'est par pur hasard que Louis VII monta
sur le trône. Destiné à l'église et éduqué en ce sens par
Suger abbé de Saint-Denis, Louis dû son avènement au
décès de son frère aîné Philippe lors d'une chute de cheval.
Pour une fois le hasard ne fit pas bien les choses en nous
faisant hériter d'un roi médiocre et falot.
l'avènement de Louis la France jouissait
d'un prestige certain lié à une renaissance intellectuelle.
Tout était prêt pour un grand règne...... Il n'en fut rien.
Louis VII sera un roi maladroit manquant de diplomatie et
politiquement nul. Ce qu'il avait de mieux était sa femme Aliénor d'Aquitaine, qu'il fut,
hélas, incapable de
garder.
l est vrai que le roi est jeune à son
accession au trône, 18 ans, mais son éducation éminemment
religieuse fera de lui un être mou obéissant aveuglément aux
pères de l'église, sans en posséder la finesse et
l'intelligence.
on union avec Aliénor
d'Aquitaine, à part le fait d'avoir une épouse à la beauté
légendaire, lui apportait une puissance territoriale et de
droit très importante (l'Aquitaine couvrait une
superficie de 19 de nos départements actuels). Cette province
établissait également la supériorité du roi sur de nombreux
grands fiefs, comme le Comté de Toulouse, dont le seigneur
refusa de rendre hommage au souverain, celui-ci décida donc de
châtier l'insolent, l'échec des armées royales fut retentissant, les
autres seigneurs n'ayant pas daigné soutenir le roi, qui regagna
ses pénates la tête basse ......
'ayant absolument pas compris la leçon,
Louis VII déclare la guerre au Comte Thibaut de Champagne. Les
troupes royales ravagèrent le Comté et, à la prise de la ville de
Vitry en Perthois mille personnes furent brûlées vives dans
l'église. Le monde chrétien ne put que s'émouvoir de cette
situation ce qui rongea de remords le roi. Il décida donc
d'expier ses fautes dans une croisade qu'il entreprit trois
ans plus tard malgré la vive opposition de Suger.
uger, l'ami
et conseiller du roi Louis VI, continuait de
diriger la plupart des grandes affaires du royaume. Il avait
en tête en cette année 1132 de réhabiliter son église
abbatiale de Saint-Denis, ce qui fut fait. La splendide église
de Saint-Denis, future nécropole royale, prenait forme.
Puissant homme d'état et grand bâtisseur Suger trouva sur sa
route un rival en la personne du futur Saint Bernard abbé de
Clairvaux, Bernard plus jeune que Suger, contrairement à
l'abbé de Saint Denis est d'origine noble, et a choisit la vie
monastique de son pleine gré ( Suger avait été offert par sa
famille). Bernard ascète, théologien et brillant orateur, dur
envers lui-même comme envers les autres, est révolté par la
vie mondaine de l'abbé de Saint-Denis. La discipline
exemplaire qui régissait sa vie décida le concile de Troyes à
lui demander la rédaction des 72 règles des moines chevaliers de
l'ordre du Temple en 1128. Celui qui disait: "armée de foi au-dedans, de fer au-dehors",
traça petit à petit la trame de vie de ces princes de
l'église, admirables soldats du Christ.
endant ce temps, Louis VII qui décidément
ne brille pas par son intelligence, après l'échec de la
première croisade, en prépare une deuxième, il faut dire qu'il
n'arrive pas à oublier les brûlés de Vitry et c'est en
assassinant d'autres innocents, mais au nom de l'église et de
Dieu cette fois, qu'il pense expier....Cette deuxième croisade
rencontre de nombreux opposants, Suger en tête, mais le futur Saint-Bernard l'emporte. A l'assemblée de Vézelay en 1146
Louis VII prend la croix, de même que la Reine Aliénor ainsi
que plusieurs barons et seigneurs du royaume. Ce fut à nouveau
un échec retentissant mais il ne faut rien changer aux
habitudes et en 1149 Louis VII rentre au bercail, le royaume
qui dieu merci avait été dirigé par Suger était
prospère, pourvu que le roi ne gâche pas tout.
élas, trois fois hélas, Louis VII va
commettre la troisième faute de son minable règne. Le roi et
son épouse Aliénor s'entendent à peu près comme chien et chat.
