son arrivée à la cour de Charles VII en
1441, Agnès SOREL à dix-neuf ans. C'est la grâce faite femme,
la finesse de ses traits allié à un port de reine ne peuvent
qu'éveiller la convoitise et les sens endormis d'un roi
triste. Bien que de petite noblesse elle est au premier rang
parmi les courtisans sur le passage du souverain. Brézé le favori de Charles a vu
l'oeil de son maître s'allumer, il va lui présenter cette
jeune beauté sans doute pour égayer le roi, mais peut-être
espère-t-il également renforcer son pouvoir à travers une
maîtresse qui serait sa créature....
i de nombreuses femmes ont partagé les
couches de nos rois, elles ne faisaient que passer, Agnès va
très vite prendre rang de Favorite, seule et unique maîtresse
plus puissante que la Reine et certainement plus aimée. Son
influence sur Charles VII sera bénéfique pour le royaume, cette
femme de tempérament, sincèrement patriote jouera un rôle
politique notamment dans les dernières années de la guerre
contre l'Angleterre, elle poussera Charles VII à reconquérir
la Guyenne et la Normandie.
elle et intelligente, sa nature féconde
donnera trois filles au roi. Chaque relevailles de maternité
la trouvera plus épanouie et plus séduisante encore. Toutes
les femmes cherchent à l'imiter, ses toilettes et ses bijoux
sont aussi célèbres que celle qui les porte divinement. Agnès
va même lancer une mode, si ses robes sont excessivement
longues agrémentées de traînes interminables, le tissus pour
le haut du buste semble manqué, la favorite à inventer le
décolleté vertigineux que beaucoup devrait s'abstenir de
porter n'ayant ni les jolies épaules rondes, ni les seins haut
placés de la Dame de Beauté, surnom qui la dépeint toute
entière, mais qui lui vient également de la seigneurie de
Beauté sur Marne dont lui a fait présent son royal amant.
lle ravit tous ceux qui l'approchent,
tous, sauf un, un jeune homme et non des moindre, le Dauphin
Louis, futur Louis XI. Le prince ne supporte plus le pouvoir
que la favorite à pris sur le roi son père, celle que l'on
appelle la reine des coeurs a relégué la reine à la seconde
place. Une anecdote veut que Louis à bout de patience aurait
poursuivit la Dame l'épée à la main avec l'intention non
dissimulée de l'occire, il paraîtrait que la pauvre n'ait dû son
salut qu'en sautant dans le lit du roi, exercice dont elle
avait grande habitude. Charles VII fâché de l'inconduite de
son fils l'envoya gouverner le Dauphiné.
n 1450, Agnès à nouveau enceinte, elle en
est au sixième mois de sa quatrième grossesse, quitte sa
résidence tant aimée de Loches pour rejoindre le roi à
Jumièges près de Rouen. C'est l'hiver, Agnès tombe gravement
malade (une dysenterie ?) et meurt rapidement le 11 février.
La mort de cette jeune femme de 28 ans en pleine santé, au sommet de sa
beauté, est si soudaine que la rumeur parle d'empoisonnement,
l'assassin est tout désigné, le Dauphin Louis. Cette
accusation n'a jamais été prouvée, mais on ne prête qu'aux
riches. Pour ma part, ayant toujours détesté le proverbe qui
prétend qu'il n'y a pas de fumée sans feu, je fais confiance
au jugement de l'Histoire et crois en l'innocence du
prince.
e
roi Charles anéantit de douleur fait réaliser deux tombeaux de
marbre, le premier à Jumièges recevra le coeur de sa belle, le
second à Loches abritera son corps magnifique. Agnès demeurera
irremplaçable dans le coeur du souverain, qui à l'avenir se
distraira avec des jeunes filles délurées, essayant d'imiter
sans jamais l'égaler la défunte qui fut la première favorite
royale.