ELISABETH d'AUTRICHE

"Sissi"

24 décembre 1837 - 10 septembre 1898

 

 

 

Peut-on invoquer les « Célébrités » de l’Histoire et occulter Sissi (Sisi pour les autrichiens). Il me paraît impossible de ne pas parler de cette femme rebelle qui n’a jamais voulu se laisser emprisonner par le carcan de l’étiquette. Cette souveraine tant aimée, si belle et émouvante. Mais aussi cette grande malade des nerfs qui telle la mouette à laquelle beaucoup la comparent s’est égarée au gré de ses voyages sans jamais, au grand jamais trouver le port de la sérénité ….

Possenhoffen berceau de l'Impératrice

Pour beaucoup d'entre vous, Sissi est incarnée par Romy Schneider, aussi belle et émouvante que son modèle et dont le destin ne fut pas plus heureux. Mais la trilogie des "Sissi", très agréable à regarder tous les ans au moment des fêtes de Noël, n'a rien à voir ou si peu avec la réalité. Alors essayons, sans trop détruire la légende, de pénétrer l'intimité de cette souveraine, qui bien qu'adorant son époux, ne put jamais très longtemps accepter de rester à ses côtés.

Mais tout d'abord, qui est-elle cette indomptable amazone, qui parcourant les allées du Prater, semblait faire corps avec l'animal qu'elle chevauchait, mi-femme, mi-créature mythologique. Elisabeth est née dans un palais de la Ludwigstrasse à Munich, le soir de Noël 1837. Elle est la fille de Ludovika Duchesse de Bavière, soeur de l'Archiduchesse Sophie. Depuis toujours celle-ci souffre d'être l'épouse de Maximilien Duc en Bavière (la subtilité des deux prépositions vous échappe sans doute, pourtant cela change tout, puisque Ludovika Princesse de Bavière était la propre fille de Maximilien 1er, Roi de Bavière). Son mariage l'a en quelque sorte rétrogradée.

 

Elisabeth a toujours été belle et attachante et semblable à son cher "Papili" rétive aux choses établies et surtout à l'étiquette qui aurait dû régenter son existence. Toute sa vie la princesse séduira ceux qui l'approche, tour à tour adorée ou critiquée elle ne laissera personne indifférent.

Pourtant c'est sa soeur Hélène et non pas elle que l'archiduchesse Sophie, mère et mentor de l'empereur François-Joseph, voulait pour bru et surtout pour être l'impératrice d'Autriche. Mais le coeur à ses raisons .... et pour une fois "Franz" a laissé parler le sien en s'opposant pour la première et presque seule fois de sa vie à celle à qui il devait son trône. Sissi a 15 ans, c'est une enfant mais la femme qui se dessine en elle laisse présager de biens doux délices et ses rires éclatants raniment la vie de ce souverain trop sérieux à ses yeux, mais qui en la choisissant fait enfin preuve de fantaisie.

François-Joseph

 

Et voilà Elisabeth, nature fougueuse et révoltée face à la fameuse étiquette des Habsbourg, datant de Charles Quint, qui n'a jamais eu la réputation d'un grand humoriste.... Que ce soit à la Hoffburg sinistre palais qui eut raison de la joie de vivre de Madame Royale, fille de Marie-Antoinette, ou à Schoenbrunn merveilleux palais viennois, mais si grand que notre moderne GPS aurait sûrement été utile à l'époque, elle se sent étrangère et brave constamment, et pourtant sans mauvaises intentions, sa terrible belle-mère et tous les parangons de vertu qu'on lui donne pour compagnes. Sissi étouffe au sein de cette cour compassée et austère, qui, petit-à-petit va anéantir la spontanéité de cette princesses "sauvage" éprise de liberté et de grand air. Jamais l'Impératrice n'entrera dans le carcan choisi pour elle, et tous les prétextes seront bons désormais pour cette fuite qui fut sa vie, et ses nombreux voyages.

Pourtant Sissi a la chance d'être mère, en 1855 la petite Sophie vient couronné le mariage d'amour de ses parents. Sissi n'aura pas le droit d'élever son enfant immédiatement annexée par la mère de l'Empereur qui jugeait Sissi trop jeune et trop inexpérimentée, ce qui est je crois le cas de toutes les nouvelles mères. Malheureusement la petite princesse mourra à l'âge de deux ans, sans doute de la rougeole, c'est le premier grand drame d'Elisabeth qui est anéantie par le chagrin et la révolte qu'elle ressent envers les médecins de la cour incompétents ....

La princesse Gisèle voit le jour en 1856, même punition pour cette deuxième enfant, Sissi se voit enlever son bébé dès la naissance par une belle-mère toujours aussi aimante vis-à-vis de sa bru. Il est à noter que François-Joseph n'a rien tenté pour soutenir sa femme qui de plus en plus sombre dans la neurasthénie et la folie des voyages ....