Certaines mauvaises langues ont prétendues que la Reine avait
eu une conduite adultère pendant la croisade cela semble être
pratique, quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a
la rage. En fait les caractères opposés des époux ou plutôt le
manque de caractère du roi face à celui bien trempé de son
épouse paraissent une cause "réelle et sérieuse". Louis VII,
sans réfléchir aux conséquences comme d'habitude songe à la
séparation. Suger qui ferme les yeux et pense à l'Aquitaine
essaie de résonner son poulain, mais à priori Saint-Bernard
(pour une fois aussi stupide que son maître) l'emporte par
abandon de l'adversaire. En l'occurrence la mort de Suger qui
survient en début d'année 1151. Et voilà, Louis VII livré à
lui-même depuis la mort de son mentor répudie Aliénor et perd
l'Aquitaine. Le prétexte ? tout simplement un cousinage au
cinquième degré entre les époux, cousinage qui ne semblait pas
existé lors du mariage des deux protagonistes. Cette
séparation n'est pas celle de Monsieur et Madame tout le
monde, non seulement le roi par son inconséquence va perdre
l'Aquitaine mais les conséquences politiques vont être
désastreuses pour la France.
liénor, la belle et puissante suzeraine de
la plus grande région du royaume dédaignant les prétendants
innombrables qui sont à ses pieds, va convoler deux mois après
cette répudiation avec le Comte d'Anjou Henri Plantagenêt ....
A ce stade du récit je me vois dans l'obligation de vous
énumérer la liste fastidieuse, certes, des régions perdues
pour le royaume de France, mais cela vous permettra de mieux
mesurer l'étendue du désastre et l'incommensurable bêtise de
celui qui aurait du être surnommé Louis VII le benêt ou
le niais. Voilà donc la funeste amputation, la France perd:
la Gascogne de Bordeaux aux Pyrénées, le Poitou, la Saintonge,
l'Angoumois, le Périgord, le Marche et la majeure partie de
l'Auvergne, bravo Louis cette décision dramatique fait du
jeune Henri Plantagenêt (pour la petite histoire il était âgé
de 19 ans, Alinénor en avait 30) un des plus puissants princes
d'occident. La dynastie Capétienne court à nouveau le pus
grand danger. En effet, Henri un an après son mariage avec
Aliénor fut reconnu roi d'Angleterre sous le nom de Henri II.
Un empire immense (englobant les trois-quarts de la France)
venait de voir le jour, d'autant que le roi d'Angleterre
devait un jour marier son fils Geoffroi à l'héritière du Duché
de Bretagne.
es aïeux de Louis VII depuis
Hugues Capet ont du se retourner dans leurs tombes, pour la
première fois un Capétien avait failli à son rôle de
constructeur du royaume et de stabilisateur de la Dynastie. La
terrible ambition du nouveau roi d'Angleterre lié au fait
qu'il se considérait plus français qu'anglais, engendrera un
jour, une
lutte sans merci entre les deux monarchies, lutte qui devait
durer 116 ans.
ieu devait tout de même veiller sur la
France, ne sera-t-elle pas nommée "fille aînée de l'église"?
Des provinces, l'Aquitaine en tête, sont constamment en lutte
contre l'envahisseur anglais. Chose inconnue lors des
précédents règnes les différents vassaux et le peuple de
France animés par ce que l'on appellera un jour le sentiment
national soutiennent le roi Louis VII. Pour l'opinion publique
la monarchie française représente le droit juridique et
religieux, les Plantagenêt ne représentent que la force et
l'habilité, à une époque ou l'importance de l'église n'est
plus à démontrer un souverain de droit divin est
beaucoup plus fédérateur qu'un roi qui tient son pouvoir des
armes. Dans la famille même de Henri d'Angleterre l'union est
inexistante, ce qui permettra au prince Richard Coeur de Lion
héritier du trône de trouver soutien en Aquitaine. Richard
hait son père ce qui est paraît-il une habitude de cette
famille.
Les chroniqueurs rapportent une phrase terrible du prince:
"C'est l'usage dans notre lignée que les fils haïssent leur
père, du diable nous venons, au diable nous retournons",
allusion faite aux origines des Plantagenêt qui descendraient
parait-il de Robert le Diable et de Mélusine. Aliénor ne fut
pas étrangère à la haine familiale, elle excitait
régulièrement ses fils contre leur père, qui se montrait un
époux cruel et volage. Ce qui lui valut d'être emprisonnée de
nombreuses années par son "gentil" sire avant de mourir à
l'âge de 82 ans, décidément cette femme était exceptionnelle,
et d'être ensevelie en l'église abbatiale de Fontevrault.
endant les années qui lui restent à vivre
Louis VII offrira protection aux ennemis de l'Angleterre. En
1179, un an avant sa mort, Louis fit sacrer son fils Philippe,
il fut le dernier Capétien à faire couronner son héritier de
son vivant. La monarchie Capétienne a réussie à limiter
et à contenir les Plantagenêt, ce qui rachèterait ce roi si le
désordre politique et la sanglante guerre de 116 ans n'étaient
en grande partie de sa faute.
on fils Philippe, futur Philippe Auguste
va se charger de régler leur compte à ces envahisseurs devenus
les ennemis héréditaires de la France.
