Celle dont je veux parler aujourd'hui
tient une place spéciale et privilégiée dans mon coeur. Je
l'appelle "Ma" Reine. Elle était femme au-delà de tout, mais
surtout en un siècle où les enfants n'avaient pas plus
d'importance que des petits chats, elle fut une mère vraie
et aimante et pour cela j'implore le pardon des hommes pour
cette souveraine, mal comprise, mais surtout éreintée par
des critiques souvent injustifiées....Ma visite récente à
la
Basilique Saint-Denis où j'ai pu me recueillir devant
l'orant de cette Princesse me pousse aujourd'hui à vous
parler d'elle, femme si proche de nous, Princesse des coeurs
bien avant l'autre....

Alors ce soir, permettez moi de vous
présenter une adolescente heureuse, une femme à part entière
et une mère qui a toujours voulu rappeler à ses enfants la
douceur de vivre du château de Schönbrunn, et qui bien que mal jugée a su
aimer et soutenir son époux lorsque tous les avaient
abandonné. Ce soir j'aimerai vous faire
entendre les battements de ce coeur qui s'est perdu parfois,
mais surtout je veux vous présenter, la Reine des reines, la
princesse incomprise et la femme qui voulait tout simplement
être aimée..... Ma chère Marie-Antoinette....

Maria, Antoine, Josepha, Johanna.
Marie-Antoinette, Joseph, Jeanne de Lorraine est née à
Vienne le 2 Novembre 1755, jour des morts. "Madame Antoine"
pour la cour d'Autriche est la dernière fille de Marie-Thérèse
d'Autriche, mère redoutée et souveraine à part entière dont
le mari s'est fait depuis longtemps tout petit. Il est
dix-neuf heures lorsque la quinzième et dernière enfant de
cette souveraine, Impératrice d'Autriche et Reine de Bohême
et de Hongrie pousse son premier cri. Et il est intéressant
de constater que Marie-Thérèse despote modéré, dure comme
l'acier, stratège et diplomate donne la vie à cette petite
fille à l'âge précis où celle-ci devait la perdre: 38
ans.
Marie-Thérèse mène son pays et sa famille
de "main de maître", mais la jeune Archiduchesse
Marie-Antoinette rencontrera toujours une certaine
"gentillesse" et un laisser-faire de la part de son
impériale Maman. Marie-Antoinette est déjà rebelle, aux
études d'abord et à la discipline ensuite, mais son charme
naturel fait céder souvent la dureté maternelle, et puis
dans ce vivier de princesses à marier pour toute l'Europe,
elle n'est pas en première position...
Mais regardons de plus près cette
adolescente qui grandit au sein d'une cour plus libre en
apparence que celle de France. Marie-Antoinette nait au
palais impérial de la Hofburg, véritable paradis des
courants d'air et de l'austérité (plus tard sa fille Madame
Royale en subira l'ambiance de tristesse et de solennité),
Marie-Antoinette dis-je grandira également au sein du palais
de Schönbrunn, ravissement des yeux et du coeur. Mais
surtout la futur Reine de France sera entourée de ses frères
et soeurs tant aimés, et parmi eux son soutien sera toujours
Joseph Prince héritier, elle était la petite dernière tant
choyée. Et puis elle était si jolie avec son teint de rose
et ses yeux si bleus qu'ils faisaient ombrage au ciel d'été,
en grandissant elle arborera nonobstant un port de
Reine, une silhouette déliée et gracile, bref elle était
jolie et bien faite....Mais il est une chose que sa mère
n'avait pas senti, la dignité et l'orgueil qui formaient la
trame du caractère de cette princesse et cela lui sera
beaucoup reproché, mais qu'est-ce que l'orgueil sinon le
pouvoir de rester debout malgré tout et malgré tout le
monde, mais cela pour beaucoup c'est impardonnable....

