oméo et Juliette, Tristan et Iseut, sont
de belles histoires d'amour, mais mon Dieu qu'elles finissent
mal. Il est sûr qu'il paraît difficile d'imaginer ces deux
héroïnes en mères de famille et femmes au foyer frottant,
balayant et harassées par les lessives, leur destin tragique
magnifie leur Amour. Pourtant il existe une histoire qui
malgré un épisode dramatique finit bien, ce qui prouve que le
poète avait tort en chantant "il n'y a pas d'Amour
heureux....".
e vais vous conter l'histoire d'Héloïse et
Abélard (ou Abailard) qui commença par une passion charnelle pour finir par
une fidélité empreinte de spiritualité et d'Amour sincère.
Pour la petite histoire si Héloïse est le prénom de l'héroïne,
Pierre est celui du héros, mais pour la postérité il est
Abélard.
e qu'il faut savoir c'est que les héros de
cette histoire, contrairement aux quatre autres ont existés,
ils vécurent en France sous le règne du roi Louis VI. Abélard,
est le fils du seigneur du Pallet, qui le destine au métier
des armes, la passion des études et des lettres le fait
renoncer à son héritage et venir à Paris où il sera l'élève de
Guillaume de Champeaux avant de devenir son rival. Guillaume
soutient une philosophie réaliste, Pierre Abélard soutient le
contraire en défendant le nominalisme. A 22 ans Abélard dirige
les écoles de Corbeil et Melun, avant d'ouvrir une école de
dialectique sur la montagne Sainte-Geneviève à Paris.
u moment des faits qui nous intéressent,
Abélard a la quarantaine accomplie il est un peu le tombeur de
ces dames. Les parisiennes se pâment sur son passage, ce
philosophe destiné à l'église n'hésite pas à payer de sa
personne et à joindre le geste à la parole, si l'on en croit
la chronique ses conquêtes furent nombreuses.
'est à ce tournant de sa vie que le chanoine
Fulbert l'invite à enseigner les sciences à sa ravissante
nièce de 17 ans, Héloïse, issue d'une excellente famille liée
aux Montmorency. Fulbert l'avait placée au couvent
d'Argenteuil, la jeune "nonne" est séduisante, déjà savante pour son âge et voit arriver avec plaisir et émotion cet homme
que sa réputation de séducteur précède. C'est véritablement le
loup dans la bergerie....

l la trouve émouvante, elle le vénère, le
feu qui couve devient brasier, leur histoire ne restera pas
longtemps platonique et c'est possédés d'une passion charnelle
qu'ils vont tomber dans les bras l'un de l'autre et consommer
cet amour sincère mais néanmoins empli de plaisirs sans cesse
renouvelés. Les moyens de contraception de l'époque laissant à
désirer, Héloïse est bientôt enceinte des oeuvres de son "poète-philosophe".
Afin de fuir le scandale le couple se réfugie en Bretagne chez
Abélard, où ils se marient discrètement. De l'enfant
de l'amour aucun texte ne parle et personne ne sait ce qu'il
advint de lui (ou d'elle). Rentrée à Paris Héloïse aurait été nommée
Prieure du couvent d'Argenteuil, à priori l'église de l'époque
n'était pas très regardante sur l'état civil. Abélard la
rejoint, et là l'oncle Fulbert se fait à retardement le
vengeur véhément de l'honneur de sa nièce, qui promise à un
bel avenir dû à sa naissance ne peut aujourd'hui accéder à une
noble condition. Fulbert considère le "mari" comme
un violeur ayant trahi l'église. Cet oncle, dont la maison a
servi de nid d'amour aux deux amants va se substituer à la
justice , il emploie deux écorcheurs qui vont agresser Abélard
mais emportés par leur élan vont surtout le châtrer, ce qui
exécuté sans anesthésie à dû être une opération excessivement
douloureuse pour le patient. Le roi Louis VI averti par la
vindicte populaire fera châtier les agresseurs en pratiquant
la loi du talion, ajoutant un détail supplémentaire, ils auront les
yeux brûlés. Quant à l'oncle protecteur la punition ne sera
que pécuniaire, le roi le privera de ses ressources liées aux
bénéfices de l'église.
'agression n'a pas séparé le couple,
Abélard remit de ses émotions élabore un traité de mariage où
il prône l'obligation de réprimer désir et plaisir physique,
et pour cause, la soustraction anatomique du principal
intéressé ne facilitant pas les ébats amoureux.... Héloïse ne
renoncera jamais à son bel amour, ce mari qu'elle a pleinement
aimé sera son compagnon pour les années qu'il leur restent à
partager. A dater de cette époque commence entre les deux
époux une magnifique correspondance en latin mélange étonnant
de piété, de passion et de langage simple et formaliste du
moyen âge.
ers 1129, Héloïse, première femme
philosophe, devient Abbesse du monastère le Paraclet situé en
Champagne près de l'ermitage fondé par Abélard. Il meurt à 63
ans au prieuré de Saint-Marcel près de Châlon sur saône. C'est seulement douze ans plus tard
que son Héloïse le rejoindra toujours emplie de cet passion
qui avait fait de cette brillante adolescente une femme
éperdument amoureuse et s'était muée au fil du temps et par la
force des choses en la plus belle et grande passion
spirituelle qui soit. En 1817, la mairie de Paris fera
transférer les ossements de ce couple légendaire au
Père-Lachaise, où vous pouvez toujours aujourd'hui admirer
leur merveilleux tombeau, c'est là qu'ils reposent à jamais
unis par leur amour et par les hommes.
