LA  REGENCE  D' ANNE DE BEAUJEU

(1483 - 1491)

 

 

 

"C'est la femme la moins folle de France, car pour sage je n'en connais point", cette phrase est de Louis XI, père d'Anne de France, plus connue sous le nom de Anne de Beaujeu. Mais ne vous y trompez pas, dans la bouche du Roi c'était un énorme compliment .... Ce misogyne invétéré avait une réelle admiration pour sa fille. Il avait raison, une fois de plus sa parfaite connaissance de la nature humaine lui a permit de choisir la bonne personne pour tenir les rênes de l'état pendant la minorité du futur Charles VIII.

Anne est la fille aînée de Louis XI et Charlotte de Savoie, à 14 ans elle sera mariée à Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, qui avait toute la confiance du roi son père. Il avait également ..... 22 ans de plus qu'elle. Cet homme profondément intègre et honnête sera le plus grand soutien de son épouse, il n'interviendra jamais directement mais sera toujours présent dans la vie de la Régente qui pourra souvent  puiser en son Amour la force nécessaire à ses nombreux combats.

Pierre de Beaujeu

C'est  le jour même de sa mort, le 30 août 1483 que Louis XI confie la tutelle de Charles VIII et le gouvernement de la France à Anne de Beaujeu. Utilisant la fameuse phrase du début de mon récit pour expliquer son geste aux témoins étonnés de son choix.

Le roi est encore tiède lorsque certains princes sous la conduite de Louis d'Orléans (futur Louis XII) et beau-frère de la Régente s'opposent à celle-ci et revendiquent le gouvernement. Charles VIII étant âgé de 13 ans peut donc gouverner assisté d'un Conseil et les nouveaux opposants veulent tenir ce Conseil.

Louis d'Orléans - futur Louis XII

Anne en digne fille de son cher papa, compose et invite les grands du royaume au château d'Amboise: il y a là le Duc d'Orléans bien sûr, le Duc d'Alençon, le Comte de Dunois et le Duc de Bourbon frère de Pierre de Beaujeu mais néanmoins son ennemi. La Régente amadoue les révoltés avec des récompenses, faisant connétable le Duc de Bourbon, gouverneur du Dauphiné le Comte Dunois, et nommant Louis d'Orléans gouverneur militaire de Paris, en lui octroyant de plus une pension de vingt quatre mille livres. Mais celui-ci décidément insatiable en appelle aux Etats Généraux. Anne convoque alors ce petit monde tout en désignant un délégué pour chaque ordre: noblesse, clergé et état commun pour la première fois appelé tiers état. Les trois ordres nomment leurs députés et ceux-ci siègent à Tours du 15 janvier au 14 mars 1484. Évidemment Anne de Beaujeu va mettre en oeuvre toute sa ruse, sa diplomatie et son sens politique très louis onzième pour faire triompher sa cause. Quant à Louis d'Orléans, persuadé d'avoir gagner, il parade tel un paon et étale devant l'assemblée très agacée sa fortune et la légèreté de sa personnalité. Le Duc fait tout de même intervenir l'évêque du Mans, on ne sait jamais .... Le 5 février 1484 le sénéchal de Bourgogne Philippe Pot représentant de la Princesse prend la parole, il invoque le principe de la souveraineté qui dénie le droit naturel des princes à gouverner. Les députés s'en remettent à la sagesse du roi, donc à la Régente. Le Duc d'Orléans n'obtient même pas d'être nommé tuteur de Charles VIII et très fâché et surtout vexé comme un pou, se met ouvertement en révolte contre le pouvoir, entraînant dans son sillage la noblesse de Bretagne. Cette mauvaise humeur d'un grand fut appelée Guerre folle, et se termina par l'emprisonnement de l'insoumis en 1488.

Pendant ce temps, Anne de Beaujeu doit faire face aux seigneurs du sud-ouest, qui prenant des idées d'indépendance ne se doutent pas qu'ils vont être mis au pas par une femme à l'énergie guerrière. L'expression "une main de fer dans un gant de velours" trouve ici toute sa signification.

Le 9 septembre 1488 meurt le Duc de Bretagne François II. Il est hors de question de laisser échapper cette province tant convoitée. La Régente va se charger du règlement de la succession, faisant rompre définitivement l'union (établie par procuration, mais valable) de la petite Duchesse héritière avec Maximilien de Habsbourg. Le nouvel époux est tout trouvé il s'appelle Charles VIII, déjà fiancé à Marguerite, fille de Maximilien, Anne de Bretagne a donc failli être la belle-mère du roi de France. Ce mariage est d'importance car il est le premier pas vers l'annexion du Duché de Bretagne par la couronne de France.

La petite Duchesse aux Hermines - Anne de Bretagne

Le 6 décembre 1491, Anne de Bretagne épouse en deuxièmes noces au château de Langeais le roi de France Charles VIII. Partant du principe qu'il faut battre le fer tant qu'il est chaud et surtout craignant un coup de force des autrichiens, ce mariage se déroula 3 mois avant que ne parvienne à la cour l'acte d'annulation du Pape, que celui-ci avait d'ailleurs antidaté. Pour la postérité la Reine de France ne pouvait être bigame, dans les faits elle le fut pourtant.

Le jour du mariage, le génie d'Anne de Beaujeu va encore frapper, elle fait signer à la petite Duchesse aux hermines, lors de l'échange des contrats, une clause stipulant qu'en cas d'absence d'héritier mâle, il est convenu qu'elle doit épouser le successeur de Charles VIII. De cette façon la Bretagne reste française, si Anne et Charles ont un fils, il sera roi et gardera le Duché dans son apanage. Sinon la Reine devra convoler avec le nouveau roi de France ce qui donne plus de chances d'enfanter un prince....

Le château de Langeais

Mais Anne ne peut régenter indéfiniment, le petit roi commence à ronger son frein, cela fait 8 ans qu'il attend de régner, c'est maintenant un grand garçon de 21 ans et il fait clairement comprendre à sa soeur aînée qu'il est temps de raccrocher. Alors discrètement Anne de Beaujeu s'éloigne du trône, après avoir on ne peut mieux servi la France.

En 1503 Pierre de Beaujeu s'éteint laissant Anne administrer avec talent comme il se doit les terres des Bourbons. La Régente de France reparaîtra sur la scène politique quelques années plus tard, en apportant son appui à son gendre, connétable de Bourbon, accusé de trahison par le roi François 1er.

Anne de Beaujeu avait 23 ans à la mort de Louis XI, malgré sa jeunesse elle prouva l'excellence de son administration. En mettant au pas les grands seigneurs et en agrandissant le royaume, et tout cela sans verser le sang du peuple, elle a ainsi parachevé l'oeuvre de son père. Lorsque cette princesse l'a rejoint le 14 novembre 1522, je gage que Louis XI a du certainement dans un sourire modifier quelque peu sa fameuse phrase ....

 

Anne de Beaujeu

 

Dominique NEMETH-PASQUET 2007