Depuis longtemps Bourbon et Habsbourg se
détestent et la cour de France ne manquent pas de
détracteurs (les filles de Louis XV au premier plan). Mais
l'Impératrice sait qu'elle doit conserver son empire et quoi
de mieux qu'une union avec la première puissance
"européenne" pour répondre à ses voeux. De plus Louis XV
bien conseillé veut pallier l'appétit territorial de la
souveraine autrichienne. Après de nombreuses tractations le
mariage du Dauphin de France, futur Louis XVI et de
Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche est décidé.
Le 21 avril 1770, par un matin si doux,
après un petit déjeuner familial, "Antoine" dit adieu à sa
famille, il est neuf heures du matin, elle ne les reverra
plus (sauf son frère aîné) et surtout elle ne reverra plus
jamais Vienne et sa douceur de vivre, ni l'Autriche, ni sa
mère .... Elle arrive le 7 mai à sept heures du matin sur
cette terre de France qui est maintenant sienne, à onze
heures sous les acclamations et dans l'assourdissant bruit
des cloches de la cathédrale elle est à Strasbourg. On va
remettre tel un colis Maria Antoine Josépha johanna,
Archiduchesse d'Autriche à la France à laquelle elle
appartient désormais. Elle est riche, elle est princesse,
elle est si jolie, mais rien ne lui appartient, ni ses
pensées, ni son corps, ni son coeur, ni ses actes, et dans
une ïle sur le rhin entre Kelh et Strasbourg l'Autriche
donne à la France cette princesse de quinze ans, petite
fille qui sera entièrement déshabillée de ses atours afin de
devenir vraiment la future souveraine d'un pays qu'elle n'a
jamais vu. Je n'ose imaginer, ou plutôt si j'imagine très
bien le désarroi de cette enfant qui doit tout oublier de sa
vie passée et qui se retrouve au milieu de gens et de
coutumes qu"elle ne connaît pas. Alors elle laisse faire
l'étiquette se disant peut-être qu'après l'accueil
chaleureux du peuple elle va rencontrer l'Amour....
Le 14 mai 1770, la future Dauphine âgée
de 15 ans est attendue par le Roi Louis XV, sa famille et de
nombreux courtisans à l'orée de la forêt de Compiègne. Parée
d'une magnifique robe de cour, Marie-Antoinette bouscule
déjà le protocole en se précipitant vers le Roi et en
l'embrassant sur les deux joues, avant de plonger dans une
révérence récemment apprise. Le Bien-Aimé, ravit de l'aspect
de sa nouvelle petite fille et quelque peu émoustillé par
cette radieuse beauté, la relève et l'embrasse à son tour,
puis s'effaçant il lui présente un long jeune homme glacial
et muet: "Monsieur le Dauphin, votre fiancé". Louis-Auguste
se dandine timidement vers la fraîche enfant pour lui donner
sur la joue un baiser raide comme la justice, puis se retire
dans l'ombre qui est sa couleur préférée.... Il faut dire
que le réservé jeune homme était âgé de seulement 16 années.

