qui marchaient au "combat" avec l'évidente et
désagréable intention de régler leurs comptes aux nobles,
prêtres et juifs du royaume. Heureusement repoussés par les
troupes royales vers le midi de la France les bandits furent
anéantis.
e 27 novembre 1252, la date est d'importance,
Blanche de Castille rend son âme à ce Dieu qu'elle a si
bien servi, celle qui fit un roi de toute sa force de mère et
de reine n'est plus. En la personne de la reine mère c'est
bien à un chef d'état que la France entière s'apprête à rendre
hommage une dernière fois. Les moyens de communication
laissant à désirer Louis apprendra le décès de sa chère maman
au début de l'année 1253, son chagrin fut immense, pendant
quelques jours aucun son ne sortit de la bouche du roi. Sans
doute revoyait-il celle qui avait tant fait pour lui et pour
le royaume, et peut-être lui revenait-il en mémoire
l'opposition de la reine envers cette croisade. Que ne
l'avait-il écoutée, il aurait pu s'il avait été près d'elle
recueillir le dernier soupir de cette femme exemplaire qui
l'avait porté à bout de bras pour le hissé sur un trône
sauvegardé pour lui. Le temps de faire les bagages et le roi,
la reine et les survivants de la débâcle parvinrent au royaume
de France au cours de l'été 1254.
our la première fois Louis IX règne seul,
sans le secours précieux de la régente. Mais malgré les
nombreuses tâches à accomplir le souverain demeure obsédé, le
mot n'est pas trop fort, par la guerre sainte, pourtant
personne autour de lui ne semble ressentir cette attirance
pour la conversion de l'islam, même le pape Clément IV auquel
le roi fait part de son projet lui déconseille fortement une
nouvelle expédition. Nul n'ose dire la vérité au
souverain, qui saisissait très mal les affaires
orientales et ne comprenait rien à la politique musulmane.
Même son frère Charles d'Anjou qui eut un temps des velléités
de ceindre la couronne d'empereur de Constantinople, mais dont
l'échec de la précédente croisade à considérablement douché
les prétentions de conquête, lui signifie son refus de
participer à la prochaine. Cependant, un certain dominicain André de
Longjumeau arrive à convaincre le roi que le sultan de Tunis
désire se convertir et qu'il faut passer par cette ville pour
conquérir Jérusalem. Louis IX décide tout de même de repartir
en croisade, de nombreux seigneurs fidèles compagnons refusent
de se croiser, ceux qui le font ne pensent pas à Dieu, mais
désirent éviter la colère royale.
ous une chaleur estivale les nouvelles
armées du Christ s'embarquent à Aigues-Mortes le 1er Juillet
1270. Un mois plus tard ce sont des zombies qui agonisent sur
les ruines de l'ancienne Carthage, le soleil de plomb grille
les corps amaigris et déshydratés par le manque total d'eau
potable. Pilonnés par les machines de guerre des sarrasins
beaucoup plus perfectionnées que prévu, la chevalerie
française meurt lamentablement de la peste et de la dysenterie.
L'odeur est épouvantable, Jean Tristan fils de Louis IX meurt
à 20 ans, cet âge béni qui permet toutes les espérances, l'âge
auquel son père à reçu le pouvoir des mains de la régente,
quelle dérision. Louis IX qui selon son habitude soigne les
malades est atteint à son tour, il meurt le 25 août 1270 sans
jamais avoir vu la ville sainte de Jérusalem, ni son frère
Charles d'Anjou qui débarque enfin (mieux vaut tard que
jamais) pour battre ces sarrasins qui n'avaient que le tort de
ne pas être chrétiens. Le corps du défunt roi fut ramené en
France par son fils aîné Philippe III au cours d'une traversée
désastreuse qui verra la mort du Roi de Navarre Thibault
V de Champagne et celle de la nouvelle reine Isabelle
d'Aragon.
aint Louis a été l'un des plus grands
souverains de la Dynastie capétienne, convaincu de la
prééminence absolue de l'autorité royale, réputé de son vivant
pour sa sainteté. Le roi fut Canonisé en 1297, soit seulement
vingt-sept ans après sa mort, certains historiens pense que
l'insistance de Philippe le Bel auprès du pape Boniface VIII
n'est pas étrangère au cours délai pris par l'église. Pour ma
part les actions du roi valent tous les procès en
canonisation, mais il est vrai qu'un saint dans une famille
royale est un ornement précieux et un argument de légitimité
indiscutable.