JEAN  II  Le Bon

(1319 - 1364)

 

ous sommes en 1350, Philippe VI vient de fermer définitivement les yeux. C'est son fils aîné Jean II dit le bon qui lui succède à la tête d'un pays ruiné par la guerre et dépeuplé par une épidémie de peste noire qui a durée 3 ans. Une tâche énorme attend le nouveau roi. Que dire de ce souverain ? D'après les chroniqueurs il est cruel, emporté et comme son cher papa ne voit dans la royauté que le faste, la richesse et l'apparat. Cependant c'est un soldat courageux, seulement le courage sans l'intelligence et la stratégie ressemble à l'inconscience et débouche obligatoirement sur de grands désastres et de cuisantes défaites. J'ai cherché désespérément la raison de son surnom, et je n'ai trouvé qu'une explication, il fut appelé le bon par rapport à son rang dans la succession. A moins que cette appellation fasse référence à son union avec Bonne du Luxembourg, en effet, en 1332, âgé de 13 ans, Jean épouse cette princesse que la peste emportera en 1349, après qu'elle ait donné 9 enfants (dont 4 garçons) à son royal époux. Comme on peut voir, les Valois directs oeuvrent consciencieusement pour la sauvegarde leur dynastie.

e physique ne rattrape malheureusement pas le moral: Une chevelure emmêlée, des sourcils broussailleux surplombant des yeux globuleux aux lourdes paupières et une mâchoire pesante.

n 1349, la reine meurt de la peste noire, c'est une mort atroce et douloureuse certes. Mais qui l'empêche de mourir d'épuisement auprès d'un mari un peu trop fécond....

ais revenons sur cette épidémie qui va décimer une grande partie de la population, les médecins de l'époque rendaient responsable la corruption de l'air (la pollution déjà ?) ou le passage d'une comète.... Les remèdes mis en place sont bien sûr saignées, purgations ou diète. Mais la plupart des cas l'abandon des malades reste de mise. Bien sûr le peuple cherche des coupables, et pourquoi pas les juifs, qui commencent alors une période de terreur. Le pape Clément VI menace d'excommunication toute personne se livrant à des brutalités sur le peuple juif. Pourtant en 1349 à Strasbourg 2000 de ces pauvres gens seront massacrés sur l'autel de la bêtise et de l'ignorance. C'est à cette époque qu'apparaissent les flagellants, sinistres illuminés qui croient attirer le pardon de Dieu et l'éradication de la maladie en se fouettant le corps avec des lanières de cuir renforcées de pointes de fer, cette pratique bien sûr bien inutile (peut-être à l'origine d'avoir un bon coup de fouet ?) prenait une telle ampleur qu'une fois de plus le saint père dut intervenir.

ais en 1355, dans la bonne ville de Bordeaux débarque un envahisseur qui s'il n'est pas contagieux comme la peste, n'est pas vraiment le bienvenu. Le prince de Galles Edouard, fils d'Edouard III et arrière petit-fils de Philippe le Bel. Ce prince éminemment sympathique était affublé du surnom de "Prince Noir", d'une part à cause de la couleur de son armure, mais surtout parce qu'il semait la terreur sur son passage. Et l'Armagnac, Comminges et le Languedoc le savent bien, pendant plusieurs semaines qui semblent des années, ses armées pillent, brûlent et assassinent, elles violent aussi certainement puisque de tous temps les femmes étaient les proies de ces guerriers barbares qui ne se contentaient pas de se rendre maîtres de la terre.

n 1356, à la bataille de Maupertuis, dans le Poitou, Le roi Jean le Bon rattrape son ennemi qui pensait se replier doucement sur Bordeaux. Sûr d'une victoire qui lui paraît évidente, ses armées étant trois fois plus nombreuses que celles de l'envahisseur, Jean le Bon attaque avec toute la fougue qui le caractérise mais comme d'habitude sans stratégie et surtout sans réflexion. Le résultat est effroyable et les anglais, toujours chevaleresques, décident de n'épargner les vies que de ceux qui peuvent rapporter monnaie sonnante et trébuchante sous forme de rançon, parmi les prisonniers le roi et le dauphin.

n 1359, le royal captif signe un accord permettant à Edouard III d'entrer en possession de la moitié de la France et de quatre millions d'écus d'or....A l'annonce de cette lâche négociation, le dauphin, libéré depuis, ainsi que ceux qui représentent l'état rejettent cette infamie. Le 28 octobre 1359 Edouard III débarquant pour se faire sacrer "Roi de France" à Reims, s'aperçoit que le désert l'entoure dans les campagnes comme dans  la ville  du sacre.

n 1360, le traité de Brétigny signe la libération du roi pour "seulement" trois millions d'écus d'or, mais les français ne sont pas pressés de payer une rançon pour un roi vaincu et responsable du désastre militaire....

a rançon ne sera jamais payée, et le roi décide alors de se montrer chevaleresque, et comme d'habitude agit de façon inconséquente, libéré sur parole il retourne dans sa prison anglaise (plus près de l'hôtel quatre étoiles que du cul de basse fosse). Trois mois plus tard âgé de 45 ans, Jean II meurt sans laisser un souvenir impérissable puisque les plus forts évènements de son règne furent les nombreuses dévaluations de la monnaie....

on successeur Charles V portera le surnom de Sage, il sera sur ma prochaine page et nous verrons s'il mérite mieux son appellation que son non regretté père.

 

 

Dominique NEMETH - PASQUET 2005