Peut-on invoquer les
« Célébrités » de l’Histoire et occulter Sissi (Sisi pour
les autrichiens). Il me paraît impossible de ne pas parler
de cette femme rebelle qui n’a jamais voulu se laisser
emprisonner par le carcan de l’étiquette. Cette souveraine
tant aimée, si belle et émouvante. Mais aussi cette grande
malade des nerfs qui telle la mouette à laquelle beaucoup la
comparent s’est égarée au gré de ses voyages sans jamais, au
grand jamais trouver le port de la sérénité ….

Pour beaucoup d'entre
vous, Sissi est incarnée par Romy Schneider, aussi belle et
émouvante que son modèle et dont le destin ne fut pas plus
heureux. Mais la trilogie des "Sissi", très agréable à
regarder tous les ans au moment des fêtes de Noël, n'a rien
à voir ou si peu avec la réalité. Alors essayons, sans trop
détruire la légende, de pénétrer l'intimité de cette
souveraine, qui bien qu'adorant son époux, ne put jamais
très longtemps accepter de rester à ses côtés.

Mais tout d'abord, qui
est-elle cette indomptable amazone, qui parcourant les
allées du Prater, semblait faire corps avec l'animal qu'elle
chevauchait, mi-femme, mi-créature mythologique. Elisabeth
est née dans un palais de la Ludwigstrasse à Munich, le soir
de Noël 1837. Elle est la fille de Ludovika Duchesse de Bavière, soeur de
l'Archiduchesse Sophie.
Depuis toujours celle-ci souffre d'être l'épouse de
Maximilien Duc en Bavière (la subtilité des
deux prépositions vous échappe sans doute, pourtant cela
change tout, puisque Ludovika Princesse de Bavière était la
propre fille de Maximilien 1er, Roi de Bavière). Son mariage
l'a en quelque sorte rétrogradée.

Elisabeth a toujours été belle et attachante et
semblable à son cher "Papili" rétive aux choses établies et
surtout à l'étiquette qui aurait dû régenter son existence.
Toute sa vie la princesse séduira ceux qui l'approche, tour
à tour adorée ou critiquée elle ne laissera personne
indifférent.
Pourtant c'est sa soeur
Hélène et non pas elle que l'archiduchesse Sophie, mère et
mentor de l'empereur François-Joseph, voulait pour bru et
surtout pour être l'impératrice d'Autriche. Mais le coeur à
ses raisons .... et pour une fois "Franz" a laissé parler le
sien en s'opposant pour la première et presque seule fois de
sa vie à celle à qui il devait son trône. Sissi a 15 ans,
c'est une enfant mais la femme qui se dessine en elle laisse
présager de biens doux délices et ses rires éclatants
raniment la vie de ce souverain trop sérieux à ses yeux,
mais qui en la choisissant fait enfin preuve de fantaisie.

Et voilà Elisabeth, nature fougueuse et
révoltée face à la fameuse étiquette des Habsbourg, datant
de Charles Quint, qui n'a jamais eu la réputation d'un grand
humoriste.... Que ce soit à la Hoffburg sinistre palais qui
eut raison de la joie de vivre de Madame Royale, fille de
Marie-Antoinette, ou à Schoenbrunn merveilleux palais
viennois, mais si grand que notre moderne GPS aurait
sûrement été utile à l'époque, elle se sent étrangère et
brave constamment, et pourtant sans mauvaises intentions, sa
terrible belle-mère et tous les parangons de vertu qu'on lui
donne pour compagnes. Sissi étouffe au sein de cette cour
compassée et austère, qui, petit-à-petit va anéantir la
spontanéité de cette princesses "sauvage" éprise de liberté
et de grand air. Jamais l'Impératrice n'entrera dans le
carcan choisi pour elle, et tous les prétextes seront bons
désormais pour cette fuite qui fut sa vie, et ses nombreux
voyages.

Pourtant Sissi a la chance d'être mère,
en 1855 la petite Sophie vient couronné le mariage d'amour
de ses parents. Sissi n'aura pas le droit d'élever son
enfant immédiatement annexée par la mère de l'Empereur qui
jugeait Sissi trop jeune et trop inexpérimentée, ce qui est
je crois le cas de toutes les nouvelles mères.
Malheureusement la petite princesse mourra à l'âge de deux
ans, sans doute de la rougeole, c'est le premier grand drame
d'Elisabeth qui est anéantie par le chagrin et la révolte
qu'elle ressent envers les médecins de la cour incompétents
....
La princesse Gisèle voit le jour en 1856,
même punition pour cette deuxième enfant, Sissi se voit
enlever son bébé dès la naissance par une belle-mère
toujours aussi aimante vis-à-vis de sa bru. Il est à noter
que François-Joseph n'a rien tenté pour soutenir sa femme
qui de plus en plus sombre dans la neurasthénie et la folie
des voyages ....

