HenriIV
 

Henry IV

"Assassinat politique"

 

 

ous sommes le 14 mai 1610, un carrosse s'engage dans la rue de la Ferronnerie, étroite artère de la Capitale. Comme un symbole un encombrement oblige la voiture à stationner devant une boutique dont l'enseigne porte: "Au coeur couronné percé d'une flèche". Dans ce carrosse divers hauts personnages de la cour, mais surtout celui que le peuple nomme le bon roi Henri ou le vert galant, le Roi de France Henri IV n'a plus que quelques minutes à vivre.

epuis toujours et pour tout le monde l'assassin du roi Henri se nomme Ravaillac, bien sûr celui-ci à porté les trois coups de poignard, dont le deuxième fut mortel, mais cet homme, tout comme Lee Harvey Oswald pour le président Kennedy a été manipulé, pour ne pas dire téléguidé...

Edit de Nantes

ais qui était Ravaillac dont l'écartèlement a transporté le peuple de joie, ce peuple qui aimait tant son roi que plusieurs personnes ont cravaché et aidé les quatre chevaux, instruments bien innocents du supplice réservé aux régicides. François Ravaillac originaire d'Angoulême, descendant d'une famille de catholiques exacerbés voir intégristes. Le père de Ravaillac greffier à l'hôtel de ville, n'avait-il pas marcher au premier rang des assaillants lorsque le Duc d'Epernon, gouverneur de la ville, avait soutenu l'assaut de la ligue catholique contre les protestants ? Sitôt après la victoire du roi de Navarre, Monsieur Ravaillac père est révoqué, c'est le déshonneur qui s'abat sur la famille. Pire lors de l'avènement du roi "hérétique", les chanoines de la cathédrâle avaient lancé l'anathème sur le souverain pourtant converti. Le petit Ravaillac témoin de tout celà sentait monter en lui sa haine pour le nouveau monarque. Dès ses dix-huit ans, le pauvre garçon souffre de terribles migraines, de fièvres et d'hallucinations, convaincu d'être appelé par le tout puissant, il veut absolument le servir, mais son exaltation refroidit même les jésuites pourtant friands des âmes faibles et faciles à enflammer.... Un temps François apprend à lire à de jeunes écoliers, mais ce qui va finir d'ébranler son pauvre cerveau sera une peine de prison pour dettes. Dès lors le futur régicide ne fera qu'assister aux sermons de prédicateurs extrémistes flétrissant les hérétiques. Bien sûr le Béarnais était converti au catholicisme, mais à la promulgation de l'Edit de Nantes, cet acte merveilleux qui autorisait la liberté de culte, Ravaillac fils se prit à rêver d'une nouvelle Saint-Barthélémy. A Angoulême tout le monde connaissait ses agissements et ses pamphlets qui exaltaient le régicide. Le Duc d'Epernon lui-même tenu au courant de tout ce qui se passait dans sa ville savait. Sa propre maîtresse Charlotte du Tillet, femme à l'esprit méchant connaissait personnellement Ravaillac et l'hébergera lors de ses nombreux voyages à Paris. Mais tous laissèrent faire considérant semble-t-il le personnage comme un illuminé non dangereux, à moins qu'il n'y ait une autre raison....

Supplice de Ravaillac

uelqu'un donna même à lire au futur assassin "l'apologie de Jean Chastel" qui en 1594 avait pénétré dans la chambre de Gabriel d'Estrée pour tuer le roi, qui en fut quitte pour une dent cassée. Chastel fut bien sûr écartelé, on peut imaginer ce que cette lecture eut comme effet sur un cerveau malade rêvant de sauver la France et de finir en martyre de la cause catholique....

ais en 1610 voyons quels sont les ennemis de Henri IV:

u premier rang oh surprise, la reine Marie de Médicis souffrant d'avoir épousé un ex-huguenot et surtout bafouée comme seules l'ont été de nombreuses reines de France. Henri IV "bon père" fait élever ses enfants légitimes avec ses nombreux bâtards. La reine Marie ne peut circuler dans son palais sans buter sur une maîtresse ou une favorite, il en résulte des scènes terribles au sein du couple royal. Marie sortait anéantie de ces scènes où souvent son époux la menaçait de lui faire repasser les monts avec toute sa clique de mendiants italiens. En larmes la souveraine trouvait refuge auprès de sa soeur de lait Léonora Galigaï et son bandit d'époux Concini.