Les fastes de ce mariage, célébré le
mercredi 16 mai 1770, feront longtemps
parler d'eux. Les fêtes se déroulant à Versailles au sein de
6000 convives et du peuple à qui l'on a ouvert les jardins
sont un véritable enchantement. Au milieu de cette foule
qu'elle ne connaît pas mais dont elle sent les regards
avides de curiosité sur elle, Marie-Antoinette mange à
peine, l'estomac noué par l'émotion. Son nouvel époux lui,
en bon Bourbon, laisse aller son gigantesque appétit, il
mange et boit énormément et quand son grand-père s'en
inquiète avec ironie, Louis-Auguste lui fait cette réponse
inattendue "Je dors toujours mieux lorsque j'ai bien mangé"
!!!!
Puis vient le moment fatidique et
inévitable pour les deux enfants, menés par Louis XV vers le
lit nuptial devant tous les invités.... Une fois couchés les
rideaux seront tirés, puis réouverts afin que personne ne
rate le spectacle du Dauphin et de la Dauphine au sein du
même lit. Mais cette nuit de noces est vraiment spéciale,
Marie-Antoinette la passera à écouter les ronflements
sonores de son jeune époux.... Et le lendemain matin en
partant de bonne heure pour la chasse, le futur Louis XVI
écrira dans le carnet qui lui sert de journal "Rien", ce
même "Rien" qu'il inscrira à la date du 14 juillet 1789.
Marie-Thérèse tenue au courant par son espion Mercy d'Argenteau
de la conduite de son gendre conseillera à sa fille de le
laisser se fortifier un peu .... Il devait se fortifier
pendant 7 ans, et ce n'est qu'à la visite de son impériale
beau-frère, que Louis acceptera le coup de bistouri le
libérant d'une douleur l'empêchant de concrétiser (Fimosis) et surtout
permettra à Marie-Antoinette de devenir une femme et une
mère. Malheureusement les 7 années durant lesquelles Louis
XVI ne put honorer sa femme pesèrent très lourd sur la
réputation des souverains, un roi "empêché" fait rire au
pays du Vert-Galant et une Reine vierge ne peut se
concevoir, alors les vipères s'en donnèrent à coeur joie,
pour la plupart des proches, mais également dans la propre
famille de Louis-Auguste.... Les jaloux, les envieux, les
méchants entonnèrent dès lors l'air de la calomnie qui
s'éteindra dans un bain de sang.
Et les années passent ..... Le 10 mai
1774, Louis XV rend son âme à Dieu, lui si beau et avenant
meurt défiguré par la petite vérole, depuis longtemps déjà
il n'était plus le Bien-aimé et c'est un couple royal
effondré par l'ampleur de la tâche qui attend leurs jeunes
années que la ruée des courtisans, délaissant le feu Roi,
découvre à genoux, gémissant entre deux sanglots: "Mon dieu
protégez-nous, nous régnons trop jeunes".
La Dauphine Marie-Antoinette est Reine de
France et le peuple est fier de sa souveraine à l'altière
beauté, tout semble en place pour un grand règne et pour la
continuité de la royauté. Le Roi Louis XVI est foncièrement
bon et respectueux de ses sujets. Ce souverain intelligent,
aux idées modernes et acquis aux progrès de la science
aurait sans doute fait un de nos meilleurs monarques, mais
c'était sans compter avec l'entourage direct, les cabales de
cour, les pamphlets salissant sa véritable personnalité et
couvrant d'opprobre celle qui sera un jour "Mme déficit" ou
"l'Autrichienne" pour finir assassinée sous la terrible
identité de "Veuve Capet". Mais n'allons pas trop vite, pour
le moment le bonheur rayonne au royaume de France. Louis XVI
adore sa femme, mais son Amour pour elle sera le début d'une
faiblesse devant les exigences et les caprices de cette
princesse si jeune et qui écoutent les flatteurs
intéressés plus qu'intéressants qui font croire à la jeune
Reine qu'elle a tous les droits. Marie-Antoinette a pêché
par ignorance, par naïveté et surtout parce qu'elle pensait
que les gens qu'elle aimait lui rendaient son amitié.

Mais cette Reine que l'on disait frivole
et inconséquente se transformera tout d'abord par la magie
de l'Amour qu'elle porte à ses enfants, ses quatre enfants
dont elle prendra soin comme aucune souveraine jusqu'alors.
La première à combler les voeux des jeunes parents sera
Marie-Thérèse "Madame Royale", née en 1778. Marie-Antoinette
eut une bien belle façon d'apprendre sa grossesse à son
époux: "Je viens Sire, me plaindre d'un de vos sujets assez
audacieux pour me donner des coups de pieds dans le ventre".
Louis XVI, lorsqu'il eut compris en pleura de joie. Puis
Louis-Joseph vient rejoindre sa soeur en 1781,
malheureusement ce premier Dauphin devait décéder de la
tuberculose en 1789, pendant la réunion des états généraux.
Ce pauvre enfant d'une intelligence supérieure se savait
perdu, son courage devant les souffrances endurées
s'enfonçait tel un poignard dans le coeur de sa pauvre mère
qui le veillant nuit et jour et jusqu'à son ultime soupir ne
pouvait se nourrir que de ses larmes. En 1785, le Dauphin
Louis montra le bout de son nez, le futur Louis XVII au
funeste destin .... Et puis en 1786 la petite
Marie-Sophie-Béatrice fit malheureusement un bref passage de
quelques mois sur notre terre. Voila, il reste à cette mère
meurtrie deux enfants qu'elle aime infiniment et dont elle
s'occupe bien, malgré les gouvernantes indispensables à
l'éducation des princes. Et elle trouve des surnoms
ravissants pour remplacer les titres imposés par Madame
Etiquette, Le futur Louis XVII sera son "chou d'amour" et
Madame Royale "Mousseline la sérieuse", cela ne s'est jamais
fait mais une Reine-Maman n'est pas habituelle non plus à la
cour de France.


