Cette appellation que j’abhorre, cela veut dire que dans
le beau pays de France, l’administratif passe avant l’Amour du prochain. Cela
veut dire que ces gens qui ont risqué mille morts pour rejoindre une contrée,
simplement pour pouvoir vivre comme des êtres humains, sont soumis à des règles,
à des lois inhumaines, qu’ils sont des numéros. Moi je les nomme « ceux qui
aiment la France ».
J’en appelle à la dignité, au respect de l’être et au
respect de soi-même. Peuple de France riche de tout ce que la vie dispense
regarde un peu plus loin, essaye de réfléchir. Lorsque nous avons faim, nous
saisissons ravis ce morceau de papier que l’on nomme chéquier, lorsque nous
avons soif, il suffit de tourner ce petit robinet et sans même penser au trajet
de cette eau qui manque tant à d’autres, nous nous désaltérons sans même
réaliser, le chemin parcouru par ces femmes africaines traînant dans leur
sillage leurs enfants affamés, et qui seront contents après une longue errance de
boire cette eau croupie et d’y baigner leurs pieds tout recouverts de sang.

J’en appelle aux mères qui dans la douce ambiance d’une
chambre douillette surveillent ces bébés repus et grassouillets. Combien
d’heures de labeur et combien d’esclavage pour qu’un enfant d’Asie recueille un
bol de riz.
Et puis il y a aussi cette chose innommable de ces
européens friands d’autres plaisirs que la vie à gâtés, mais qui ne savent pas
comment guérir l’ennui qui les saisit parfois. Alors on prend l’avion et vers
cette Thaïlande où les gens si gentils vous accueillent si bien, on trouve des
familles qui pour quelques monnaies et pour ne pas mourir vendent une petite
fille ou un petit garçon….Comment pouvez-vous faire quand vous rentrez chez vous
pour retrouver vos vies et comment faites-vous quand vous avez en face cette
glace qui permet chaque jour de vous raser de près pour ne pas vous couper….
J’en appelle à l’Amour, j’en appelle à tous ceux qui ont un
cœur. J’en appelle enfin à ce pays que j’aime et qui m’a vu grandir. Ce pays des
Droits de l’Homme et du Citoyen, laissez à tous ces gens que vous allez tuer si
vous les renvoyez, la chance de devenir des citoyens français, n’attendez pas le
sang ou la désespérance, et que demain enfin nous retrouvions la joie, la fierté
et cette humanité qui furent toujours l’essence du beau peuple de France.