Quand en 1858, le Prince héritier
Rodolphe montre le bout de son nez, il prend bien sûr le
même chemin que ses soeurs .... Ce pauvre petit dès l'âge de
3 ans est soumis à une instruction et une éducation
militaire terribles pour un enfant de cet âge. Sissi se
permettra tout de même d'intervenir lorsqu'à 6 ans, son
précepteur se montrera d'une sévérité proche du sadisme....
Mais le mal est fait, ce petit garçon chétif et sensible
sera à jamais écoeuré par l'uniforme et tout ce qui
représente le pouvoir pour lequel il est né. En grandissant
Rodolphe s'opposera violemment à son père, trouvant souvent
refuge auprès d'une mère fragile mais néanmoins aimante. Le
fiasco du mariage de l'Archiduc avec la princesse Stéphanie
de Belgique finira de détruire cet homme déjà fortement
ébranlé mentalement. Le drame éclate le 30 Janvier 1889,
cette nuit là au pavillon de chasse de Mayerling Rodolphe se
suicide d'une balle dans la tête après avoir tué sa
maîtresse du moment Marie Vetsera. Le suicide est la version
officielle mais un mystère a toujours plané .... Sissi
ressemble à une ombre, sa douleur ajoute encore à son mal de
vivre, elle se reproche d'avoir fait couler dans les veines
de son fils, le sang des Wittelsbach, connus pour leur
désordre mental, parmi eux le plus célèbre fut
Louis II de Bavière "le roi fol". Plus rien maintenant ne
peut changer le destin de cette Impératrice torturée dans sa
chair.
Sa seule lueur de bonheur réside en sa
dernière fille Marie-Valérie née en 1868, celle-là Elisabeth
aura le droit de l'élever, elle sera sa confidente et son
enfant chérie.
Telle la mouette qui la représente si
bien, Elisabeth a repris son envol. Nous sommes en 1898,
l'Impératrice séjourne à l'hôtel Beau-rivage de
Genève, accompagnée d'une seule dame d'honneur en ce 10 septembre
le temps est doux et l'Impératrice désire faire une
promenade en bâteau. En passant sur le quai du Mont-Blanc un
inconnu la bouscule et Sissi ressent une vive douleur au
sein gauche, elle trouve tout de même la force d'embarquer,
c'est alors que sa compagne découvre avec horreur le flot de
sang qui s'échappe d'une blessure, elle comprend que son
Impératrice vient d'être assassinée, avec précaution la
souveraine est ramenée à son hôtel où elle décède quelques
minutes plus tard dans les bras de Fanny Mayer la
propriétaire.

La mouette a replié ses ailes pour
toujours, mais qui est-il celui par qui la mort est arrivée ? Il
s'agit de Luigi Lucheni un anarchiste italien qui avait
décidé de frapper une tête couronnée symbole de la
tyrannie.... Mais sait-il ce pauvre fou tandis que la police
l'entraîne que c'est une femme éprise de liberté plus
anarchiste encore que lui qu'il vient d'assassiner, de
délivrer même d'une vie qu'elle avait de plus en plus de mal
à supporter. Une femme révoltée par l'injustice, adorée par
le peuple, dont l'existence ne fut qu'une longue et terrible
révolte. Non bien sûr et il est fier de son geste, il veut
être un symbole, il sera exécuté comme le meurtrier qu'il
est....
Le monde est en deuil, en Autriche le
peuple pleure sa souveraine tant aimée, mais c'est en
Hongrie, qu'elle aimait tant et dont elle était la Reine que le désespoir
éclate avec force. L'Empereur est anéanti de douleur, pourtant
il sait qu'elle se repose enfin et que pour la première fois
depuis tant d'années sa chère Sissi est sereine.
Elle est l'inoubliable, et redevient la
merveilleuse et magique princesse qui ne voulait pas de
cette vie que le destin lui a imposé. Son empreinte est à
jamais gravée dans ce pays qu'elle semblait fuir, mais dans
chaque voyage, dans chaque envol vers une destination
inconnue ne se fuyait-elle pas elle-même ? Et c'est
rattrapée par la fatalité qui a toujours pesée sur sa vie
que la mouette s'est enfin posée....
Laissons l'ultime phrase à l'homme qui va
lui survivre 18 longues années. François-Joseph ne se
remettra jamais du départ de son grand amour et jusqu'à sa
mort survenue le 21 novembre 1916, il ne cessera de répéter:
"Personne ne saura jamais
combien je l'ai aimée"