Le tableau ci-dessus mérite une
explication, il représente Marie-Antoinette peinte par Mme
Vigée-Lebrun. Seuls 3 enfants sont représentés, à la demande
de la Reine le Dauphin Louis-Joseph désigne de la main le
berceau vide de la petite princesse Marie-Sophie que la mort
avait emportée avant l'exécution de cette toile. Mais pour
la souveraine, il fallait qu'elle soit présente ....

Bien sûr, il est impossible de parler de
Marie-Antoinette sans mentionner les fêtes somptueuses
qu'elle aimait donner. La souveraine s'étourdissait de
plaisirs trop souvent certainement. Il est vrai également
que les amis de la Reine n'appréciant pas le sérieux du roi,
les pendules furent souvent avancées, pour que le "pauvre"
homme aille se coucher lui qui se levait tôt pour régler les
affaires de l'état. Entourée de parasites et de sangsues,
tels ces Polignac insatiables et avides qui après avoir
dilapidé les deniers de l'état et pousser la Reine à les
combler de faveurs l'abandonnèrent à son triste sort pour
prendre le chemin d'un exil salvateur.
Et puis, et puis, il y a Fersen.... Axel
de Fersen, le beau suédois, qui fit battre si fort le coeur
de cette épouse qui ne savait pas encore qu'elle aimait son
mari. Fersen toujours présent, amoureux fou de sa Reine,
prêt à mourir pour elle. Fersen qui va organiser la fuite de
la famille royale qui ne dépassera pas Varennes. Fersen qui
ne guérira jamais d'avoir perdu son idole et qui bien des
années plus tard périra massacré par la foule suédoise sur
les marches d'une église en murmurant le nom de celle qu'il
allait enfin rejoindre. C'était le 20 juin 1810, dix-neuf
ans jour pour jour après ses adieux à Marie-Antoinette. Ont-ils été amants, oui si l'on
donne à cette appellation le sens qu'elle avait alors pour
désigner des amoureux éperdus mais dont l'amour restait
platonique. Pour le reste, nul ne saura jamais jusqu'où les
a poussé leur passion. "Tout me conduit vers toi" lui
écrivait-elle, et lui guettait le moindre regard, la moindre
parole, Ils se sont aimés, mais sûrement de cet amour nourri
de vénération, lorsque la présence de l'autre suffit à
combler vos voeux.... Ne salissons pas cette belle histoire
et n'entachons pas la mémoire d'une femme déjà tellement
éclaboussée par la médisance ....