Henri IV et ses enfants

h "la galigaï" petite italienne soeur de lait de la reine qui était souvent prise de convulsions, de visions et de migraines que l'on soignait en égorgeant un coq sur son front. Laide, maigrelette et pas très intelligente, elle s'était faite épousée par un bellâtre "portant beau" qui dans son pays "tirait" de l'argent des filles publiques et des garçons. Cet homme qui avait épousé Léonora pour toutes raisons sauf l'amour possèdait une ambition au-dessus de ses moyens....Mais Marie de Médicis triste que son amie ne trouve pas de mari (et pour cause) convainquit Concino Concini de l'épouser et de faire sa fortune. Quelle manne pour un maquereau et une hystérique laide et contrefaite. Mais bientôt Concini fera passer à l'Espagne des secrets d'état qui par l'intermédiaire de sa femme via la reine tombent entre ses mains.

t puis Henriette d'Entragues, favorite du roi, qu'il a abusée avec une fausse promesse de mariage après qu'elle lui ait donné un fils. Aujourd'hui Henri fou d'amour pour Charlotte de Condé refuse tout de même que son ancienne maîtresse épouse le Duc de Guise (dangereux pour la couronne). Henriette ambitieuse au-delà de tout n'a qu'une idée l'avènement du parti espagnol (parti de la reine).

u milieu de tous ces gens s'agite Charlotte du Tillet, maîtresse du Duc d'Epernon, grande amie d'Henriette d'Entragues, faisant partie de l'entourage de la Reine et fréquentant assidûment les Concini....le Duc d'Epernon ex archi-mignon du roi Henri III, ne pardonne pas au roi actuel de lui avoir petit à petit retiré ses charges, il avait même osé écrire au souverain une lettre qui lui attira cette réponse du vert galant: "Votre lettre est d'un homme en colère, je n'y suis pas encore, alors je vous en prie ne m'y mettez pas".

t puis parmi tous ces conspirateurs une femme s'élève ayant compris que la vie du roi est menacée, comment faire pour le prévenir elle qui n'a pas ses entrées auprès du souverain. Intelligemment Jacqueline d'Escoman car c'est elle, confie son désarroi à Mlle de Gournay fille spirituelle de Montaigne, Mlle de Gournay la dirige vers Sully, heureux choix, cet homme est le fidèle parmi les fidèles du roi. Sully bien que sachant périlleux d'accuser l'ex favorite prévient Henri IV, mais celui-ci ne prend pas les propos de son ministre au sérieux. Seulement rencontrant son ancienne mie, il plaisante et répète à voix haute les propos secrets qu'elle avait tenu à d'Epernon....Folle de colère Henriette d'Entragues découvrira bientôt la responsable qui naïvement continue à vouloir prévenir le Roi. Mais la vérité en politique est dangereuse, la pauvre Jacqueline d'Escoman finira ses jours dans un cachot, emmurée à vie, écartée impitoyablement, elle subira le sort de beaucoup de gens honnêtes et purs, puisque les murs d'une prison sont le garant de l'étouffement total des êtres qui ont l'imprudence de vouloir défier les grands.

Sully

oilà, tout est en place, il n'y a plus qu'à choisir le jour. Et il est intéressant de voir combien cet illuminé de Ravaillac va calculer son forfait, ceci démontre une fois pour toutes le complot: Il agira le 14 mai, au lendemain du couronnement de Marie de Médicis, après le roi doit partir en campagne pour faire une guerre que l'Espagne redoute plus que tout et au milieu de son armée le souverain est intouchable. Et l'on veut nous faire croire que François Ravaillac a choisi de lui-même le seul jour où il devait frapper ?

Assassinat d"Henri IV

e vendredi 14 mai 1610, le meurtrier du Roi frappe trois fois sa cible. Le Duc d'Epernon jure avoir arrêter la main du régicide au deuxième coup, alors pourquoi Henri IV fut-il frappé trois fois....

e complot a réussi, la Reine règne, les complices sont couverts d'honneur et l'on verra ce qui ne s'était jamais vu. Par la grâce de Marie de Médicis le nonce et l'ambassadeur d'Espagne assistent à tous les conseils.

ien sûr il fallait un bouc émissaire à tous ces grands, Ravaillac fut écartelé le 27 mai suivant, avec l'aide de tout le bon peuple de Paris. Pour moi, même s'il a frapper d'autres avaient plus de sang que lui sur les mains. J'accuse: la Reine de France, Henriette d'Entragues, le Duc d'Epernon et les Concini d'avoir assassiné le Roi de France aussi sûrement que s'ils avaient planté le couteau eux-mêmes.

omme pour le Président Kennedy, un assassin mais plusieurs coupables....

e laisse le mot de la fin au premier Président Harlay, à qui l'on demandait les preuves du complot, "Des preuves, a-t-il répondu, il n'y en a que trop"

 

 

 

© Dominique NEMETH-PASQUET 2006