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"C'est la femme la moins folle de France, car pour sage
je n'en connais point", cette phrase est de
Louis XI, père d'Anne de France,
plus connue sous le nom de Anne de Beaujeu. Mais ne vous y trompez pas, dans
la bouche du Roi c'était un énorme compliment .... Ce misogyne invétéré
avait une réelle admiration pour sa fille. Il avait raison, une fois de plus
sa parfaite connaissance de la nature humaine lui a permit de choisir la
bonne personne pour tenir les rênes de l'état pendant la minorité du futur
Charles VIII.
Anne est la fille aînée de Louis XI et Charlotte de Savoie, à
14 ans elle sera mariée à Pierre de Bourbon, seigneur de
Beaujeu, qui avait toute la confiance du roi son père. Il avait
également ..... 22 ans de plus qu'elle. Cet homme profondément
intègre et honnête sera le plus grand soutien de son épouse, il
n'interviendra jamais directement mais sera toujours présent
dans la vie de la Régente qui pourra souvent puiser en son
Amour la force nécessaire à ses nombreux combats.

C'est le jour même de sa mort, le 30 août 1483 que
Louis XI confie la tutelle de
Charles VIII et le gouvernement de la France à
Anne de Beaujeu. Utilisant la fameuse phrase du début de mon
récit pour expliquer son geste aux témoins étonnés de son choix.
Le roi est encore tiède lorsque certains princes sous la
conduite de Louis d'Orléans (futur Louis XII) et beau-frère de
la Régente s'opposent à celle-ci et revendiquent le
gouvernement. Charles VIII étant âgé de 13 ans peut donc
gouverner assisté d'un Conseil et les nouveaux opposants veulent
tenir ce Conseil.

Anne en digne fille de son cher papa, compose
et invite les grands du royaume au château d'Amboise: il y a là
le Duc d'Orléans bien sûr, le Duc d'Alençon, le Comte de Dunois
et le Duc de Bourbon frère de Pierre de Beaujeu mais néanmoins
son ennemi. La Régente amadoue les révoltés avec des
récompenses, faisant connétable le Duc de Bourbon, gouverneur du
Dauphiné le Comte Dunois, et nommant Louis d'Orléans gouverneur
militaire de Paris, en lui octroyant de plus une pension de
vingt quatre mille livres. Mais celui-ci décidément insatiable
en appelle aux Etats Généraux. Anne convoque alors ce petit
monde tout en désignant un délégué pour chaque ordre: noblesse,
clergé et état commun pour la première fois appelé tiers état.
Les trois ordres nomment leurs députés et ceux-ci siègent à
Tours du 15 janvier au 14 mars 1484. Évidemment Anne de Beaujeu
va mettre en oeuvre toute sa ruse, sa diplomatie et son sens
politique très louis onzième pour faire triompher sa cause.
Quant à Louis d'Orléans, persuadé d'avoir gagner, il parade tel
un paon et étale devant l'assemblée très agacée sa fortune et la
légèreté de sa personnalité. Le Duc fait tout de même intervenir
l'évêque du Mans, on ne sait jamais .... Le 5 février 1484 le
sénéchal de Bourgogne Philippe Pot représentant de la Princesse
prend la parole, il invoque le principe de la souveraineté qui
dénie le droit naturel des princes à gouverner. Les députés s'en
remettent à la sagesse du roi, donc à la Régente. Le Duc
d'Orléans n'obtient même pas d'être nommé tuteur de Charles VIII
et très fâché et surtout vexé comme un pou, se met ouvertement
en révolte contre le pouvoir, entraînant dans son sillage la
noblesse de Bretagne. Cette mauvaise humeur d'un grand fut
appelée Guerre folle, et se termina par l'emprisonnement
de l'insoumis en 1488.
Pendant ce temps, Anne de Beaujeu doit faire
face aux seigneurs du sud-ouest, qui prenant des idées
d'indépendance ne se doutent pas qu'ils vont être mis au pas par
une femme à l'énergie guerrière. L'expression "une main de fer
dans un gant de velours" trouve ici toute sa signification.
Le 9 septembre 1488 meurt le Duc de Bretagne
François II. Il est hors de question de laisser échapper cette
province tant convoitée. La Régente va se charger du règlement
de la succession, faisant rompre définitivement l'union (établie
par procuration, mais valable) de la petite Duchesse héritière
avec Maximilien de Habsbourg. Le nouvel époux est tout trouvé il
s'appelle Charles VIII, déjà fiancé à Marguerite, fille de
Maximilien, Anne de Bretagne a donc failli être la belle-mère du
roi de France. Ce mariage est d'importance car il est le premier
pas vers l'annexion du Duché de Bretagne par la couronne de
France.

Le 6 décembre 1491, Anne
de Bretagne épouse en deuxièmes noces au château de
Langeais
le roi de France Charles VIII. Partant du
principe qu'il faut battre le fer tant qu'il est
chaud et surtout craignant un coup de force des
autrichiens, ce mariage se déroula 3 mois avant
que ne parvienne à la cour l'acte d'annulation
du Pape, que celui-ci avait d'ailleurs antidaté.
Pour la postérité la Reine de France ne pouvait
être bigame, dans les faits elle le fut
pourtant.
Le jour du mariage, le génie
d'Anne de Beaujeu va encore frapper, elle fait
signer à la petite Duchesse aux hermines, lors
de l'échange des contrats, une clause stipulant
qu'en cas d'absence d'héritier mâle, il est
convenu qu'elle doit épouser le successeur de
Charles VIII. De cette façon la Bretagne reste
française, si Anne et Charles ont un fils, il
sera roi et gardera le Duché dans son apanage.
Sinon la Reine devra convoler avec le nouveau
roi de France ce qui donne plus de chances
d'enfanter un prince....

Mais Anne ne peut régenter indéfiniment, le
petit roi commence à ronger son frein, cela fait 8 ans qu'il
attend de régner, c'est maintenant un grand garçon de 21 ans et
il fait clairement comprendre à sa soeur aînée qu'il est temps
de raccrocher. Alors discrètement Anne de Beaujeu s'éloigne du
trône, après avoir on ne peut mieux servi la France.
En 1503 Pierre de Beaujeu s'éteint laissant
Anne administrer avec talent comme il se doit les terres des
Bourbons. La Régente de France reparaîtra sur la scène politique
quelques années plus tard, en apportant son appui à son gendre,
connétable de Bourbon, accusé de trahison par le roi François
1er.
Anne de Beaujeu avait 23 ans à la mort de
Louis XI, malgré sa jeunesse elle prouva l'excellence de son
administration. En mettant au pas les grands seigneurs et en
agrandissant le royaume, et tout cela sans verser le sang du
peuple, elle a ainsi parachevé l'oeuvre de son père. Lorsque
cette princesse l'a rejoint le 14 novembre 1522, je gage que
Louis XI a du certainement dans un sourire modifier quelque peu
sa fameuse phrase ....

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