En 1784, c'est une autre histoire qui
fait gronder le peuple. Marie-Antoinette soutient les
intérêts de son frère bien-aimé, l'empereur Joseph II. En
prenant ouvertement le parti de l'Autriche contre la France.
Cela lui vaut d'être appelée par son peuple
"l'Autrichienne".
L'année 1785 ne plaide pas non plus en sa
faveur. Avec l'affaire du collier de la Reine, le discrédit
prend le pas sur le respect et pour tous elle devient "Mme
Déficit", c'est sa faute la misère, les mauvaises récoltes,
la faillite du trésor. C'est tellement facile, et comme il
faut toujours un coupable, il est normal de désigner une
étrangère, car maintenant pour tous elle est l'étrangère, la
louve qui saigne le pauvre pays de France. La "Chienne" aux
multiples aventures amoureuses qui bafoue son calme époux.
Le peuple l'accuse, mais les libelles et autres gravures
insultantes ne sont pas produites par lui. Dans l'ombre le
frère de Louis XVI, qui règnera un jour sous le nom de Louis
XVIII attise le feu. Celui que son précepteur avait surnommé
le fourbe, jaloux d'un pouvoir qu'il a toujours envié, tisse
sa toile.
Mais revenons à l'affaire du collier.
Tout commence par la visite du joaillier de la couronne
Charles Boehmer, qui présente à la Reine un somptueux collier
arguant du fait qu'il ne peut être porter que par la plus
majestueuse des souveraines. Mais là Marie-Antoinette a une
réaction qui le surprend, "Monsieur, dit-elle, nous avons
plus besoin d'un vaisseau que d'un collier, je ne peux
imposer cette dépense inutile à l'état" Etonnant non, pour
une femme qui est accusée de ruiner la France par ses
caprices coûteux ! Boehmer est bien marri car la vente
de ce collier le remettait en selle, alors une certaine
Mme de la Motte, aventurière, vague bâtarde descendant des
Valois entre en scène. Elle dont les oreilles traînent
toujours dans l'entourage des grands n'ignore pas l'aversion
de Marie-Antoinette pour un prince de l'église, le Cardinal
de Rohan. La reine le trouvait trop léger et de moeurs
douteuses, et depuis toujours le Cardinal désirait plus que
tout rentrer en grâce auprès de la souveraine. Alors Mme de
la Motte va persuadé ce benêt qu'elle est au mieux avec la
reine et avec la complicité de son époux, et d'un certain
Cagliostro, elle va faire acheter le fameux
collier par le Cardinal le persuadant que la reine le
rembourserait en quelques échéances.... L'escroque avait
bien sûr l'intention de garder le joyau. L'affaire est vite
montée, le Cardinal croit rencontrer la Reine dans les
jardins de Versailles (en fait il s'agit d'une vulgaire
prostituée qui ressemble de loin à la reine). Le pauvre dupe
achète le collier qu'il remet à Mme de la Motte en échange
de reconnaissances de dette signer "Marie-Antoinette de
France", et cela c'est inimaginable, un prince d'une lignée
aussi illustre que les Rohan ne peut ignorer qu'une reine
signe de son seul prénom, mais l'ambitieux sûr de son fait
ne fut pas surpris. L'affaire est faite, les bandits
démontent le collier et pensent pouvoir s'enfuir à
l'étranger. Mais bientôt le Cardinal s'inquiète, il n'y
aucun changement dans la froideur que lui témoigne toujours
Marie-Antoinette, les traites ne sont pas honorées (et pour
cause) et d'ailleurs la reine ne porte pas le collier, il va
donc lui faire remettre par l'intermédiaire de Mme Campan,
un billet dans lequel il lui dit son plaisir d'avoir pu
combler ses voeux. Marie-Antoinette ne comprend rien mais
fait convoquer le Cardinal par le Roi. La Reine est assise
assistant à l'entretien, les lèvres serrées, les yeux emplis
de larmes, elle réalise enfin que la réputation qu'on
lui a faite se retourne contre elle aujourd'hui et c'est
ulcérée, blessée dans sa dignité et dans son orgueil,
qu'elle réclame un procès publique et l'arrestation
immédiate de Rohan. La pauvre Reine était tellement sûre que
son innocence serait prouvée. C'était sans compter sur la
vindicte populaire, sur les amis du Cardinal et sur le
témoignage accablant de Mme de la Motte arrêtée et marquée
au fer. On ne prête qu'aux riches, cela fait trop longtemps
que sa réputation est faite, le cardinal sortira grandit et
blanchit par ses pairs de cette lamentable histoire.
Marie-Antoinette sera aux yeux de tous la seule coupable et
les larmes qu'elle verse aujourd'hui ne sont que le début de
tant d'autres, car maintenant tout ira très vite et rien ne
pourra arrêter l'inexorable destin de la royauté.

