L’Enfant bleu a 12 ans

(1995)

(A toi Catherine T. ma collègue et amie)

 

J’aime le chiffre 13, il m’attire, me tente aussi

Avec vendredi c’est la chance, pour moi c’est un défi

Les grands disent toujours le meilleur c’est l’attente

Mais celle qui m’accompagne est bien peu attirante

 

J’ai le sang bleu des rêves et des grands océans

Toute ma vie est un duel, parcours du combattant

Chaque seconde compte, chaque goutte à son prix

Car ma petite amie s’appelle Hémophilie

 

Ce pourrait être pire, j’aurai pu faire parti du camp des sacrifiés

La sécu a son trou, on a creusé le nôtre

En versant dans nos veines ce sang contaminé

Pour s’excuser ensuite et jouer les bons apôtres

 

C’est pas toujours facile d’être calme et serein

De courrir dans sa tête, de jouer avec les yeux

D’accepter que les autres maîtrisent leur destin

De se forcer parfois pour dire, je suis heureux

 

Mais je vis, je respire, je pense à l’avenir

Un jour je serai grand alors j’aurai gagné

Je vivrai le meilleur ayant connu le pire

Chaque jour étourdi comme d’avoir trop dansé

 

En attendant j’ai peur et je tremble souvent

Depuis le premier jour les cartes sont truquées

J’ai tant de choses à faire en aurai-je le temps

Le doute est un serpent tueur de volonté

 

Quand mon âme s’affole, que mon cœur crie de rage

Les autres me reviennent aimants et solidaires

Et leur confiance en moi regonfle mon courage

Leur transfusion d’amour balaye ma colère

 

Je me sens méprisable quand je baisse les bras

Il faut prouver au monde que nous ne mourons pas

Et qu’il cherche un remède pour nous tirer de là

Que demain les enfants naissent égaux ici-bas

 

 

 

© Dominique NEMETH - PASQUET 2006