 

Rodolphe et Stéphanie de Belgique

 

Quand en 1858, le Prince héritier Rodolphe montre le bout de son nez, il prend bien sûr le même chemin que ses soeurs .... Ce pauvre petit dès l'âge de 3 ans est soumis à une instruction et une éducation militaire terribles pour un enfant de cet âge. Sissi se permettra tout de même d'intervenir lorsqu'à 6 ans, son précepteur se montrera d'une sévérité proche du sadisme.... Mais le mal est fait, ce petit garçon chétif et sensible sera à jamais écoeuré par l'uniforme et tout ce qui représente le pouvoir pour lequel il est né. En grandissant Rodolphe s'opposera violemment à son père, trouvant souvent refuge auprès d'une mère fragile mais néanmoins aimante. Le fiasco du mariage de l'Archiduc avec la princesse Stéphanie de Belgique finira de détruire cet homme déjà fortement ébranlé mentalement. Le drame éclate le 30 Janvier 1889, cette nuit là au pavillon de chasse de Mayerling Rodolphe se suicide d'une balle dans la tête après avoir tué sa maîtresse du moment Marie Vetsera. Le suicide est la version officielle mais un mystère a toujours plané .... Sissi ressemble à une ombre, sa douleur ajoute encore à son mal de vivre, elle se reproche d'avoir fait couler dans les veines de son fils, le sang des Wittelsbach, connus pour leur désordre mental, parmi eux le plus célèbre fut Louis II de Bavière "le roi fol". Plus rien maintenant ne peut changer le destin de cette Impératrice torturée dans sa chair.

Sa seule lueur de bonheur réside en sa dernière fille Marie-Valérie née en 1868, celle-là Elisabeth aura le droit de l'élever, elle sera sa confidente et son enfant chérie.

Telle la mouette qui la représente si bien, Elisabeth a repris son envol. Nous sommes en 1898, l'Impératrice  séjourne à l'hôtel Beau-rivage de Genève, accompagnée d'une seule dame d'honneur en ce 10 septembre le temps est doux et l'Impératrice désire faire une promenade en bâteau. En passant sur le quai du Mont-Blanc un inconnu la bouscule et Sissi ressent une vive douleur au sein gauche, elle trouve tout de même la force d'embarquer, c'est alors que sa compagne découvre avec horreur le flot de sang qui s'échappe d'une blessure, elle comprend que son Impératrice vient d'être assassinée, avec précaution la souveraine est ramenée à son hôtel où elle décède quelques minutes plus tard dans les bras de Fanny Mayer la propriétaire.

Sissi avec sa dame d'honneur en promenade à Genève   Cliquez pour voir l'image en taille réelle  Registre de l'hôtel avec les noms de Sissi et sa petite cour   Cliquez pour voir l'image en taille réelle

La mouette a replié ses ailes pour toujours, mais qui est-il celui par qui la mort est arrivée ? Il s'agit de Luigi Lucheni un anarchiste italien qui avait décidé de frapper une tête couronnée symbole de la tyrannie.... Mais sait-il ce pauvre fou tandis que la police l'entraîne que c'est une femme éprise de liberté plus anarchiste encore que lui qu'il vient d'assassiner, de délivrer même d'une vie qu'elle avait de plus en plus de mal à supporter. Une femme révoltée par l'injustice, adorée par le peuple, dont l'existence ne fut qu'une longue et terrible révolte. Non bien sûr et il est fier de son geste, il veut être un symbole, il sera exécuté comme le meurtrier qu'il est....

Le monde est en deuil, en Autriche le peuple pleure sa souveraine tant aimée, mais c'est en Hongrie, qu'elle aimait tant et dont elle était la Reine que le désespoir éclate avec force. L'Empereur est anéanti de douleur, pourtant il sait qu'elle se repose enfin et que pour la première fois depuis tant d'années sa chère Sissi est sereine.

Elle est l'inoubliable, et redevient la merveilleuse et magique princesse qui ne voulait pas de cette vie que le destin lui a imposé. Son empreinte est à jamais gravée dans ce pays qu'elle semblait fuir, mais dans chaque voyage, dans chaque envol vers une destination inconnue ne se fuyait-elle pas elle-même ? Et c'est rattrapée par la fatalité qui a toujours pesée sur sa vie que la mouette s'est enfin posée....

Laissons l'ultime phrase à l'homme qui va lui survivre 18 longues années. François-Joseph ne se remettra jamais du départ de son grand amour et jusqu'à sa mort survenue le 21 novembre 1916, il ne cessera de répéter:

"Personne ne saura jamais combien je l'ai aimée"

 

Signatures de Sissi

 

Statue de l'Inoubliable dans le parc de Vienne     Cliquez pour voir l'image en taille réelle

 

 

Dominique NEMETH-PASQUET 2007