Durant les années qui suivent la vie à la
cour semble continuer comme avant. Le peuple paraît calme et
Marie-Antoinette joue gentiment à la bergère dans son hameau
du parc de Versailles. Elle est entourée d'une coterie de
flatteurs et de parasites, au-dessus de laquelle se place
tout de même la seule véritable amie qu'elle ait jamais eu:
la Princesse de Lamballe, qui ne l'abandonnera jamais et
mourra le 3 septembre 1792 massacrée avec d'autres prisonniers dans
la prison de la Force. Le peuple trouvera d'ailleurs très
drôle de promener la tête de la princesse sur une pique afin
de faire baiser à la reine la tête de sa putain.
Mais en attendant ces tragiques évènements, il est de bon
ton d'avoir de l'enfance et la tête légère.
Combien de ces têtes s'alourdiront sous le couperet de
la guillotine ?

Au début de la révolution, après la prise
de la Bastille qui n'a pas l'air de traumatiser les Royaux,
l'entêtement de Marie-Antoinette redevenue sérieuse
n'arrange pas les choses. Elle reste murée dans son orgueil
et refuse la Nation. Quant à une monarchie constitutionnelle
n'en parlons pas. Lorsque la Reine reçoit les assemblées au
côté du Roi, son attitude glaciale refroidit ce peuple qui
la voyant de près pourrait retomber amoureux d'elle. Il
aurait suffit d'un sourire, d'un regard, mais elle les toise
et ils se sentent détestés. En fait elle a peur et ne
comprend plus rien. Elle qui a grandit dans le respect de la
personne royale, elle qui ne connaît rien d'autre que la
monarchie absolue, se réfugie aujourd'hui derrière sa
fameuse lippe méprisante (la lippe des Habsbourg) pour se
protéger, pour ne pas éclater en sanglots et étaler sa
faiblesse devant ces gens qui "osent" la juger, eux
qui quelques années plus tôt l'adoraient.
La Reine refuse le soutien de La Fayette
et de Mirabeau, pourtant elle recevra ce dernier. Mais pour
elle le salut ne peut venir que des armées étrangères, elle
pousse à la guerre, pensant que seule cette solution
l'aidera à conserver un trône à son époux et un avenir à ses
enfants.
Depuis Octobre 1789, la Reine est
prisonnière de la Nation et là dans l'adversité elle fait
montre d'un courage et d'une détermination exemplaires.
Laissant éclore l'épouse dévouée et aimante qui germait en
elle. Elle veut se battre pour ce mari qu'elle découvre et
qu'elle admire lorsqu'il plaisante avec les gardes
nationaux. Elle, elle ne peut pas et lorsque dans Versailles
envahi une femme coiffera le Dauphin du bonnet phrygien elle
le jettera par terre en murmurant entre ses dents "cela va
au-delà de toute résistance humaine". Ses enfants
sont son réconfort et c'est pour eux qu'elle souhaite la
victoire des armées étrangères. Mais le courage qu'elle
déploie en supportant de cristalliser toutes les haines, ce
courage surhumain qu'il lui fallut pour affronter la foule
en se présentant seule au balcon du palais alors que
certains la mettaient en joue et que sans trembler elle
tendit sa main à baiser à La Fayette qui agenouillé devant
elle montrait au peuple la marche à suivre. Jusqu'au bout
elle aura du courage, mais le temps n'est pas encore à
l'abnégation et à la raison, de toutes ses forces elle
espère une victoire des alliés et c'est dans cet état
d'esprit qu'elle va pousser le Roi à faire une des plus
grandes erreurs de son règne: prendre la fuite. La suite
vous la connaissez, arrêter à Varennes, la voiture des
fugitifs regagne Paris escorter par une foule véhémente et
parfois bon enfant "nous ramenons le boulanger, la
boulangère et le petit mitron". Mais quand la Reine présente
son fils à la portière une phrase la flagelle "elle peut
bien nous le montrer on sait bien qu'il n'est pas du gros
Louis". La Reine est frappée au coeur et de grosses larmes
roulent sur les joues burinées de fatigue de celui qui est
encore Louis XVI. Leur calvaire ne fait que commencer....
La famille royale est ramenée aux
Tuileries, désormais ils sont prisonniers dans leur château
et vivent les derniers jours d'une royauté encore acceptable.
Mais le 10 août 1791 c'est l'insurrection, le peuple envahit
le palais, les gardes suisses sont massacrés. La famille
royale s'enfuit, le roi en tête suivi de Marie-Antoinette
qui doucement pleure se doutant peut-être que tout est fini.
A leurs côtés les enfants royaux et leur tante Elisabeth princesse
aimante et si dévouée à sa belle-soeur, et quelques
serviteurs fidèles. Louis XVI et sa famille se
réfugient auprès de l'assemblée, qui pour les "protéger" les
loge gracieusement à la prison du Temple. Alors
Marie-Antoinette se souvient du temps où son beau-frère le
Comte d'Artois la recevait à dîner dans le palais du Grand
Prieur. Maintes et maintes fois la Reine avait supplié le
futur Charles X de faire abattre cette tour située dans le
parc et qui lui faisait si peur....

C'est dans cette tour lugubre à souhait
que vont se jouer les derniers actes de la tragédie de la
royauté. Dans un semblant de respect les captifs sont
encore servis mais sont sans arrêt en butte à la présence
des gardes nationaux qui prennent plaisir entre autre, à
souffler la fumée de leurs pipes au visage de la Reine. Et
puis il y a la promenade, il faut faire prendre l'air aux
prisonniers et les garder en bonne santé, puisque désormais
c'est sûr ils vont être jugés par le tribunal
révolutionnaire.

A tout seigneur tout honneur, Louis XVI
devenu Louis Capet passe le premier. Il est soumis à des
interrogatoires serrés auxquels il répond avec bonne foi et
dignité. Ce qui lui attire insultes et quolibets. Et puis le
20 janvier 1793 la sentence inimaginable tombe Louis
XVI, qui n'est plus que le citoyen Capet, est condamné à
mort. L'exécution aura lieu le lendemain et le roi rejoint
sa famille pour son ultime soirée.... Il parvient à se
restaurer, mais la Reine, Madame Elisabeth et les enfants
royaux ne peuvent rien avaler. Avec dignité Louis XVI fait
ses adieux à ceux qu'il aime, faisant jurer à son fils de ne
jamais venger sa mort. Et c'est le départ, en compagnie de
l'Abbé Henri Edgeworth de Firmont. Un silence de mort pèse sur le Temple et d'un seul
coup les tambours et le cri de la foule "Vive la
république". Marie-Antoinette étouffe de douleur, Madame
Royale pousse de tels gémissements que certains l'ont cru
morte, Madame Elisabeth tombe en prière et le petit dauphin
qui ne comprend pas qu'il n'a plus de père regarde tout le
monde avec effarement. Soudain la Reine se lève et de cette
démarche inimitable se dirige vers son fils et là
s'agenouillant, le salue du titre de Roi. Car en France
les rois ne meurent jamais ....

Après la mort du roi la vie continue dans
la prison avec son lot de misères et de vexations. La
nourriture se fait de plus en plus rare et les promenades
sont supprimées. Mais il arrive aux oreilles de la jeune
république que le petit roi est traité avec tous les égards
dus à un souverain par les femmes de la famille et cela
déplait, alors une décision horrible est prise, séparer
Louis de sa mère, enlever le "louveteau" à la "louve", et le
3 juillet 1793 les gardes nationaux viennent se saisir de
l'enfant roi. Marie-Antoinette va supplier, prier, menacer
pendant près de deux heures. Egarée par le chagrin elle
lutte de toutes ses forces pour protéger son petit des
hommes qui viennent le lui voler, en vain, à bout de force
et de douleur la Reine ne peut que céder. Louis est entraîné
hurlant et pleurant, la Reine s'écroule terrassée par le
chagrin, au moins pense-t-elle maintenant on ne pourra plus
lui faire de mal ....
Louis XVII est confié aux bons soins du
cordonnier Simon et de sa femme, chargés de faire de
l'héritier de tant de rois un parfait petit sans culotte.

Mais la république n'en a pas fini avec
cette souveraine qui bien que déchue reste digne et altière.
Le tribunal révolutionnaire aux ordres de Fouquier Tinville,
accusateur publique,
veut la tête de cette femme meurtrie, affaiblie par
d'incessantes hemmoragies, cette reine enfin qui est une
menace permanente du fait de la présence des armées
étrangères aux frontières. Tout d'abord il faut la séparer
des êtres qu'elle aime, et devant les yeux emplis de larmes
de sa fille et de sa belle-soeur, la Reine est transférée
dans une geôle insalubre de la Conciergerie.

La "veuve Capet" comparaît devant ses
juges, la foule dévore des yeux cette femme de 38 ans qui
s'avance au sein du tribunal. Très droite et d'une voix qui
ne tremble pas, ou si peu, elle va répondre aux questions
incessantes de Fouquier Tinville et de ses complices. Mais
le 6 octobre lorsque ses bourreaux font comparaître son fils
pour l'accuser d'inceste, elle retrouve toutes ses forces
pour s'écrier: "Je refuse cette accusation faite à une mère,
et j'en appelle à toutes celles qui sont ici". Dans le
prétoire des réactions de sympathie se font sentir, certaines
femmes pleurent, attention danger il ne faut surtout pas que
la reine trouve des partisans. Mais l'accusation d'inceste
est tellement horrible qu'elle ne peut être crédible, et il
faut être bien monstrueux, vénal et tortueux pour oser y
penser et la faire porter par un enfant de 8 ans ....

Depuis longtemps le sort de
Marie-Antoinette est scellé, le 15 octobre le verdict décidé
à l'avance condamne la reine à la peine de mort.
En fin de matinée le 16 octobre 1793, la
toilette des condamnés meurtrie encore la souveraine, le
bourreau coupe rapidement ses cheveux devenus blancs de tant
d'épreuves, et elle se cabre lorsque ses mains sont liées
très serrées dans son dos, cette injure avait été épargnée à
Louis XVI.

C'est le dernier voyage, la charrette,
dérisoire carrosse de la mort l'emmène vers la place de la
révolution. Autour d'elle ce ne sont que cris de haine et
vociférations. Elle a fermé les yeux, juste un instant, elle
pense à son arrivée en France, mais alors ce peuple qui
aujourd'hui la hait lui criait son amour.... Pourtant dans
la foule un geste apaise un peu sa douleur, une femme lève
son petit garçon qui envoie un baiser à la Reine, une larme
roule sur sa joue, la première depuis longtemps, sans doute
à cet instant à-t-elle au coeur le souvenir d'un autre petit
garçon tant chéri ....
Elle arrive au pied de la guillotine,
presque légèrement elle grimpe à l'échelle, soudain
déséquilibrée elle écrase le pied de Samson le bourreau, qui
crie de douleur, la Reine se retourne "Monsieur, je vous
demande pardon". Puis elle secoue son bonnet et se laisse
docilement liée sur la planche, un bruit sourd, quatre
minutes après son arrivée, Marie-Antoinette Reine de France,
entre dans l'éternité. Il est midi un quart le 16 octobre
1793, elle avait 38 ans.

Voila je vous ai parler de Ma Reine, je
souhaite de tout mon coeur que ce récit vous donne l'envie
de mieux la connaître et surtout vous permette de
mieux la comprendre.... Je ne vous demande pas de l'aimer aussi
fort que je l'aime, simplement de ressentir au-delà de la
majesté royale, la personnalité de cette femme et mère, dont
les erreurs furent largement rachetées par son fantastique
courage dans la tourmente ....
